Publié le 27 avril 2022

SOCIAL

Face à la hausse des prix, la livraison collaborative de courses et de colis est en plein essor

Face à l'envolée des prix à la pompe, les Français ne manquent pas de ressources. Alors que les plateformes de covoiturage ont vu le nombre d'inscriptions exploser ces derniers mois, d'autres formules inspirées de ce modèle sont en plein essor. Il s'agit de la livraison collaborative de colis ou de courses réalisée par des particuliers lors de trajets déjà prévus. Cela permet d'optimiser les déplacements, de réduire l'empreinte carbone liée à la logistique, et d'apporter un complément de revenus.

Cocolis Utilisateurs covoiturage guitare copyright Nais BESSAIH
Cocolis, surnommé le "blablacar du colis", compte plus 400 000 utilisateurs.
@Naïs Bessaih / Cocolis

Un très grand miroir, des meubles en module, un sommier et plusieurs gros cartons. C’est le coffre bien rempli que Patricia, 24 ans, a repris la direction d’Angers. Depuis six mois, elle a abandonné le covoiturage pour passer au transport partagé d’objets, via la plateforme Cocolis, créée en 2015. "Le but est que mes déplacements ne me coûtent rien. Sur ce trajet, par exemple, je n’avais trouvé qu’un cadre de moto à descendre près de Toulon, mais pour le retour, j’étais pleine à craquer, ce qui m’a permis de rentrer dans mes frais" explique la jeune femme qui dit préférer cette solution au covoiturage car elle est "moins stressante et plus flexible".

Après un petit détour par la Vienne, où elle a déposé le grand miroir et en a profité pour aller voir de la famille, elle déposera le reste du butin autour de chez elle à son arrivée. Comme Patricia, ils sont désormais 400 000 utilisateurs à être inscrits sur l’application, avec une forte augmentation depuis le début de l’année, en raison de l’explosion des prix des carburants. Cocolis a ainsi enregistré une croissance de 150 % de son chiffre d'affaires depuis janvier et signé plusieurs partenariats avec des acteurs du e-commerce et du marché de la seconde main comme La Redoute, Orchestra, Pic Wic Toys, Cultura, Label Emmaüs ou encore Selency. "Le coût de l’énergie pousse clairement les gens à chercher des solutions pour rentabiliser leurs déplacements" constate Julien Lardé, le cofondateur de Cocolis.

"Les gens essaient de boucler leurs fins de mois"

Une autre tendance similaire s’est aussi développée avec l’envolée des prix à la pompe, la livraison collaborative. Le principe est simple : il s’agit de mutualiser des trajets du quotidien pour effectuer des livraisons de courses ou de petits colis par des particuliers pour le compte de magasins partenaires. Shopopop, créée en 2015, a ainsi signé des accords avec 2 500 commerces dont une majorité d’enseignes de la grande distribution alimentaire telles que Auchan, Carrefour, ou Leclerc, mais aussi Décathlon, Eram ou Castorama, et compte environ 300 000 particuliers livreurs, baptisés les "shopeurs".

Les petits commerçants font aussi appel à l’application car elle leur revient moins chère qu’un service professionnel. Emmanuelle Magisson tient un magasin de fleurs à Clermont-Ferrand et a déjà réalisé 550 livraisons avec Shopopop dont 130 rien qu’au premier trimestre 2022. "On ressent que les gens essaient de boucler leurs fins de mois" témoigne-t-elle. Dans le Pas-de-Calais, Caroline, 48 ans, est devenue une "shopeuse addict". Elle n'hésite pas à jeter un œil à son portable quand elle passe près d'un drive pour récupérer une course, histoire "de se faire un peu d'argent de poche" mais aussi "rendre service à des personnes parfois isolées". 

Présents dans 70 % des zones rurales reculées

Tout l’enjeu est de réussir à concurrencer des géants comme Amazon sans tomber dans l’ubérisation. "Nous sommes présents dans tous les territoires et notamment dans 70 % des zones rurales reculées, là où les services ubérisés ne sont pas du tout présents" précise Johan Ricaut, co-fondateur de Shopopop. "Nous avons aussi un profil utilisateur majoritairement féminin, ce qui contraste avec les entreprises de la logistique et des services ubérisés. Enfin le volet social est très prégnant puisqu’il s’agit bien d’apporter un complément de revenu, d’être dans une logique de compensation et non pas de travail rémunéré" ajoute-t-il.

En outre, le volet environnemental est important sur ces plateformes puisqu’il s’agit de mutualiser des trajets déjà existants. À terme, on peut imaginer une société où le consommateur pourra choisir un mode de livraison plus écologique et collaboratif parmi plusieurs options en un seul clic. 

Concepcion Alvarez @conce1


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