Publié le 19 mai 2017

EMPREINTE TERRE

Mais de quoi Nicolas Hulot est-il ministre ?

C’est avec un titre inédit que Nicolas Hulot rentre pour la première fois dans un gouvernement. "Ministre de la Transition écologique et solidaire" : plus qu’un portefeuille, c’est un programme politique. Ne doutons pas que la figure de l’Environnement ait les épaules assez larges pour porter une telle ambition… "Mais qui trop embrasse mal étreint", assure la sagesse populaire. La première tâche du ministre sera de définir son territoire.

Sortie du premier Conseil des ministres le jeudi 18 mai.
DR

Ni ministre de l’Environnement, ni ministre de l’Ecologie, ni ministre de l’Énergie… Emmanuel Macron et Edouard Philippe ont donné un portefeuille inédit à Nicolas Hulot. Le plus célèbre des militants pour l’environnement en France se retrouve ministre de la Transition écologique et solidaire.

Dès sa nomination le mercredi 17 mai, politiques, journalistes, ONG se sont interrogés sur ses responsabilités. "Le périmètre du ministère de la Transition écologique et solidaire devra être précisé pour s’assurer qu’il intègre les leviers essentiels pour la lutte contre les changements climatiques que sont le logement, l’énergie ou encore les transports", verbalise par exemple le Réseau Action Climat.

 

Entre Bercy et Roquelaure


 
Edouard Philippe a partiellement tranché dès le jeudi 18 mai dans une Interview sur France Inter. Il assure que "L’énergie relèvera du ministère de Nicolas Hulot". Sauf que cela n’éclaircit pas tout. Car si Nicolas Hulot a la main sur la programmation énergétique, c’est Bruno Le Maire (LR), nommé à Bercy, qui a la main sur l’Agence des Participations de L’Etat (APE)... En particulier sur les 83 % du capital d’EDF et les 28,65% du capital Engie.

Or, le point chaud sera à n’en pas douter le nucléaire. Quelle sera la trajectoire à suivre entre un Nicolas Hulot, variant sur le sujet, désormais favorable à une sortie progressive, un Emmanuel Macron qui veut s’aligner sur la loi de transition énergétique avec un nucléaire à 50 % mais qui  en remet en cause l’échéance de 2025 et un Bruno le Maire issu d’un camp politique qui veut préserver l’outil industriel. Ce dernier assurait toutefois pendant la campagne des primaires que "Le tout nucléaire n’est plus la solution (…) Il faut envisager des solutions alternatives".

Si l’on se réfère au quinquennat précédent, c’est clairement Bercy qui a pris le pas sur l’Hôtel de Roquelaure (siège du ministère de l’Environnement). Ségolène Royal avait peu à peu perdu la main sur les dossiers de la restructuration de la filière nucléaire, sur l’augmentation de capital d’EDF ou encore sur la construction de deux réacteurs nucléaires EPR à Hinkley Point en Angleterre. C’est le ministre de l’Economie qui a fait les choix finaux sur ces dossiers… un certain Emmanuel Macron.

 

Ni l’agriculture, ni Notre-Dame-des-Landes

 

Nicolas Hulot a toutefois bien d’autres dossiers à traiter. Par exemple la transition agricole et la mise en place du vaste plan d’investissements de 5 milliards d’euros promis par le nouveau Président de la République. Pourtant, interrogé sur France Info, Jacques Mézard, ministre de l’Agriculture et de l’Alimentation, assurait très clairement être en charge de ce grand projet et du Grenelle de l’Alimentation à venir.  

Tant pis, Nicolas Hulot sera déjà bien occupé avec l’épineux dossier de la construction de l’Aéroport Notre-Dame-des-Landes (en débat depuis… 1970 !), un sujet sur lequel il s’est déjà opposé à plusieurs reprises. Interrogé sur France 2, il assurait être "convaincu qu’il existe d’autres alternatives". Sauf qu’Édouard Philippe a d’ores-et-déjà préempté ce dossier. "Il y aura un médiateur qui va permettre de mettre l’ensemble des choses sur la table, d’étudier l’ensemble des options, et ensuite nous prendrons une décision qui sera assumée, qui sera claire", explique le Premier ministre.

 

Des responsabilités partagées

 

Reste d’autres thématiques : Les négociations climatiques qu’il faudra mener avec le ministre des Affaires étrangères, le poids lourd du PS Jean-Yves Le Drian ; la régulation des pesticides et des perturbateurs endocriniens à gérer avec Agnès Buzyn, ministre des Solidarités et de la Santé ; le développement de la mobilité et la lutte contre le diesel à conduire avec sa ministre chargée des Transports Elisabeth Borne ; l’essor de l’efficacité énergétique à prendre en charge avec Richard Ferrand, ministre de la cohésion des territoires (ce qui inclut le logement et la ville)....

Pas de domaine réservé donc pour Nicolas Hulot. Mais sa force sera sa liberté de parole appuyée par son titre de ministre d’Etat (l’un des trois du gouvernement) qui lui permet, tel un vice Premier ministre, d’organiser des initiatives interministérielles. N’en reste pas moins que l’ancien conseiller pour le climat de Jacques Chirac devra jouer des coudes pour s’imposer et nous dire exactement de quoi il est ministre.

Ludovic Dupin, @ludovicdupin


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