Publié le 04 février 2019

ÉNERGIE

À La Réunion, le modèle du tout voiture difficile à ébranler

Avec ses cirques, ses ravines, ses cours d'eau et son volcan, La Réunion est une île où il est difficile de se déplacer. Faute de transports collectifs adéquats, l'ère du tout voiture s'est peu à peu imposée et règne aujourd'hui largement. La crise des Gilets jaunes contre la hausse du prix des carburants et l'urgence de la transition écologique poussent néanmoins les élus à revoir leurs copies et à repenser un maillage territorial qui laisse une place à des modes de déplacement plus doux et plus écolos.

La Nouvelle route du littoral prévoit deux voies dédiées aux transports en commun.
@CA

C’est une île véritablement paradisiaque, mais sur laquelle il est très compliqué de se déplacer. À La Réunion, le sujet des transports est une vraie source de stress et à chaque rendez-vous fixé, il est communément admis que tout dépendra de toute façon des bouchons. Car faute de transports collectifs adaptés aux conditions de circulation insulaire, sur place, on n’a souvent pas d’autre choix que de prendre la voiture.

Le point noir du trafic se trouve au Nord-Est, sur la route du littoral qui relie le chef-lieu Saint-Denis à La Possession. Construit dans les années 70, cet axe se trouve réduit ("basculé ") ou fermé entre 20 et 40 jours par an en raison d’éboulements côté falaise ou de cyclones côté mer. Pour améliorer le quotidien des Réunionnais, - on compte 60 000 véhicules par jour sur ce trajet - la Région a lancé début 2014 un chantier pharaonique baptisé La Nouvelle Route du Littoral.

Des digues adossées à la côte et un impressionnant viaduc de plus de cinq kilomètres de long et 30 mètres de haut en plein océan indien vont venir remplacer l'ancien axe. La nouvelle route de deux fois trois voies, éloignée de la falaise, est prévue pour résister à des houles cycloniques centennales. Budget global initial : 1,6 milliard d’euros.

Les dauphins, baleines et tortues protégées

80 millions d’euros, soit 5 % de ce budget, a été consacré à l’environnement pour limiter et compenser les impacts de la construction sur la faune et la flore. La zone est notamment fréquentée par des grands dauphins et des baleines à bosse. Parmi l’une des mesures mises en place, le survol du chantier en ULM pour vérifier la présence des cétacés en cas de travaux bruyants sous-marins. Si les mammifères marins sont effectivement là, les travaux sont suspendus. Une autre mesure de compensation du chantier consiste à restaurer des plages de ponte pour les tortues marines afin de récréer des habitats favorables.

Du côté des humains, la nouvelle route prévoit deux voies dédiées aux transports collectifs (bus ou train). Ceux-ci sont aujourd’hui limités aux Cars jaunes, qui empruntent les mêmes voies que les véhicules, et qui ne sont donc pas plébiscités par les riverains. À terme, l’ambition de la Région est de faire circuler un train, le Run Rail, sur pratiquement tout le tour de l’île, de Saint-Benoît, à l’Est, jusqu’à Saint-Joseph, au Sud.

"Le développement des transports en commun était une demande majeure lors des assises des Outre-mer, même chose de la part des gilets jaunes qui souhaitent une vision à l'échelle du territoire", déclare Fabienne Couapel-Sauret, conseillère régionale, déléguée à la politique de déplacement. 

Un train et des téléphériques

Le premier tronçon du Run Rail, de 10 kilomètres, va relier la capitale administrative Saint-Denis à la commune de Sainte-Marie, où se trouve l’aéroport. Il devrait voir le jour d’ici 2022. Les estimations prévoient à terme jusqu’à 50 000 voyageurs.

Dans ce cadre, le premier Pôle d’échange multimodal a été inauguré en septembre dernier. Il compte notamment un parking relais de 100 places accessible à tous les usagers et gratuit lors de la première année d’exploitation, dont une partie dédiée au covoiturage, des emplacements réservés aux taxis et un espace pour les vélos.

"Ce Run Rail est un mode de transport armature, colonne vertébrale, sur lequel les autres modes de transport viendront se connecter", précise l’élue. À Saint-Denis, le téléphérique urbain, de 2,7 kilomètres de longueur, qui desservira le centre depuis les hauteurs qui entourent la ville, pourra ainsi y être relié. La ligne devrait être inaugurée au premier semestre 2020. Un projet similaire doit voir le jour à La Possession, à l'ouest de Saint-Denis.

Concepcion Alvarez, envoyée spéciale à La Réunion @conce1


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