Publié le 30 juin 2017

ÉNERGIE

EPR de Flamanville : le réacteur nucléaire pourra démarrer mais la facture risque de s’alourdir

EDF aura bien le droit de démarrer l’EPR de Flamanville début 2019, malgré les teneurs anormales de carbone détectées dans l’acier de la cuve. En revanche, l’Autorité de Sûreté Nucléaire (ASN) impose à l’électricien de remplacer dès 2024 le couvercle de cet équipement. Un nouveau coût pour un chantier dont le budget a déjà triplé.

La cuve de l'EPR lors de son arrivée sur le site de la centrale de Flamanville.
EDF

La décision tant attendue par EDF est tombée. En 2014, des anomalies dans les teneurs de carbone de la cuve du réacteur nucléaire EPR en construction à Flamanville ont été constatées. Elles interrogeaient la résistance de cette pièce d’acier de 550 tonnes, notamment en situation accidentelle. Selon la décision de l’Autorité de Sûreté Nucléaire (ASN), se basant sur des études menées par EDF et Areva, cette cuve est utilisable pour les 60 ans à venir, la durée de vie programmée du réacteur.

"Sur la base des analyses techniques réalisées, l’ASN considère que les caractéristiques mécaniques du fond et du couvercle de la cuve sont suffisantes au regard des sollicitations auxquelles ces pièces sont soumises, y compris en cas d’accident", écrit l’autorité indépendante. La pièce, qui a demandé une forge de cinq ans, peut résister aux hautes pressions et hautes températures imposées par les réactions de fissions nucléaires, jugent les experts.

Le couvercle remplacé d’ici 7 ans

Pour autant, pas de blanc-seing pour EDF. L’ASN précise que "la faisabilité technique de contrôles similaires sur le couvercle de la cuve n’est pas acquise. L’ASN considère donc que l’utilisation de ce couvercle doit être limitée dans le temps. Elle note que la fabrication d’un nouveau couvercle prendrait de l’ordre de sept ans. Un nouveau couvercle pourrait ainsi être disponible d’ici fin 2024. Dans ces conditions, l’ASN considère que le couvercle actuel ne pourra pas être utilisé au-delà de cette date".

EDF échappe donc au pire et réaffirme que la mise en service de son réacteur se fera début 2019. "EDF a pris acte de la position de l’ASN indiquant que la cuve du réacteur de Flamanville 3 est apte au service. Le chantier avance conformément au planning annoncé en septembre 2015 : les essais d’ensemble ont démarré, dans la perspective du chargement du combustible et du démarrage du réacteur, prévus fin 2018", explique l’entreprise dans un communiqué.

L’électricien ajoute : "s’agissant du couvercle, EDF prend acte de la demande de l’ASN de prévoir son remplacement d’ici fin 2024. Le coût direct de ce remplacement s’élève à environ 100 millions d’euros. En parallèle, les équipes d’EDF se mobilisent pour développer une méthode de suivi en service permettant de démontrer que le couvercle conserve ses qualités dans la durée".

Au moins 100 millions d’euros de surcoût

Bien qu’EDF ait d’ores et déjà commandé ce nouveau couvercle, la société tient à prouver que la pièce existante peut aller au-delà de 2024. Il faut dire que le remplacement aura un impact financier. Actuellement, le réacteur EPR de Flamanville qui a six ans de retard affiche un coût total de 10,5 milliards d’euros, un triplement par rapport au budget initial. "Le coût direct de ce remplacement s’élève à environ 100 millions d’euros", explique EDF.

Restent les coûts indirects. Le remplacement de cette pièce demanderait quatre à neuf mois, pendant lesquels le réacteur serait arrêté. Pour mesurer cet impact, il faut savoir qu’un réacteur d’ancienne génération du type des tranches en service à Fessenheim rapporte environ 300 millions d’euros chaque mois. Or l’EPR Flamanville plus puissant et plus disponible doit être encore plus rentable.

Greenpeace appelle le ministre de la Transition écologique et solidaire, Nicolas Hulot, à revenir sur cet avis de l’ASN. "L'ASN ne peut plus prendre une décision de sûreté en toute indépendance et ne peut résister à la pression. Tout simplement parce que le véritable enjeu derrière l’autorisation de cette cuve, c’est la survie de l'industrie nucléaire française", juge Yannick Rousselet, chargé de campagne nucléaire pour Greenpeace France.

Ludovic Dupin @LudovicDupin


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