Publié le 17 mars 2017

EMPREINTE SOCIALE

Allemagne : deux ans après sa mise en place, quel bilan pour le salaire minimum ?

Le salaire minimum légal en Allemagne vient de connaître sa première revalorisation : au 1er janvier 2017, il est passé de 8,50 à 8,84 euros bruts de l’heure. Une évolution positive, signe que le salaire minimum est efficace et qu’il fonctionne, selon le ministère allemand du travail. Largement critiqué avant son introduction au 1er janvier 2015, le "Mindestlohn" n’a pas provoqué de tsunami sur le marché de l’emploi comme certains l’avaient prédit. Décryptage. 

Jan Zilius, président de la commission chargée de réévaluer le salaire minimum en Allemagne, lors d'une conférence de presse à Berlin, le 28 juin 2016.
Wolfgang Kumm / DPA / AFP

Explosion massive du chômage, 900 000 emplois supprimés, menace pour l’embauche des jeunes, etc. Pendant des mois, les débats ont été houleux, les prévisions plus qu’alarmistes. Et pourtant, 65 ans après la France, l’Allemagne introduisait le salaire minimum. Une révolution dans un pays qui a longtemps privilégié les accords de branche. 

Deux ans après sa mise en place, ses détracteurs doivent se rendre à l’évidence : les statistiques ne montrent aucun signe d’effondrement du marché de l’emploi. Au contraire. Les derniers chiffres publiés par l’Agence fédérale pour l’emploi (Bundesagentur für Arbeit) montrent un marché au beau fixe : en dépit de l’arrivée massive de réfugiés dans le pays et d’une situation économique mondiale instable, les chiffres du chômage n’ont jamais été aussi bas depuis 25 ans (2,6 millions de personnes étaient sans emplois en Allemagne en 2016, soit 6,1% de la population active). 

 

2 millions de bénéficiaires

 

Une bonne santé économique qui explique la revalorisation du salaire minimum. Une revalorisation appliquée depuis le 1er janvier de cette année. Il est passé de 8,50 euros à 8,84 euros bruts de l'heure, soit une augmentation de 4%. Le smic est de 9,67 euros de l’heure en France.

De fait, les représentants des employeurs et des salariés de la commission en charge de la revalorisation du smic allemand justifient leur décision par la hausse moyenne des salaires horaires dans le pays depuis janvier 2015. La commission statuera en 2018 sur une nouvelle augmentation, pour une application au 1er janvier 2019.

Imposé par les sociaux-démocrates aux conservateurs de la chancelière Angela Merkel – avec qui ils forment une coalition – le salaire minimum rempli la mission qui lui était dévolue, selon l’analyse du ministère du travail. À savoir assurer un salaire décent aux populations les plus fragiles et augmenter le nombre d’emplois soumis aux cotisations sociales, au détriment des emplois précaires, connus outre-Rhin sous le nom de "mini-jobs".

 

Progrès chiffrés

 

Que disent les chiffres ? Que le nombre d’emplois soumis aux cotisations sociales ont augmenté durant l’année 2016 de 363 000, pour atteindre 31,73 millions. Que sur les 4 millions de salariés qui percevaient en avril 2014 un salaire inférieur à 8,50 euros, 1,9 million de personnes percevaient un an plus tard le salaire minium. 

Selon l’Office national des statistiques (Destatis), ces avancées s’observent notamment dans le commerce de détail et l’hôtellerie-restauration, notoirement connus en Allemagne pour leurs salaires de misère.

Par ailleurs, l’institut souligne que la mesure bénéficie tout spécialement aux femmes, qui représentent 61% des salariés employés au salaire minimum, et que près d’un emploi rémunéré au salaire minimum sur deux était auparavant un emploi précaire. 

Claire Stam
© 2017 Novethic - Tous droits réservés

‹‹ Retour à la liste des articles

Voir nos offres