Publié le 22 mars 2017

Présidentielle 2017

Appel pour une économie européenne zéro carbone

Près de 2 000 dirigeants d’entreprise et de personnalités académiques ont signé l’appel du Shift Project à décarboner l’Europe. Un manifeste qui interpelle directement les politiques, et plus particulièrement les candidats à l’élection présidentielle française, pour qu'ils s'engagent concrètement à respecter l’Accord de Paris. Pour cela, ils doivent mettre en place, au niveau européen, des mesures capables d’aboutir à des émissions de gaz à effet de serre aussi proches que possible de zéro en 2050.

Près de 2 000 dirigeants d’entreprise et de personnalités académiques ont signé l’appel du Shift Project à décarboner l’Europe.
Philippe Huguen / AFP

C’est un "wake up call", un appel au sursaut sur le climat que veulent adresser aux politiques, les quelque 2 000 signataires du Manifeste pour décarboner l’Europe venus du monde économique et de la recherche. Un appel lancé à l’initiative du Shift Project, un think tank qui travaille sur l’économie post-carbone depuis 7 ans. 

Les signataires – parmi lesquels 80 dirigeants de grandes entreprises comme Vinci, EDF, SNCF, de la finance comme BPI, HSBC France, la Caisse des Dépôts (dont Novethic est une filiale) ou de l’assurance, comme AG2R La Mondiale, CNP Assurances ou le groupe MACIF – y appellent "les États européens à lancer dès maintenant les politiques capables d’aboutir en 2050 à des émissions de gaz à effet de serre aussi proches que possible de zéro !" 

À l’heure où la campagne présidentielle bat son plein en France, le Shift Project interpelle également plus directement les candidats à s’engager "à plaider avec détermination au sein du Conseil européen pour que celui-ci adopte avant 2020 une stratégie et un plan d’action à la mesure de l’Accord de Paris"

 

Un rôle d’impulsion du monde économique

 

"Cet appel s’inscrit dans une mouvance internationale où le monde économique rappelle à l’ordre le monde politique, qui reste quelque part en apesanteur sur la problématique du climat", souligne Mathieu Auzanneau, le directeur du Shift Project. 

Ce mouvement a notamment été impulsé lors de la COP21, où, pour la première fois, "les entreprises ont été directement associées au processus international de lutte contre le changement climatique". Il doit aboutir à "des partenariats public / privé innovants", selon Claire Dorland-Clauzel, directrice des marques, des relations extérieures et du développement durable de Michelin. 

"Une Europe décarbonée est la prochaine étape dans la transition énergie climat, assure de son côté un autre signataire, Bertrand Badré, PDG de BlueOrange Capital et ex directeur général de la Banque mondiale. Elle suppose la mobilisation de tous et en particulier de l’industrie financière, comme l’a rappelé la COP21."

 

Une révolution douce en 9 actes

 

Cette "prochaine étape" est urgente. Car pour l’instant, nous sommes loin d’atteindre les objectifs fixés par l’Accord de Paris, déplore le think tank. "Les mandats politiques qui vont commencer cette année – en France, mais aussi en Allemagne ou aux Pays-Bas – seront décisifs pour atteindre les objectifs de limitation de la hausse des températures à 2°C. Car si nous nous y prenons aujourd’hui, c’est 5% de réduction d’émissions de gaz à effet de serre par an qu’il faut atteindre. Dans 10 ans, ce sera 10% !", précise Mathieu Auzanneau. 

Pour mener à bien cette "révolution douce", selon les mots du président du think tank, Jean-Marc Jancovici, le Shift Project propose 9 pistes portant sur le transport le bâtiment, l’agriculture ou l’énergie, "des secteurs concrets qui structurent largement l’emploi et les flux économiques" et "qui présentent les plus vastes potentiels de réduction des émissions de gaz à effet de serre"

Parmi celles-ci, la fermeture de toutes les centrales à charbon et la généralisation de la voiture consommant moins de 2 L/100km (les deux pistes les plus efficaces en termes de réduction des émissions de GES), le développement de la séquestration de carbone par les forêts européennes ou encore l’invention de "l’industrie lourde post carbone".

Elles sont chiffrées à la fois en termes d’investissement – entre 250 et 500 milliards d'euros par an, soit un peu moins de 3% du PIB de l'Union européenne pour l’ensemble –  et de conséquences sur le climat : 2, 655 milliards de tonnes eqCO2 évitées d’ici 2050.

Ces mesures  ne sont "ni suffisantes, ni exhaustives" et elles ont "vocation à être discutées et amendées", précise le Shift Project. Mais elles "permettraient l’essentiel des réductions nécessaires pour respecter notre budget carbone." 

Des pistes qui peuvent encore inspirer les candidats aux différentes échéances politiques de cette année.

Béatrice Héraud
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