Publié le 12 septembre 2017

EMPREINTE SOCIALE

Déception deux ans après le lancement des Objectifs de développement durable (ODD) des Nations unies

Les ODD, objectifs de développement durable, ont été adoptés par les Nations unies pour orienter la stratégie des États, des entreprises et de la société civile vers un monde plus durable d’ici 2030. Alors qu’ils vont fêter leur deuxième anniversaire, le 25 septembre prochain, ils peinent à se mettre en œuvre selon un bilan réalisé cet été.

La 2e édition du Forum politique de haut niveau sur les ODD s'est tenu du 10 au 19 juillet à New York.

Déception et frustration. Le deuxième Forum politique de haut niveau (High-Level Political Forum on sustainable development - HLPF) sur les Objectifs de développement durable (ODD), qui s’est tenu cet été à New York, ne semble pas avoir tenu ses promesses. 17 ODD ont été adoptés en septembre 2015 par 193 États dans le cadre de l’Agenda 2030 pour un développement durable de la planète. Chaque année, une conférence internationale est organisée pour examiner les progrès des pays. Cette année, 6 ODD ont été passés à la loupe : pauvreté, faim, santé, égalité, innovation et vie aquatique.

"Ce deuxième rendez-vous devait nous permettre de rentrer dans le dur, il y avait beaucoup d’attentes", décrit Stéphane Bernaudon, chargé de mission internationale au sein du Commissariat général au développement durable, qui suit les indicateurs ODD en France. Il ajoute : "Mais nous pouvons être déçus par le caractère parfois léger de l’examen des progrès par certains États et le manque de dialogue avec la salle." 

"On se serait parfois cru à un concert de l’Eurovision. Les États diffusaient des vidéos qui s’apparentaient à de la publicité, sans que le lien avec les ODD ne soit très clair", déplore Elisabeth Hege, chercheuse spécialisée sur les ODD pour l’Iddri (Institut du développement durable et des relations internationales). Ces deux experts participaient à une conférence, organisée début septembre par le Comité 21, pour dresser un bilan du HPLF.

Le Danemark, champion des ODD

43 pays ont reporté volontairement lors de cette seconde édition, soit deux fois plus que l’an dernier. "Cela peut expliquer qu’il y ait eu moins de place pour le dialogue, c’est regrettable, témoigne Stéphane Bernaudon. Peut-être qu’il faut débattre du nombre d’États qui font leur revue. Mais malgré certaines frustrations, les ODD sont un trésor qu’il faut choyer." 

Certains pays sont quand même sortis du lot. C’est le cas par exemple du Bangladesh. "Leur reporting était très clair car le Bangladesh a été l’un des seuls pays à avoir utilisé les indicateurs des ODD. Du coup il sera plus facile de suivre leur évolution, explique Elisabeth Hege. Ils ont notamment un gros travail à fournir sur l’ODD concernant l’égalité des sexes. La Finlande et la Colombie se sont par ailleurs ‘jumelées’ pour avancer ensemble sur la mise en œuvre des ODD et échanger sur leurs bonnes pratiques. Mais cet exemple n'a pas été généralisé." 

Le titre de champion des ODD est cette fois revenu au Danemark. Le pays travaille à aligner son budget avec les objectifs de développement durable et a déjà fusionné certains ministères comme celui de l’agriculture et de l’environnement dans un souci de cohérence. Une démarche que nous ne sommes pas près de voir se reproduire en France, tant les deux ministères semblent porter des visions divergentes.

"La France invisible sur les ODD" 

Ainsi, "la France n’est pas très visible sur la scène internationale concernant les ODD", alerte la chercheuse Elisabeth Hege. "C’est un dossier orphelin sans véritable prise en main politique." La France avait reporté lors de la première édition du HLPF. Elle a travaillé depuis à mobiliser toutes les parties prenantes et à nommer des ministères "chef de file" et des ministères associés pour chacun des 17 ODD. Un compte rendu sur un échantillon d’indicateurs doit être publié d’ici la fin du mois en partenariat avec l’Insee.

Dans les classements existants sur les ODD (SDG’index, GapFrame), les pays scandinaves font sans surprise la course en tête. La France est classée dixième par le SDG’index avec un score de 80,3 contre 85,6 pour la Suède qui arrive première. Elle obtient la note de 6,5 sur 10 dans le GapFrame, loin de la Norvège et son 7,2 mais au-dessus de la note globale qui est de 5,1. "Avec ce score, le monde est dans un état critique, explique l’association GapFrame. L'environnement est la dimension la plus préoccupante avec seulement 1% des pays contribuant à sa préservation".

Pour Bettina Laville, présidente du Comité 21, il est toutefois trop tôt pour baisser les bras. "Les ODD n’ont que deux ans, rappelle-t-elle, ce sont des biens publics qu'il faut respecter car ils fondent le ciment de la paix". Reste à les faire connaître, notamment des parlementaires. Le 12 juillet dernier une table ronde sur les ODD a été organisée au Sénat et une rencontre est programmée à l’Assemblée nationale le 20 septembre prochain. Comme l’a rappelé l'économiste américain Jeffrey Sachs lors du HLPF, la richesse mondiale est suffisante pour financer les ODD. Ne manque donc que la volonté politique.

Concepcion Alvarez @conce1


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