Publié le 26 juillet 2018

ÉNERGIE

Après le "Dieselgate", voici le "EmissionsGate" : une tricherie des constructeurs automobiles sur leurs émissions de CO2

Alors que le secteur automobile peine à se dépêtrer du Dieselgate, une nouvelle tromperie est révélée par la Commission européenne. Certains fabricants auraient surestimé leurs émissions de CO2, afin de relever les futures normes européennes. Le secteur dément une telle pratique, mais le lien de confiance entre les industriels et les autorités semble être brisé. 

Certains constructeurs ont surestimé les émissions de CO2 de leurs véhicules pour influencer les normes européennes.
@ArnaudSud

Des constructeurs automobiles ont artificiellement gonflé leurs émissions de CO2 de référence, espérant ainsi avoir à terme des objectifs moins ambitieux à respecter dans le cadre des nouvelles normes européennes, a dévoilé mercredi 25 juillet la Commission européenne.

"Des preuves émergent que les valeurs (d'émissions polluantes) déclarées officiellement par les constructeurs ont pu être gonflées", note la Commission dans un document de recherche. Ces soupçons viennent encore entacher la réputation d'une industrie automobile qui depuis 2015 est empêtrée dans le dieselgate. Dans ce scandale, des géants du secteur sont accusés d'avoir dissimulé le niveau réel de la pollution aux oxydes d'azote (NOx).

Selon le rapport de la Commission, des constructeurs, jamais nommés par le rapport, ont prétendu cette fois-ci que certains de leurs véhicules émettaient plus de gaz à effet de serre qu'en réalité.

Une alerte lancée depuis six mois

Les industriels tenteraient ainsi d'influencer le niveau acceptable de pollution qui sera adopté pour 2025 ou 2030 dans le cadre des nouvelles mesures harmonisées au plan mondial, dites "WLTP". Plus ce niveau est élevé, moins ils auront à faire d'efforts pour les réduire à moyen terme.

"L'étude du JRC (le centre d'études scientifiques de la Commission) montre qu'il y a bien eu des écarts entre les valeurs déclarées et mesurées", a confirmé mercredi Christian Wigand, un porte-parole de la Commission.

"Cela fait six mois que nous tentons d'alerter la Commission, au début ils étaient en colère et ne voulaient rien entendre, maintenant ils reconnaissent le problème et admettent publiquement que ça leur a échappé", réagit auprès de l'AFP Peter Mock, le responsable de l'organisation ICCT, (Conseil international pour des transports propres), l'ONG à l'origine des révélations sur le Dieselgate.

Des normes influencées

Jusqu'à présent, la réglementation européenne se basait sur des volumes limites d'émission (95 grammes de CO2 par kilomètre). La Commission a ainsi lancé en septembre 2017, dans le cadre de son paquet "Mobilité propre", un objectif commun de réduction des émissions de CO2, de 30 % d'ici 2030, avec un objectif intermédiaire de -15 % en 2025.

Pour mettre en place ce système, qui fait toujours l'objet de négociations, les experts de Bruxelles demandent aux constructeurs de soumettre depuis 2017 leurs véhicules en passe d'être commercialisés, aux tests WLTP.

"Ces véhicules tests, une fois approuvés, seront mis sur le marché et immatriculés en 2020 et sans intervention cela conduira à une hausse des objectifs WLTP de 2021", indique le rapport européen. Les deux commissaires ayant lancé l'alerte disent redouter que ces taux faussés modifient par ricochet les objectifs qui seront fixés pour 2025, puis 2030.

Confiance brisée

Et signe que les derniers liens de confiance s'étiolent, le rapport encourage les autorités européennes à ne plus baser, même partiellement, ses calculs sur les valeurs déclarées par les constructeurs.

Du côté des constructeurs, ces nouvelles révélations sont jugées farfelues. Volkswagen, principal fraudeur dans le dieselgate, assure mercredi dans un communiqué n'avoir aucun intérêt à manipuler ce genre de chiffres à la hausse. "Avec une augmentation artificielle des niveaux de WLTP, nous rendrions nos véhicules moins attractifs pour nos clients", déclare le groupe.

Interrogé par l'AFP, l'Allemand BMW a assuré "faire tout son possible" pour parvenir à l'objectif ambitieux fixé par l'UE tout en assurant se conformer aux outils de mesures réglementaires. De son côté le Français PSA assure effectuer ces mesures en "toute transparence" sous le contrôle d'organismes tiers indépendants.

La Rédaction avec AFP


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