Publié le 15 octobre 2019

SOCIAL

Yuka, C’est qui le patron, Y'a quoi dedans… Risque d’indigestion face au foisonnement des applications sur l'alimentation

Trop d'applis tuent-elles l'appli ? Depuis quelques mois, le nombre d'applications de notation sur la modèle de Yuka se multiplie. Si le manque de transparence des distributeurs et des industriels laisse le champs libre à ces applications qui séduisent les consommateurs, leur foisonnement pourrait provoquer une indigestion chez ces derniers. Et recréer un sentiment de méfiance, aujourd'hui associé au secteur agroalimentaire.

La multiplication des applications pourrait rendre méfiant les consommateurs.
Yuka

Face à la défiance des consommateurs envers la grande distribution et les industriels de l’agroalimentaire, de plus en plus d'applications de notation se sont développés ces dernières années. On compte Yuka et ses 11 millions d’utilisateurs, mais aussi "C’est quoi dedans ?", lancée à la rentrée par la coopérative "C’est qui le patron?" ou encore la nouvelle application développée par 60 millions de consommateurs pour laquelle l’association a lancé une campagne de financement participatif sur Kiss Kiss Bank Bank.

Même les industriels et les distributeurs, cible de la méfiance des consommateurs, ont lancé leurs propres applications avec Num-Alim ou encore "Y a quoi dedans ?" de Système U. Ce foisonnement de concurrents, Yuka, de loin l’application la plus utilisée, la voit d’un bon œil. "C’est une très bonne chose. On est fier d’avoir en quelque sorte initié le mouvement", avance Ophélia Bierschwale, associée de l'entreprise. "Il y a un réel besoin de transparence de la part des consommateurs et de la place pour plusieurs acteurs. On a rarement vu un marché avec un acteur unique", ajoute-t-elle.

Il y a de la place pour de nouvelles applications

Même son de cloche chez "C’est qui le patron" pour qui "il s'agit d'une réaction saine et normale face à l’immense vide qu’il y avait au niveau de la transparence. Ensuite chaque consommateur utilisera celle qui lui conviendra le mieux. Bien sûr, le rêve aurait été qu’il y en ait qu’une!", note Nicolas Chabanne, cofondateur de la marque des consommateurs.  

Derrière cette façade rassurante, les experts eux, sont un peu plus critiques. "Certes, il y a de la place pour d’autres acteurs que Yuka, tant que ce ne sont pas des clones et qu’ils apportent quelque chose de différent. Mais la vraie question est celle des données", estime Olivier Frey consultant et spécialiste du secteur alimentaire. "Le problème est que l’on se retrouve avec des bases de données qui ne communiquent pas entre elles. L’avantage d’Open Food Facts est d’être ouverte. Il ne faudrait pas une multiplication des bases de données fermées", prévient-il.

De fait, "C’est qui le patron" utilise une base de données "maison" qu’un des cofondateurs, Laurent Pasquier, a développé avec le moteur de recherche alimentaire "Mes goûts". 25 000 références sont déjà enregistrées mais Nicolas Chabanne assure utiliser Open Food Facts pour les autres produits qui ne sont pas encore référencés. La star Yuka se base également sur Open Food Facts mais sa méthode de notation, basée sur le Nutriscore, est parfois critiquée. 

"Des consommateurs perdus face à la multiplication des indicateurs"

Pour Lucas Lefebvre, cofondateur de la Fourche, un magasin bio en ligne, le foisonnement des applications pourraient même avoir un effet contre-productif. "Il faut rester vigilant face à la multiplication des indicateurs, qui pourrait mener à l'effet inverse que celui recherché : des consommateurs perdus devant plusieurs indicateurs qui se revendiquent tous comme justes et impartiaux", avance-t-il. C’est d'ailleurs ce qui a poussé Fanny, une accro des applis, à les abandonner. "Quand il y en avait peu c’était facile, mais une fois, j’ai comparé le résultat entre trois applications, j’ai eu des résultats sensiblement différents. J’ai préféré me fier à mes intuitions de base, qui n’étaient pas si mauvaises au final", explique-t-elle. 

Reste que le cas de Fanny est marginal. Car Yuka a pris une telle avance sur ces concurrents que la guerre entre les applis de notation ne la concerne pas vraiment. Elle est devenue une référence pour les utilisateurs mais aussi pour les industriels. Intermarché vient ainsi de modifier 900 de ses recettes pour qu’ils obtiennent une meilleure note sur Yuka. Un pouvoir d’influence qu’il va falloir choyer car plus elle va grossir et plus les consommateurs risquent d'être méfiants des liens créés avec le secteur agroalimentaire. 

Marina Fabre, @fabre_marina


© 2020 Novethic - Tous droits réservés

‹‹ Retour à la liste des articles

SOCIAL

Consommation

Produits verts, bio, issus du commerce équitable ou made in France….les marques multiplient les produits vendus comme écologiques, durables et responsables et les consommateurs prennent conscience de l’impact de leur choix sur l’environnement. Ces nouvelles pratiques de consommation doivent reposer sur des labels crédibles.

Mediametic serres separees 1

Serres individuelles, bars à ciel ouvert… les restaurants à l’ère du Coronavirus

Comment respecter les règles de distanciation sociale dans les bars et restaurants ? C’est le casse-tête sur lequel planche encore le gouvernement français. En attendant, de Vilnius à Washington en passant par Amsterdam, les villes du monde entier rivalisent d’idées pour rouvrir leurs portes. Des...

EXPRESS MARCHE GOULET TURPIN premier supermarche

[À l'origine] En 1958, le premier supermarché ouvre en France et c’est une révolution culturelle

Des caddies, des produits en libre-service, une offre gigantesque avec plus de 2 000 références... En 1958, la société Goulet-Turpin ouvre l'Express Marché, le premier supermarché de France. Son apparition marque une rupture dans le paysage commercial français, jusqu'ici représenté par les petits...

Belle ile en mer tourisme de masse AFP

Après le Covid-19, la France prépare un plan de relance pour un tourisme durable

La France veut reconstruire un tourisme durable et digital après la crise sanitaire. La Caisse des dépôts et Consignations (CDC), qui s'engage à mettre 1,3 milliard d'euros dans le plan de relance, assure que ses investissements seront conditionnés à des critères environnementaux. De quoi relancer...

Acte International Bengladesh textile fast fashion

Avec le Covid-19, la fast fashion perd le fil et doit changer de modèle

L'industrie textile a subi de plein fouet l'impact du Covid-19. Les deux géants HM et Zara accusent de fortes baisses de ventes, qui se répercutent directement sur l'emploi des ouvrières au Bangladesh, au Cambodge ou encore en Chine. La fast fashion doit revoir son modèle, basé sur une chaîne...