Les agriculteurs européens sont très en colère, plus particulièrement en France et en Allemagne mais aussi en Pologne ou en Roumanie. Si les raisons de leur colère sont variables, elles concernent pêle-mêle l’augmentation des coûts des carburants agricoles et les normes environnementales que voudrait imposer Bruxelles. Le volet agricole du Green Deal est une cible diffuse. Susceptible de remettre en cause l’agriculture intensive européenne, il est progressivement détricoté par des dirigeants politiques qui n’ont pas osé le porter devant leurs électeurs.

Le pouvoir de blocage des agriculteurs n’est pas proportionnel à leur poids dans la population active : moins de 2% ! En France leur colère inquiète le gouvernement qui a chargé les préfets de nouer le dialogue. Parti de Toulouse où les agriculteurs ont défilé en tracteurs dans les rues et déversé fumier, fruits et légumes dans les rues la semaine dernière, le mouvement continue à bloquer l’A 64 entre Toulouse et Tarbes. Il pourrait s’étendre à l’image des gilets jaunes.

Pour tenter de répondre à ce vent intensif de protestation, le gouvernement a annoncé dimanche 21 janvier vouloir reporter l’examen du projet de loi sur l’installation des nouveaux agriculteurs prévu pour ce mercredi 24 janvier. Elle concerne au départ la très préoccupante absence de renouvellement des générations dans une population agricole dont seuls 20 % ont moins de 40 ans et qui a vu disparaître plus de 100 000 exploitations dans la dernière décennie. Marc Fesneau, le Ministre de l’agriculture, a décidé de compléter le projet initial en précisant vouloir “y ajouter un volet de simplification dans les semaines à venir”. Cela inclut pour lui “le raccourcissement des délais administratifs, la simplification des règles et l’arrêt de la surtransposition des normes européennes quand elle menace la compétitivité française.”

Le Pacte vert résistera-t-il aux élections européennes ?

Il est évidemment question du Pacte Vert et de son volet agricole “De la ferme à la fourchette” qui est de plus en plus menacé par la polarisation politique qui s’organise à l’approche des élections européennes. Le Parti Populaire Européen (PPE), présidé par Manfred Weber majoritaire au Parlement a décidé de faire de la défense des agriculteurs son cheval de bataille pour les élections. Il a considérablement affaibli la loi sur la restauration de la nature adoptée sur le fil en juillet dernier. Aux Pays Bas, le mouvement agricole organisé autour du parti BBB a fait considérablement progresser l’extrême droite.

En Allemagne les agriculteurs multiplient les blocages et les manifestations. Ils ont tracé avec les phares de leurs milliers de tracteurs un slogan lumineux « Nous en avons marre» le dimanche 14 janvier et ont défilé le lendemain dans les rues de Berlin. Les gouvernements européens sont au pied du mur sommés par les agriculteurs d’annuler un plan de transformation pas encore vraiment lancé depuis que la guerre en Ukraine a renchéri le coût des pesticides et du GNR, le gaz oil non routier pour lequel les aides fiscales sont progressivement supprimées.

 

Pourtant l’ambition européenne était forte, en juin 2020, quand Ursula Von Der Leyen, la présidente de la Commission annonçait vouloir “diminuer de moitié l’usage des pesticides, promouvoir l’agriculture biologique ou encore placer près d’un tiers des terres et mers de l’Union sous protection”. Elle savait déjà que la Commission n’avait pas les moyens d’imposer ce changement radical, indispensable pour atteindre les objectifs environnementaux de l’Union aux États Membres.

Le spectre des Bonnets rouges


Dans le cas du secteur agricole, dopé aux subventions de la PAC pour mettre en place un modèle d’agriculture intensive tourné vers l’exportation et la monoculture régionale, la transition juste prévue par le Green Deal, est une véritable transformation. Mais les lobbys agricoles sont déterminés à préserver jusqu’au bout le modèle actuel. Christiane Lambert, l’ancienne patronne de la FNSEA, principal syndicat agricole français qui préside maintenant le Comité des organisations professionnelles agricoles de l’Union européenne est l’une de ces porte-parole. Elle a déclaré à l’AFP : “Il y a une surchauffe réglementaire, la Commission européenne veut passer des textes en force avant les prochaines élections européennes”. C’est ce qui provoque selon elle cette “exaspération”. 

Si les États renoncent à appliquer le volet agricole du Green Deal, l’ensemble du plan sera compromis. En France il y a un précédent. En 2013, le mouvement des Bonnets Rouges a obtenu le démantèlement des portails chargés de taxer les poids lourds polluants. Le fiasco et le coût de ce projet était un cas d’école pour la Cour des Comptes. Si le rapport de force imposé par les tracteurs des agriculteurs conduit à des renoncements de la même nature, l’impact négatif sera bien plus colossal.

 

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