Publié le 26 juillet 2018

ÉNERGIE

Nucléaire : l’interminable chantier de l’EPR de Flamanville

8 ans de retard. Au lieu de 2019, le réacteur nucléaire EPR de Flamanville ne rentrera en service qu’en 2020. EDF doit reprendre une cinquantaine de soudures sur le circuit secondaire de l’installation. En conséquence, le budget s’alourdit de 400 millions d’euros à 10,9 milliards d’euros. Cette annonce repousse également la fermeture de Fessenheim.

Au cœur de la cuve de l'EPR de Flamanville.
@EDF

Mercredi 25 juillet, il y avait une vraie impatience dans la voix de Xavier Ursat et Laurent Thieffry au sujet du réacteur nucléaire EPR de Flamanville (Manche). À l’occasion d’une conférence téléphonique, les deux hommes, respectivement directeur exécutif en charge de l’ingénierie et directeur du Projet Flamanville 3, avaient la lourde charge d’expliquer à la presse un nouveau retard et un nouveau surcoût pour ce chantier.

En cause, des "écarts de qualités" sur des soudures du circuit secondaire de l’EPR (celui qui conduit la vapeur brûlante depuis le réacteur jusqu’à la turbine), détectés en avril dernier. Après avoir contrôlé 148 des 150 soudures, EDF a conclu que 53 d’entre elles sont à refaire. 10 autres présentent de légères anomalies, mais EDF croit être capable d'en démontrer la fiabilité à l’Autorité de Sûreté Nucléaire (ASN).

 

Des centaines de mètres de soudure

"Cela a freiné la belle dynamique du chantier initiée depuis trois ans. Et nous le regrettons", déplore Xavier Ursat. Il faut dire que reprendre ces soudures n’est pas une mince affaire. Chaque reprise va prendre huit semaines. Il s’agit de souder des tubes d’acier de 55 à 85 centimètres de diamètre et épais de 4 à 5 centimètres. Il faut faire le tour une centaine de fois, soit plusieurs hectomètres de soudures à chaque fois. Une dimension que Laurent Thieffry n’hésite pas à comparer à la taille des anomalies constatées : des bulles d’air d’un ou deux millimètres au cœur du métal.

Le chantier subit un an de retard supplémentaire. Son chargement en combustible est attendu pour le quatrième trimestre 2019, sa mise en service au premier trimestre 2020 et sa pleine puissance atteinte avant la moitié de l’année. Ce décalage entraîne un surcoût de 400 millions d’euros pour un total désormais de 10,9 milliards d’euros. Le devis initial était de 3,3 milliards pour une mise en service en 2012.

Sursis pour Fessenheim

Même si ce nouveau calendrier est respecté, EDF n’en aura pas fini avec les travaux exceptionnels puisque l’ASN impose à EDF de remplacer le couvercle de la cuve du réacteur en 2024. L’actuelle pièce de forge, qui demande sept ans de travail pour 100 millions d’euros, présente des anomalies dans sa teneur en carbone et pourrait selon le gendarme du nucléaire engendrer une faiblesse à long terme.

Loin de la Manche, une autre conséquence de ce retard impacte l’Alsace. Selon la loi de transition énergétique, qui plafonne la puissance nucléaire installée en France, le démarrage de Flamanville doit entraîner la mise à l’arrêt des deux réacteurs de Fessenheim (Haut-Rhin), les plus anciens de France. Sébastien Lecornu, Secrétaire d'Etat auprès du Ministre de la transition écologique, twitte : "Le retard d’un an du chargement du combustible de l’EPR de Flamanville, au 4e trimestre 2019, décale donc l’arrêt de la centrale de Fessenheim. Il revient à l’exploitant d’en détailler les échéances précises".

 

Retard au Royaume-Uni

Il y a quelques semaines, EDF se réjouissait que le premier des deux EPR construits en Chine à Taishan soit connecté au réseau, ce qui "valide la technologie" selon Xavier Ursat. Un autre EPR, avec Areva en maître d’ouvrage, est en fin de chantier en Finlande à Olkiluoto avec 10 ans de retard et un triplement de son devis initial de 3 milliards d’euros.

L’électricien français vient de lancer les premiers travaux pour deux nouveaux réacteurs à Hinkley Point au Royaume-Uni. La mise en service de la première tranche, prévue en 2025, pourrait déjà être repoussée. Les dirigeants évoquent un risque de retard de 15 mois pour la première unité et 9 mois pour la seconde, avec un surcoût d’environ 1,8 milliard d’euros.

Ludovic Dupin @LudovicDupin


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