Publié le 14 avril 2017

GOUVERNANCE D'ENTREPRISE

Monsanto, de scandale en scandale

Utilisation de l’agent orange au Vietnam, condamnation pour contamination aux PCB, controverses autour du Roundup… l’histoire de la multinationale des OGM est rythmée par les scandales. Alors que le Tribunal Monsanto, un tribunal citoyen, va rendre son verdict, retour sur les polémiques qui ont marqué le groupe.  

Le glyphosate, principal composant du Roundup, est classé comme "cancérogène probable pour l'homme" par l'OMS
Pixabay

Le glyphosate

 

Le glyphosate est le principal composant de l’herbicide le plus vendu au monde, le Roundup. Lancé par Monsanto en 1975, l’herbicide est actuellement au cœur de multiples controverses.

Monsanto est en effet poursuivi par plusieurs travailleurs agricoles américains atteints de cancer du sang. Ils estiment que leur lymphome a été provoqué par un contact prolongé au Roundup. Ces agriculteurs s’appuient sur les études du CIRC (Centre International de Recherche sur le Cancer) et l’OMS (Organisation Mondiale de la Santé) qui ont classé, en 2015, le glyphosate comme "cancérogène probable pour l’homme".

Dans le cadre de l’enquête, la justice américaine a déclassifié, le 21 mars 2017, 250 pages de correspondances internes de la firme agrochimique. Monsanto savait depuis 1999 le caractère mutagène du glyphosate et a tenté d’étouffer l’affaire en commandant une étude pour convaincre les régulateurs de la non dangerosité du glyphosate. Or les conclusions de la mission définissaient le glyphosate comme "un clastogène potentiel in vitro", c’est-à-dire qu’il pouvait provoquer des ruptures de l’ADN.

Ces "Monsanto Papers" ont été révélés quelques jours seulement après que l’Agence européenne des produits chimiques a rendu son avis sur le glyphosate jugeant qu’il n’était pas cancérogène. Une décision qui a suscité l’indignation des ONG environnementales. Une soixantaine d’entre elles ont pointé des conflits d’intérêts de plusieurs membres du comité d’évaluation des risques (CCR), travaillant à la fois pour l’ECHA et des industriels du secteur. Des accusations récurrentes depuis que l’UE s’occupe du dossier.

 

Les OGM

 

Constatant l’utilisation massive du Roundup qu’il commercialise, Monsanto développe les OGM dans les années 1990, avec le soja Roundup Ready et le colza Roundup Ready. Ces aliments génétiquement modifiés sont résistants au Roundup. Mais ce succès commercial va vite s’attirer les foudres des ONG et de certains agriculteurs. Et devenir de plus en plus controversé.

Aujourd’hui, des batailles juridiques sont en cours dans le monde entier concernant les brevets d’autorisation des semences transgéniques. Ainsi, Monsanto a assigné plusieurs agriculteurs devant les tribunaux pour utilisation "frauduleuse" de ses semences. Il les accuse d’avoir replanté d’une année sur l’autre ses semences, sans autorisation.

Car les semences génétiquement modifiées sont largement plus chères que les traditionnelles. Pour les acheter, les paysans doivent s’endetter. C’est ce qui s’est passé en Inde, en 2012, avec le coton transgénique vendu par Monsanto. "La moindre chute des cours du coton ou des conditions météorologiques défavorables débouchent parfois sur des tragédies", expliquait alors Le Monde, "En 2006, dans la région de Vidarbha, des milliers de paysans qui ne pouvaient plus rembourser leurs dettes se sont suicidés en ingurgitant des pesticides".

Outre ces risques d’endettement, Greenpeace dénonce un danger pour la biodiversité, les OGM pouvant en effet envahir les écosystèmes. Il pointe également une pollution des sols et des nappes phréatiques.

