Publié le 23 novembre 2018

ÉNERGIE

Charbon : accusés de financer RWE, BNP Paribas et Axa s'expliquent

Selon les calculs de l’ONG Les Amis de la Terre, la plus grande banque française et le géant de l’assurance continuent de financer l’énergéticien allemand RWE. Celui-ci est au cœur de la polémique depuis plusieurs mois en raison de son projet d’extension d’une mine de lignite dans la forêt de Hambach, suspendu par la justice, devenu le symbole européen de la lutte contre le charbon.

Mine de charbon foret de Hambach Allemagne FedericoGambarini DPA AFP
Le 27 octobre, plusieurs milliers d’activistes ont participé à une action de masse contre l'extension d'une mine de lignite dans la forêt de Hambach, en Allemagne.
@FredericoGambarini/DPA/AFP

Depuis la COP21 et son engagement de sortir du charbon, BNP Paribas a accordé près d’un milliard de dollars de financement à RWE. C’est la troisième banque au monde, derrière Deutsche Bank et Goldman Sachs, à avoir le plus financé l'énergéticien allemand entre janvier 2016 et septembre 2018, accusent Les Amis de la Terre. De son côté, Axa a investi 56,7 millions de dollars dans RWE, dont 29 millions depuis l'annonce de son désinvestissement du charbon en décembre 2017.  

Or, RWE est le premier producteur et exploitant mondial de lignite et le premier producteur européen d’électricité au charbon. L’entreprise est au cœur de la polémique depuis plusieurs mois en raison de son projet d’extension d’une mine de lignite dans la forêt de Hambach, près de Cologne, au nord-ouest du pays. Le lieu est occupé depuis cinq ans par des centaines de militants et est devenu le symbole de la lutte contre le charbon en Europe.

"La liste des preuves à charge contre RWE est longue. Et le désastre humain et écologique qu'elle orchestre pour l'expansion de ses mines de lignite à ciel ouvert de Hambach et Garzweiler ne la rend que plus infréquentable. À quoi les politiques charbon de BNP Paribas et AXA peuvent-elles bien leur servir, si ce n'est pas à les garder à bonne distance d'une telle entreprise ?", dénonce Lorette Philippot des Amis de la Terre.

Le dialogue avant tout

BNP Paribas, joint par Novethic, confirme financer RWE. La banque précise néanmoins avoir "soulevé auprès de RWE que le projet d’extension de la mine de lignite à Hambach constituait un sujet d’inquiétude". Mais elle rappelle aussi sa démarche qui consiste à "accompagner les clients vers la diversification et la transition énergétiques." BNP s’est engagée à ne financer que les entreprises minières ou productrices d’électricité qui diminuent la part de charbon dans leur production tout en augmentant la part des renouvelables. C'est effectivement le cas de RWE.

Axa assure pour sa part qu’elle ne finance plus RWE en fonds propres puisque l’entreprise allemande ne répond pas aux critères d’exclusion adoptés sur le charbon (moins de 30 % du chiffre d’affaires provenant du charbon et moins de 20 millions de tonnes de charbon extraites par an). "Il s’agit de financements pour compte de tiers avec qui nous avons engagé un travail de pédagogie, précise Céline Soubranne, directrice RSE d’Axa. Cela prend du temps mais cela va dans le bon sens puisque la plupart d’entre eux appliquent déjà le seuil d’exclusion de 50% du chiffre d’affaires."

Début octobre, la justice allemande a interdit de façon temporaire le déboisement de la forêt de Hambach par RWE, tant que le recours sur le fond n’aura pas été jugé. Fin octobre, plusieurs milliers d’activistes ont encore participé à une manifestation de masse et promettent de multiplier les actions d’ici la COP24 à Katowice, en Pologne, début décembre, contre ceux qui continuent de soutenir le charbon, énergie la plus polluante.

Concepcion Alvarez, @conce1


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