Publié le 23 août 2022

SOCIAL

"Homo confort" : une critique acerbe de l’hyper-technologie qui a envahi notre quotidien

La quête effrénée du confort n’est pas sans conséquence. Dans son essai "Homo Confort"* publié au printemps dernier, l'anthropologue italien Stefano Boni explique que le coût d’une vie sans effort est environnemental et économique mais aussi sensuel et moral. Rupture avec la nature, appauvrissement des sens, pollution, perte de nos compétences, obésité, cancers… Toute la semaine, Novethic vous fait découvrir cinq livres à dévorer en cette rentrée 2022.

 

 

Couverture homo confort
Apparu entre la fin des années 50 et le début des années 60, il ne serait mu que par la recherche du moindre effort.
@Editions L'Echappée

Après Homo Economicus, Homo sociologicus, Homo Consommatus, voici Homo Confort. Apparu entre la fin des années 50 et le début des années 60, il ne serait mu que par la recherche du moindre effort. C’est l’hypothèse défendue par l'anthropologue italien Stefano Boni dans son essai "Homo confort, le prix à payer d’une vie sans efforts et contraintes"* publié au printemps. "Le bien-être constitue la dimension expérientielle dominante qui a accompagné l’essor de l’humanité contemporaine" explique-t-il. "On aurait pu s’arrêter une fois tous les besoins essentiels comblés mais c’est impossible dans le système économique dominant. Le confort n’a aucune limite".

Télécommandes désormais agrémentées d’une commande vocale, escalators, trottinettes électriques, voiture, avion, … le seul effort auquel consent désormais Homo Confort est l’activité sportive maîtrisée pour se maintenir en forme et accéder à une forme de bien-être. La conséquence est une perte de nos cinq sens et notamment du toucher, qui se fait de plus en plus rare, de l’odorat, les mauvaises odeurs ayant été remplacées par des odeurs toxiques, et du goût avec une diversité gustative en chute libre. "Homo Confort a renoncé à la volonté de se réapproprier le pouvoir politique et a accepté son assujettissement en contrepartie d’une vie confortable" regrette Stefano Boni.

"Vivre avec moins de technologie équivaut en somme à mieux vivre" 

Selon lui, l’insatisfaction est le principal moteur de cette course effrénée vers un confort qui n’a parfois plus de sens et qui reste toujours inatteignable pour une partie de la population. Elle est favorisée par la publicité ultra-présente, l’obsolescence programmée ou encore la consommation individuelle. "Derrière le confort lénifiant qu’ils nous procurent, les outils hyper-technologiques sont intrinsèquement liés à l’exploitation d’une main d’œuvre bon marché et à la soumission de la nature, au saccage et à la dévastation de l’environnement, à l’ignorance et à l’apathie, à la guerre et à la mort, à la mystification et au conformisme" plaide l’auteur.

Il appelle ainsi à réfléchir aux usages de la technologie et à supprimer par exemple les produits de luxe ou encore à restreindre la diversité des marchandises sur le marché. "La baisse du confort impliquera des désagréments, des efforts, de la fatigue et une certaine part d’incertitude, mais il me semble que l’amélioration de notre état de santé physique et mental, le développement de nos compétences, la cohésion sociale et la redistribution équitable du pouvoir sont à ce prix" croit Stefano Boni. "Vivre avec moins de technologie équivaut en somme à mieux vivre".

Si la critique de la modernité et de l’hyper-technologisation de nos sociétés est parfois critiquable par exemple sur les systèmes d’assainissement, sur les vaccins ou la médicalisation des accouchements qui ont permis d’éviter des milliers de morts, cet essai invite à la remise en question dans une période où nos modes de vie sont plus que jamais pointés du doigt à l’aune du changement climatique, des inégalités sociales et de la crise énergétique. Une lecture revigorante.

Concepcion Alvarez @conce1

* "Homo confort : le prix à payer d’une vie sans efforts ni contraintes" de Stefano Boni, Les Éditions L’échappée, 256 pages, avril 2022.


© 2022 Novethic - Tous droits réservés

‹‹ Retour à la liste des articles

Pour aller plus loin

La sobriété, un levier de plus en plus crédible pour atteindre la neutralité carbone

Autrefois taboue, la sobriété fait de plus en plus partie du débat public quand il s'agit d'évoquer les solutions pour réduire les émissions de gaz à effet de serre. La notion a ainsi émergé dans tous les grands rapports publiés depuis un an et commence même à être reprise par certains...

Les terrasses chauffées, un confort très énergivore face à l'urgence climatique

Dans la capitale, la consommation des terrasses chauffées pendant l'hiver équivaudrait à 110 000 vols Paris-New York. Face à l'urgence climatique, Rennes a décidé de les interdire. C'est la première métropole à franchir le pas. D'autres villes ont engagé des réflexions en ce sens, mais les...

Vivre sans technologie : quand les low-techs innovent, loin du retour à la bougie

Les low-techs s'affichent comme un idéal de sobriété : moins de technologies, de ressources, de déchets... Ce mouvement popularisé par des passionnés en quête d'autonomie infuse aujourd'hui dans les réflexions sur l'innovation et l'ingénierie. Les pionniers de la low-tech nous réapprennent...

[Infographie] Interdiction des long-courriers, couvre-feu thermique, plus de véhicules thermiques… les mesures extrêmes pour rester sous 1,5°C

[Mise  à jour le 15 mars 2019] À l'occasion de la mobilisation mondiale pour le climat, Novethic vous propose de redécouvrir la saisissante étude du cabinet d’analyse BL Évolution. Elle liste les mesures concrètes  à mettre en œuvre en France pour s'aligner sur une trajectoire de...

SOCIAL

Consommation

Produits verts, bio, issus du commerce équitable ou made in France….les marques multiplient les produits vendus comme écologiques, durables et responsables et les consommateurs prennent conscience de l’impact de leur choix sur l’environnement. Ces nouvelles pratiques de consommation doivent reposer sur des labels crédibles.

Dressing responsable applis unsplash

Mode responsable : quatre applis pour un dressing plus vertueux

Rentrée des classes, baisse des températures et changement de saison : septembre rime bien souvent avec nouvelle garde-robe. Mais alors que le secteur de la mode représente l’une des industries les plus polluantes, avec 1,2 milliard de tonnes de gaz à effet de serre émis chaque année, passer à des...

Reparation CC0

Lave-linge, smartphones, trottinettes... Fnac Darty publie le classement des marques les plus durables

Le "premier réparateur de France", comme le groupe Fnac Darty se décrit lui-même, publie la 5ème édition de son "Baromètre du SAV". Cet outil classe la centaine de produits analysés par le distributeur en fonction d’un score de durabilité. Le groupe constate une amélioration globale de la fiabilité...

C qui le patron 01

"C’est qui le patron" : la marque des consommateurs pour l'alimentaire étend son modèle à d’autres secteurs

Hygiène, habillement, santé, banque... la marque C'est qui le patron n'aidera plus seulement les agriculteurs. Celle qui a cassé le concept du "prix le plus bas" en rémunérant correctement les producteurs, s'autorise désormais à monter au capital d'entreprises voire à les racheter. Ces dernières...

Couverture homo confort

"Homo confort" : une critique acerbe de l’hyper-technologie qui a envahi notre quotidien

La quête effrénée du confort n’est pas sans conséquence. Dans son essai "Homo Confort"* publié au printemps dernier, l'anthropologue italien Stefano Boni explique que le coût d’une vie sans effort est environnemental et économique mais aussi sensuel et moral. Rupture avec la nature, appauvrissement...