Publié le 10 août 2015

EMPREINTE TERRE

Pollution au mercure : le clip qui incrimine Unilever

Comment faire entendre sa voix auprès d’une multinationale ? Peut-être avec un clip vidéo. Sofia Ashraf, une Indienne de 28 ans, fait un carton sur le web avec un rap défendant la cause d’anciens ouvriers d’Unilever, qui fabriquaient des thermomètres dans le sud de l’Inde. Ils accusent la firme anglo-néerlandaise de les avoir exposés sans aucune précaution au mercure, un produit très toxique, et d’avoir contaminé les sols autour de l’usine. Après 14 ans de lutte, leur cause est en train de faire le tour du monde grâce aux réseaux sociaux.

Capture d'écran du vidéo clip "Kodaikanal won't" qui prend la défense des anciens ouvriers d'Unilever en Inde.
Youtube / Jhatkaa

"Kodaikanal ne baissera pas les bras jusqu’à ce que vous preniez acte." C’est avec ce refrain que Sofia Ashraf, conceptrice de campagne dans une agence de pub internationale, originaire de Chennai, la capitale de l’État du Tamil Nadu, a rendu la cause des ouvriers de Kodaikanal célèbre.

Son vidéo-clip, qui reprend le hit "Anaconda" de la rappeuse américaine Nicki Minaj, a déjà été vu plus de 2,4 millions de fois en seulement dix jours.

 

 "Le mercure était partout" raconte un ouvrier

 

C’est à Kodaikanal, une station touristique située dans les montagnes du Tamil Nadu, dans le sud de l’Inde, qu’un millier d’ouvriers a fabriqué jusqu’en 2001 des thermomètres au mercure pour le compte d’Hinduston Unilever, une filiale du géant de l’agroalimentaire et des cosmétiques. Sans aucune précaution, selon les témoignages des employés.

"Il n’y avait rien pour nous laver", raconte J. Peter Sundararajan, l’un d’entre eux. "On avait du mercure dans les sourcils, les cils, sous les ongles. Le mercure était partout, là où nous vivions, où nous dormions, dans notre eau et notre nourriture." En 2001, date de la fermeture de l’usine, les habitants, appuyés par l’ONG Greenpeace, découvrent plusieurs tonnes de verre contenant du mercure à 3 kilomètres seulement de l’usine.

Une violation des règles environnementales que reconnaît Unilever. Mais c’est la seule chose qu’elle accepte d’endosser. Alors que les anciens ouvriers déplorent la mort de 45 de leurs collègues et de 18 enfants, due à un empoisonnement au mercure, la firme anglo-néerlandaise continue aujourd’hui de nier. Dans un communiqué publié quelques jours après la mise en ligne de la vidéo de Sofia Ashraf, Unilever répète que "la sécurité de [ses] employés est [sa] priorité numéro 1".

 

 

300 tonnes de déchets toxiques rapatriés aux États-Unis

 

"Alors que de vastes études n'ont pas trouvé de preuve d'un dommage sur la santé de nos anciens travailleurs et sur l'environnement de Kodaikanal, nous continuons à prendre cette question très sérieusement et nous tenons à la voir résolue".

Dans un document qui relate les faits chronologiquement, Unilever rappelle qu’elle a, à deux reprises (en 2001 et 2003), fait rapatrier quelque 300 tonnes de déchets toxiques à retraiter aux États-Unis.

Des travaux de dépollution du site ont par ailleurs été lancés en 2009 mais ont pris du retard. En cause : le taux de mercure au-delà duquel l’assainissement est admis. Alors que le standard britannique est de 1 mg/kg, le Bureau de contrôle de la pollution du Tamil Nadu a autorisé une concentration du mercure dans le sol de 20 mg/kg. Ce que les ONG contestent fortement, dénonçant un "deux poids, deux mesures". Pour l’instant, la situation est donc bloquée.

 

Le PDG d’Unilever fait un pas vers ses anciens ouvriers

 

Mais la viralité du clip de Sofia Ashraf va peut-être changer la donne. Une pétition, publiée sur la plateforme Jhatkaa, et adressée au PDG d’Unilever, Paul Polman, réclame "le nettoyage de la pollution à Kodaikanal et le dédommagement des employés". Plus de 68 000 personnes à travers le monde l’ont déjà signée. Une pression qui a fait réagir l’intéressé sur Twitter, le 6 août dernier. Il s’en remet au gouvernement indien :

"N’acceptons pas différents standards. Tous les humains sont les mêmes. Nous avons besoin de l’accord gouvernemental et de faire bouger #UnileverPollutes [hashtag créé pour la campagne contre la multinationale, NDLR]. Déterminé à résoudre vite le problème. Progrès trop lents."

Des réunions sont prévues toute la semaine entre les représentants des anciens ouvriers et Unilever.  

 

 

Concepcion Alvarez
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