Publié le 17 mars 2014

SOCIAL

« La France doit encadrer la publicité pour lutter contre l'obésité »

Un rapport remis récemment à la ministre de la Santé propose de réguler la publicité en fonction de la qualité nutritionnelle des aliments. Marine Friant-Perrot, juriste spécialiste du marketing alimentaire à l'Université de Nantes, explique à Novethic pourquoi une règlementation s'impose face aux problèmes d'obésité, au regard notamment de l'expérience britannique.

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Marine Friant-Perrot

 

Novethic. En quoi la règlementation du marketing alimentaire peut jouer sur la santé publique ?

Marine Friant-Perrot : Les organisations internationales, l'OMS en particulier, multiplient les preuves selon lesquelles le marketing alimentaire a une influence sur les préférences alimentaires des enfants et donc sur les problèmes d'obésité (voir aussi l'enquête de l'UFC-Que Choisir ? en France). Pourquoi donc se priver d'encadrer la publicité ? Aujourd'hui la liberté d'expression publicitaire prévaut sur les raisons de santé publique et la France se refuse pour l'instant à agir en se contentant d'engagements volontaires de la part des industriels. Mais des pays ont déjà fait le pas. Au Québec, une étude de 2011 montre que l'interdiction de la publicité pour les enfants de moins de 13 ans a eu des effets : la consommation de produits fastfood a été réduite à hauteur de 88 millions de dollars par an depuis 1989. L'Angleterre a également légiféré dans ce sens en 2007 en interdisant la publicité pour les produits trop gras, trop sucrés ou trop salés dans les programmes TV pour enfants ou regardé largement par ces derniers.

Quelles seraient les mesures à prendre pour une régulation efficace ?

Il y a plusieurs enseignements à tirer de l'expérience britannique. La limitation de la publicité télévisuelle a eu pour effet pervers de multiplier la pub vers d'autres supports, en particulier sur Internet. Dans un univers de sollicitations commerciales, c'est l'ensemble des éléments de marketing - jeux promotionnels, placement de produits dans des émissions, etc. - qui doivent faire l'objet d'une régulation. Beaucoup de programmes britanniques échappent aussi à la réglementation parce qu'ils ne sont pas majoritairement regardés par des enfants. Pourtant, des enfants les regardent, et notamment ceux issus des classes défavorisés les plus exposés aux problèmes d'obésité. Les recommandations du rapport du Professeur Serge Hercberg remis fin janvier à la ministre de la santé (voir "Santé publique : les entreprises devront mettre la main à la pâte") sont intéressantes parce qu'elles visent tous les supports publicitaires et interdisent la publicité pour des produits trop caloriques pendant toute la journée.

Pourquoi cette timidité de la France par rapport à la Grande-Bretagne ?

L'obésité est un problème de santé publique très aigue en Angleterre, où plus de 20 % des adultes sont considérés comme obèses. Ofcom, l'équivalent britannique du CSA français, a eu une approche très pragmatique du problème : revue des preuves, analyse des coûts en termes de santé publique et de création industrielle, consultation publique de tous les acteurs concernés. L'autorité régulatrice des télécommunications en a conclu à la nécessité de légiférer pour réguler la publicité. En France, la négociation s'est faite entre les industries agro-alimentaires, les médias et le gouvernement. Or, les enjeux publicitaires pour les médias sont très importants : le secteur alimentaire est le quatrième annonceur tous médias confondus. McDonalds par exempleest le neuvième plus gros annonceur en France.

Propos recueillis par Magali Reinert
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