Publié le 01 juin 2018

ÉNERGIE

[Décryptage] Quand les pétroliers mettent eux-mêmes le climat à l'ordre du jour de leurs Assemblées Générales

La stratégie des pétroliers de la planète est loin d’être alignée sur un réchauffement climatique limité à 2°C comme l’exige l’Accord de Paris. Pourtant, les mentalités et la transparence des majors en matière de stratégie climatique évoluent. Pour exemple, Shell s’est engagé à diminuer son empreinte carbone de 50 % en 2050. Pas suffisant, mais cet engagement permet que les résolutions climat ne soit pas votées majoritairement.

Petrole danni simonds
Lors des AG des pétroliers en 2018, aucune résolution sur le climat n'a été votée.
@DanniSimonds

Vendredi 1 juin, se tenait l’Assemblée Générale de Total. Celle-ci a été fortement perturbée par une action de Greenpeace qui manifestait contre des forages en Guyane. La réunion des actionnaires a été longuement interrompue, le temps pour les forces de l’ordre de déloger les activistes qui sont allés jusqu’à se suspendre au plafond du palais des Congrès à Paris. Ce coup hyper médiatique de l’ONG est symbolique de la fin de la saison des Assemblées générales des pétroliers, placés sous le signe de la planète.

En 2017, une résolution en faveur de l’alignement de la stratégie d’ExxonMobil sur un réchauffement à 2°C avait été votée. Un vote inédit qui avait bousculé l'entreprise et le monde pétrolier. La direction n’était pas parvenue à réprimer cette rébellion actionnariale d’investisseurs soucieux de la valeur à long terme des actifs de l’entreprise. Un an plus tard, la leçon a été apprise par les pétroliers qui ont pris les devants en matière de climat et d’environnement, convainquant leurs actionnaires de ne pas voter les nouvelles résolutions de la sorte.

Demande et climat, le double défi

Cela n’en reste pas moins une victoire pour les défenseurs de la planète et les investisseurs responsables, puisque jamais le climat n’a été autant sur le devant de la scène. L’une des premières phrases prononcées par Daren Woods, PDG d’ExxonMobil, lors de son Assemblée générale fut : "Nous nous sommes engagés à faire partie de la solution pour faire face au changement climatique et à d'autres défis sociétaux urgents, et nos plans d'avenir reflètent ces engagements".  

Lors de l’AG de Shell, plus de la moitié des questions posées concernaient le changement climatique (une autre bonne partie s’intéresser aux conditions de travail). Et une résolution climat de Follow This, soutenue par des grands investisseurs, n'a été votée qu'à 5 %. Chez BP, où aucune résolution sur le climat n’était soumise, le PDG Bob Dudley a attaqué aussi le climat : "Aujourd’hui l’ensemble de BP – pas seulement nos activités d’énergies alternatives – est focalisé sur le challenge double de répondre à la demande croissante d’énergie, tout en réduisant les émissions de CO2".

Au-delà des discours, les pétroliers ont donné des gages de leur bonne volonté aux actionnaires. Exxon a annoncé une réduction de ses émissions de méthane de 15 % et de 25 % ses émissions de CO2 dues au torchage. Shell a promis une division par deux de son empreinte carbone en 2050 : "Cette ambition est inédite dans l’industrie et aucun concurrent ne s’en approche", assure Van Beurden, PDG de Shell, répondant à une résolution de "Follow This" qui appelait à "traduire la stratégie climat en objectifs de court et moyen termes, alignés sur l’Accord de Paris pour la période cruciale de 2020-2030".

Des engagements, qui restent à aligner sur l’Accord de Paris

Chevron a dû faire face à deux résolutions, l’une demandant une meilleure mesure de ses émissions de méthane et une réduction de celle-ci, l’autre visant un développement du pétrolier dans les énergies renouvelables. Les deux ont été rejetés, mais en échange de quoi, la société a, en amont de son AG, rejoint une coalition d'acteurs américains, dont BP, Shell et Exxon, qui s’engagent à améliorer le bilan CO2 de la production de gaz naturel aux États-Unis.

Ainsi les grands pétroliers viennent de gagner une année de sursis. Pourtant plusieurs analystes soulignent que, même si le sujet climatique est désormais directement porté par la direction des pétroliers, leurs engagements sont insuffisants pour s’aligner sur l’accord de Paris ou que leur méthodologie manque de transparence et de cohérence.

Ludovic Dupin, @LudovicDupin


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