Sur le sol européen, une seule plante transgénique est aujourd’hui cultivée. Il s’agit du maïs MON810 de Monsanto. Le renouvellement de son permis est aujourd’hui questionné. Le 27 mars, les États membres ne sont pas parvenus à s’accorder sur le sujet faute de majorité qualifiée. Mais ailleurs dans le monde, les OGM sont parfois omniprésents comme au Brésil pour le soja. Près de 90% des surfaces GM cultivés le sont sur le continent américain.

 

Les PCB

 

En 2001, 3 500 habitants d’Anniston, une ville d’Alabama (USA) où Monsanto fabriquait des PCB, portent plainte contre le groupe pour contamination aux Biphényles polychlorés. Les PCB, classés polluants organiques persistants, sont des composants chimiques utilisés massivement dès les années 30 comme isolant thermique pour les peintures et les équipements électriques.

Selon l’EPA, l’Agence américaine de protection de l’environnement, Monsanto a déversé pendant plus de 40 ans des déchets contaminés aux PCB dans les cours d’eau de la ville. Jusqu’à l’interdiction des composants en 1979.

Le tribunal a condamné en 2002 Monsanto à payer 700 millions d’euros de dommages et intérêts pour avoir contaminé "le territoire d’Anniston et le sang de sa population". Aucun dirigeant de Monsanto n’a été poursuivi.

L’enquête a par ailleurs révélé que la firme était au courant depuis… 1937 des effets dévastateurs des PCB. Peu avant l’interdiction des produits, elle a également falsifié une étude qu’elle avait elle-même commandé, montrant que le PCB provoquait des tumeurs chez le rat.

"Des milliers de pages de documents de Monsanto – dont beaucoup sont estampillés ‘CONFIDENTIEL : lire et détruire’ – montrent que pendant des décennies, la multinationale a dissimulé ce qu’elle faisait et surtout ce qu’elle savait", rapportait le Washington Post au moment du procès. "En 1966, des responsables de l’entreprise avaient découvert que des poissons immergés dans ce ruisseau se retournaient sur le dos en moins de 10 secondes, pissant le sang et perdant leur peau comme s’ils avaient été bouillis vivants. Ils ne l’ont dit à personne".

En décembre 2016, l’État américain de Washington a portait plainte contre Monsanto. Il l’accuse d’avoir "caché pendant des décennies les dégâts" causés par les PCB.

 

L’agent Orange

 

C’est dans les années 60 que Monsanto découvre l’agent orange.

En 1962, les États-Unis décident d’en faire usage dans la guerre contre le Vietnam. L’aviation déverse l’agent orange au-dessus des forêts vietnamiennes pour faire tomber les feuilles des arbres et gagner en visibilité. Problème : ce polluant chimique dangereux qui contient de la dioxine provoque des maladies de la peau, des cancers et des défaillances du système immunitaire.

En 1978, des milliers de Vétérans portent plainte contre les fabricants de l’agent orange. 10 ans plus tard, les sept producteurs, dont Monsanto, sont condamnés à verser 180 millions de dollars à un fonds de compensation destinés aux soldats américains.

"Les dirigeants de Monsanto savaient que l’agent orange était contaminé à la dioxine mais ils n’ont rien dit et ont même réalisé de fausses études scientifiques pour montrer qu’il n’y avait aucun lien avec le cancer", affirme Marie-Monique Robin, réalisatrice de Le Monde selon Monsanto. Dans les années 1990, plusieurs études montreront que Monsanto avait en effet présenté des analyses scientifiques biaisées pendant le procès.

En 2013, la justice sud-coréenne a ordonné à Monsanto et Dow Chemicals de verser 315 000 euros de réparations aux anciens militaires ayant combattu aux côtés des Américains. Pour les 4 millions de Vietnamiens contaminés, en revanche, aucune indemnisation. Les États-Unis refusent toujours de reconnaître leur responsabilité. En 2005, la justice américaine a ainsi rejeté une plainte d’une association vietnamienne arguant que l’herbicide n’était pas un poison. 

Marina Fabre
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