On le sait, les femmes s'impliquent davantage dans la démarche zéro déchet que les hommes, alourdissant un peu plus leurs charges domestiques. Certains voient dans cette tendance écologique une énième injonction faite aux femmes et un risque de "retour à l'intérieur". Pour la dessinatrice Emma ces écogestes répondent à un système de culpabilisation quand l'association Zero Waste défend un modèle qui doit être soutenu par les politiques publiques.

Il suffit d’une seule recherche sur Internet pour comprendre la surreprésentation des femmes dans la démarche zéro déchet. Tuto shampoing solide, lessive maison, éponge en vieux vêtements… partout des femmes, des femmes, des femmes. Cette tendance, Flore Berlingen, directrice de Zero Waste France, la confirme : "On constate que les femmes sont plus investies que les hommes dans le zéro déchet en tant que mode de vie". Pour l’instant, il n’y a pas d’étude quantitative mais "sur les réseaux sociaux, dans nos ateliers et formation, il y a clairement beaucoup plus de femmes", remarque Flore Berlingen.
Les femmes auraient-elles une passion pour les couches lavables, la fabrication maison de la lessive, le vrac et les bocaux ? Pas vraiment. Cette différence d’implication s’explique notamment par une éducation genrée. Les hommes doivent répondre aux codes de ce que la sociologue australienne Raewyn Connell appelle la "masculinité hégémonique". Concrètement, il s’agit de stéréotypes que la société juge typiquement masculins comme la violence ou la destruction. Au contraire des femmes sont davantage dans le "care", c’est-à-dire la protection, qui s’applique également à la planète.
Le risque d’un retour des femmes à l’intérieur 
Mais protéger la Terre, cela prend du temps et alourdit encore plus la charge des femmes, déjà bien pesante. Pour la dessinatrice Emma, qui a démocratisé le concept de la charge mentale, "on a réussi à se débarrasser de certaines oppressions mais là il y a une sorte de retour en arrière avec le risque que les femmes retournent à l’intérieur". De fait, c’est la machine à laver, les plats préparés, les couches jetables… qui ont participé à l’émancipation des femmes. Cette crainte d’un retour au foyer est justement revenue sur le devant de la scène le 16 octobre dernier.
Lors d’une rencontre avec des utilisateurs du Bon Coin concernant la loi anti-gaspillage, la secrétaire d’État Brune Poirson a vanté les économies réalisées lorsqu’une famille s’engage dans la démarche zéro déchet et d’ajouter : "Au lieu d’aller bosser pour avoir de l’argent, pour acheter suffisamment de choses (…) j’ai vu cette mère de famille avec ses enfants, elle fabriquait ses éponges et beaucoup de choses avec ses enfants et elle économisait de l’argent et c’était bon pour la planète". Si le cabinet de la ministre plaide une phrase hors contexte qui ne sous-entendait pas que le zéro déchet renvoie les femmes à la maison, le message est mal passé.
Les écogestes en question
Reste qu’"il est décevant de réduire le zéro déchet à ce débat. Le zéro déchet n’est pas seulement une démarche privée, il faut qu’il soit poussé par l’État", plaide Flore Berlingen la directrice de Zero Waste France. En réalité, c’est la question des écogestes et de l’effort citoyen qui est posée.
En juillet dernier le cabinet de Conseil Carbone 4 avait d’ailleurs estimé que les trois quarts des efforts doivent provenir des entreprises et de l’État. Sans se "vautrer dans le consumérisme" comme le remarque la dessinatrice Emma, c’est la nécessité même de la démarche zéro déchet en tant que mode de vie qui est posée, tant que l’État et les entreprises n’auront pas changé de paradigme. 

Marina Fabre, @fabre_marina

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