Publié le 24 mars 2015

SOCIAL

Mondial de football au Qatar : un match serré entre Sherpa et Vinci

Le 23 mars, l’association Sherpa a déposé plainte contre le groupe Vinci Construction et contre sa filiale basée au Qatar pour dénoncer du travail forcé et de la servitude d’ouvriers. Le 24 mars, Vinci a réfuté ces accusations, et a annoncé une plainte contre Sherpa pour propos diffamatoires. Explications.

Le mondial du Qatar continue de cristalliser les crispations. Ce 23 mars 2015, l’association Sherpa vient d’annoncer qu’elle porte plainte contre Vinci Construction et les dirigeants de sa filiale au Qatar, QDVC (détenue à 51% par Qatari Diar Real Estate Investment Company et à 49% par Vinci Construction Grands Projets).

 

Travail forcé, réduction en servitude... Sherpa frappe fort

 

Alors que ce petit pays du Golfe doit accueillir la coupe de monde de football en 2022, l’envers du décor fait polémique. En cause : des conditions de travail qui, selon plusieurs associations professionnelles ou de défense des droits de l’homme, seraient déplorables. Du coup, entre ONG et syndicats d’un côté, et grands groupes de constructions qui opèrent sur place de l’autre, on assiste depuis plusieurs mois à une bataille de communication.

La plainte déposée par Sherpa est lourde : infractions de travail forcé, réduction en servitude, et recel, commises à l’encontre des migrants employés sur leurs chantiers au Qatar. "Les enquêtes menées sur place concluent à l’utilisation par ces entreprises de menaces diverses pour contraindre une population vulnérable à des conditions de travail et d’hébergement indignes et à une rémunération dérisoire", indique Sherpa.

L’association s’affiche sûre d’elle : "Nous avons été alertés par la Fédération Nationale des Salariés de la Construction, Bois et Ameublement CGT, elle-même alertée par des syndicats népalais. En novembre, Sherpa s’est rendue sur place et a interrogé des ouvriers qui travaillent pour QDVC et pour ses sous-traitants. Dans les deux cas, nous avons recueilli des témoignages accablants, qui constituent nos preuves", explique Laetitia Liebert, Directrice de Sherpa.

 

Vinci nie et contre-attaque

 

Sans surprise, Vinci a rapidement nié en bloc ces accusations. L’entreprise, contactée par Novethic, réfute et contre-attaque : "Au Qatar, nous respectons naturellement le droit du travail et même plus, puisque nous avons mis en place des conditions supérieures aux standards locaux", indique le service de communication.

Pour prouver sa bonne foi, Vinci lance même une invitation : "Nous invitons tout le monde, l’association Sherpa et les journalistes qui le veulent, à venir visiter nos chantiers sur place". Vinci ne compte pas en rester là : le groupe a annoncé dans un communiqué publié le 24 mars 2015, qu’il allait "porter plainte contre Sherpa, dont les propos diffamatoires constituent une atteinte grave à notre [sic] image".

L’affaire ne restera sans doute pas là. Pour convaincre la justice d’ouvrir une enquête sur les conditions de travail des migrants, Sherpa a lancé une pétition en ligne.

Au-delà du Qatar, c’est la question de la responsabilité des sociétés mères vis-à-vis de ses filiales qui fait encore l’actualité, alors qu’un nouveau texte sur le devoir de vigilance des entreprises doit être examiné en séance publique le 30 mars prochain à l’Assemblée nationale. 

 

Actualisation : le 25 avril 2015, une enquête préliminaire a été ouverte par Catherine Denis, procureur du parquet de Nanterre, suite au dépôt de plainte de Sherpa contre Vinci Construction Grands Projets. Le groupe lui attaque l'ONG en diffamation via son Président W. Bourdon et lui réclame la somme de 405 000 euros. Vinci attaque aussi à titre individuel à Laetitia Liebert, Directrice de Sherpa et Marie-laure Guislain en charge du dépôt de plainte, qui sont citées à comparaitre au Tribunal de Grande Instance de Paris le vendredi 26 juin.

Céline Oziel
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