Publié le 19 janvier 2016

EMPREINTE TERRE

Normes anti-pollution : Renault pollueur, mais pas fraudeur

La marque au losange a été reçue lundi par la commission d’enquête de Ségolène Royal. La commission mise en place en septembre dernier, après le scandale Volkswagen, est chargée de mener des tests aléatoires sur une centaine de véhicules, appartenant à 12 marques. L’objectif ? Identifier des logiciels de fraude anti-pollution comme ceux utilisés par le constructeur allemand. Pourtant, Renault n’est pas accusé d’employer ces logiciels frauduleux. Mais ses mauvais résultats aux tests anti-pollution la semaine dernière ont créé un vent de panique alors que Ségolène Royal annonce ce matin le rappel de 15 000 véhicules. Novethic fait le point sur la situation.  

Photo d'illustration
DPA Picture Alliance / AFP

Tout est parti d’un tract de la CGT destiné aux salariés, jeudi 14 janvier. 

Le document syndical fait état de perquisitions menées par la DGCCRF (Direction générale de la concurrence, de la consommation et de la répression des fraudes) sur trois sites Renault, a priori "liées aux conséquences de l'affaire des moteurs truqués de Volkswagen". Le début d’un jeudi noir pour le fabricant automobile. L’information est aussitôt relayée, le titre s’effondre en Bourse et perd plus de 20% à la mi-journée. À tort ou à raison ? 

Le soir même, la ministre de l’Ecologie calme le jeu, par voie de communiqué. Ce que démontrent les résultats de la commission d’enquête mise en place par Ségolène Royal, c’est que les tests réalisés sur certains modèles de la marque Renault dépassent largement les normes anti-pollution. Mais ils n’établissent pas "l’existence de logiciels de fraude sur les véhicules Renault", comme c’était le cas dans l’affaire Volkswagen, précise la ministre.

Même son de cloche du côté de Bercy. "La situation de Renault n'est en aucun cas comparable à celle de Volkswagen", renchérit Emmanuel Macron, ministre de l'Economie. Une façon d’apaiser la situation et de rassurer les actionnaires, dont l’Etat fait partie (en détenant une minorité de blocage). Le titre terminera tout de même la journée en retrait de 10%. 

 

Des émissions jusqu’à 25 fois supérieures aux normes 

 

Que s’est-il donc passé au final ? 22 voitures, de plusieurs marques, ont à ce jour été testées, parmi la centaine de véhicules tirés au sort et représentatifs du parc automobile français qui seront analysés. Le couperet est tombé pour Renault et trois constructeurs étrangers (il s'agirait d'Opel, Ford et Mercedes). Selon les informations de France Info, "les dépassements sur le dernier véhicule Espace diesel du constructeur français seraient de 5 à 10 fois supérieurs aux normes CO2 et oxyde d’azote (NOx)".

Le député écologiste Denis Baupin, membre de la commission d’enquête, évoque quant à lui des dépassements d’un facteur de 3 à 5. Des dépassements quoi qu'il en soit beaucoup trop importants, mais qui avaient déjà été mentionnés par différentes associations spécialisées sur ces questions et dont Novethic avait déjà rendu compte.

Les ONG environnementales critiquent la règlementation européenne qui impose seulement des tests en laboratoire. Or, ceux-ci ne sont pas représentatifs des émissions en situation réelle. Les ONG alertent les politiques sur ces écarts importants depuis des années. Dans une étude publiée juste avant le scandale Volkswagen, l’ONG Transport et Environnement affirmait qu’aucun grand constructeur automobile ne parvenait à respecter les normes pour leurs modèles diesel. "Le décalage entre les résultats des tests et les performances obtenues en situation réelle est devenu un véritable gouffre, passant de 8 % en 2001 à 31 % en 2012 et à 40 % en 2014", expliquait la fédération. 

Fin novembre, une association allemande, la Deutsche Umwelthilfe (DUH), pointait précisément du doigt le modèle Espace diesel de Renault, avec des émissions d'oxyde d'azote de 13 à 25 fois supérieures à la norme autorisée de 80mg/km. 

 

Une technologie de dépollution deux fois moins chère 

 

De son côté, Renault assure ne pas avoir triché. Et promet de présenter dans les prochaines semaines un "plan technique" pour réduire l’écart entre les émissions sur route et en laboratoire. Dans un communiqué du 17 décembre, le constructeur français avait annoncé qu’il investirait 50 millions d’euros supplémentaires pour réduire l’écart entre les émissions polluantes en condition d’homologation et en circulation. Il avait aussi avoué disposer de "marges importantes de progression concernant le rejet des oxydes d’azote (NOx) dans les conditions d’utilisation réelle"

Mais c’est justement là que le bât blesse. Car si certains modèles Renault se révèlent moins vertueux que leurs concurrents PSA par exemple, c’est que la marque au losange a fait le choix d’une technologie moins coûteuse, mais aussi moins efficace. Renault a ainsi opté pour le "NOxTrap", un système de filtre qui récupère les oxydes d’azote. Deux fois moins cher que les catalyseurs à réduction sélective (SCR) généralisés sur les Peugeot et Citroën, qui détruisent les NOx, il laisse également passer plus de particules. Un choix court-termiste alors que la procédure d'homologation sur les émissions polluantes va être durcie par Bruxelles. 

 

Un lobbying pro-automobile de la France 

 

Un nouveau protocole de test doit entrer en vigueur au 1er septembre 2017 et remplacer la méthodologie actuelle, qui date des années 70. Actuellement discuté au sein de l’Union européenne, il doit comprendre des mesures en conditions réelles de conduite. D’un coup, les émissions affichées par les véhicules vont grimper. Et de beaucoup.

Pour amortir le choc et donner aux constructeurs le temps de s’aligner, les seuils d’émissions de NOx ont été fortement relevés lors d’une réunion technique des États membres et de la Commission à Bruxelles, en octobre dernier. En coulisses, quatre Etats se sont particulièrement activés pour relayer les demandes de leurs constructeurs et obtenir ces assouplissements. Parmi eux, la France… La décision, rejetée en commission environnement du Parlement européen en décembre, doit désormais être soumise au vote le 2 février. 

En attendant, le cours de l’action Renault remonte peu à peu (+5 points par rapport au jeudi 14 janvier). Et son directeur commercial, Thierry Koskas, qui présentait hier les résultats commerciaux records de l’entreprise en 2015, répète que la situation ne devrait pas avoir "un impact significatif pour l’image de Renault". Certes, mais si Ségolène Royal a salué la transparence du groupe, elle a d'ores et déjà annoncé sur RTL que Renault allait devoir rappeler 15 000 véhicules pour les vérifier et régler correctement leurs moteurs.

Concepcion Alvarez
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