Publié le 13 mai 2020

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Avec le Covid-19, la fast fashion perd le fil et doit changer de modèle

L'industrie textile a subi de plein fouet l'impact du Covid-19. Les deux géants HM et Zara accusent de fortes baisses de ventes, qui se répercutent directement sur l'emploi des ouvrières au Bangladesh, au Cambodge ou encore en Chine. La fast fashion doit revoir son modèle, basé sur une chaîne d'approvisionnement complètement éclatée, des prix bas et des gros volumes. 

Acte International Bengladesh textile fast fashion
A la mi-mars, les ventes de H&M avaient baissé de 46%.
@Acte International

Les deux géants de la mode rapide, la fast fashion, Inditex, qui détient notamment Zara, et le groupe suédois H&M, ont été ébranlés par la crise. Le premier estimait mi-mars que "le Covid-19 avait un impact très significatif" sur ses ventes alors que plus de la moitié de ses 7 500 magasins étaient fermés. Quant à H&M, ses ventes ont chuté de 46 %. Les enseignes françaises sont aussi touchées comme le chausseur André, placé en redressement judiciaire et la Halle, en procédure de sauvegarde. Les symptômes sont sérieux pour l’industrie textile.

Si la situation impacte l'emploi en France, cela a aussi des répercussions sur les ouvrières basées à l’autre bout du monde. Le Cambodge, dont 40 % du PIB dépend des grandes marques qui sous-traitent la production de leurs vêtements, est dans le rouge. Les géants du textile ont annulé la moitié de leurs commandes, poussant les usines à la fermeture. Même phénomène au Bengladesh, un des centres mondiaux de production de vêtements.

Les usines de textile ouvrent malgré le confinement

Mi-avril, l’Association des fabricants et exportateurs de vêtements du Bengladesh (Bgmea) estimait à plus de 3,1 milliards de dollars le montant des commandes annulées par les géants du textile. Face à la pression de la Bgmea - ses équivalents en Chine, au Vietnam, au Pakistan -, plusieurs grandes sociétés, dont H&M, Zara ou encore C&A, se sont engagées à ne plus annuler les commandes déjà passées mais "aucune promesse n’a été faite pour l’avenir", note l’AFP. Alors que plusieurs pays européens déconfinent, les commandes repartent à la hausse et avec elles, la pression de les honorer dans les plus brefs délais.

Plusieurs usines au Bengladesh ont ainsi décidé de rouvrir leurs usines alors que le confinement en vigueur dans le pays ne les y autorise pas. Elles craignent que leurs concurrents en Chine ou au Vietnam ne captent leur part de marché. Une porte-parole de la police, Jane Alam, a estimé que 200 000 ouvriers du secteur avaient repris le travail à Ashulia, dans le centre industriel en périphérie de la capitale Dacca. L'Association des fabricants et exportateurs de textile du Bangladesh justifie la reprise pour éviter la "crise économique". Les syndicats eux ont mis en garde contre une explosion du nombre de contamination au Covid-19 dans les usines de textile. 

Les défaillances de la fast fashion plus visibles que jamais

Outre sa responsabilité sociale, l'industrie fait face à sa mauvaise gestion des flux et des stocks. Les surplus sont un des problèmes majeurs de l’industrie qui mise sur les prix bas et les gros volumes, exerçant une forte pression sur les travailleurs et l’environnement. "Nous devons travailler tous ensemble à trouver comment vendre correctement un produit au lieu de le voir comme une quantité massive de marchandises dont nous avons juste besoin de nous débarrasser", a expliqué dans un webinar Gary Wassner, PDG de Hilldun, une entreprise de financements des sociétés de textile. 

C’est déjà ce qu’appelait à repenser le président de la Fédération national de l’habillement, Éric Mertz, en juin dernier lorsqu’il proposait de mettre un terme aux soldes qualifiant ces dernières de "spirale mortifère". Car elles résultent en effet des surplus et des invendus du secteur. "Les soldes sont les soins palliatifs d’un marché qui a perdu la tête", jugeait le cofondateur de la marque Bonne gueule, Geoffroy Bruyère. En affinant les stocks et en s’approvisionnant en circuit court, les marques ont pourtant tout à y gagner. C’est en tout cas l’avis de Hakan Karaosman, expert de la chaîne d’approvisionnement de la mode à la Commission économique des Nations Unies pour l’Europe. 

Les marques durables résistent mieux à la crise

"Les marques de mode qui ont pris des mesures concrètes pour créer des chaînes d'approvisionnement plus courtes, plus résistantes et plus transparentes ont pu voir que les situations inattendues pouvaient être mieux contrôlées", explique-t-il dans le journal WWD. "En outre, les chaînes de production durables conduisent à des avantages compétitifs en termes de performance opérationnelle", ajoute-t-il. Malgré ce constat, les grandes marques pourraient être tentées de miser sur des prix encore plus bas, des promotions à tout va, pour traverser la crise. 

D’autant qu’aux anciennes habitudes s’ajoutera une baisse du pouvoir d’achat des consommateurs. Et ces derniers pourraient soit moins consommer, soit se tourner vers des produits moins chers. "Si nous ne saisissons pas cette occasion de changement, nous allons assister à une crise bien plus grave que le Coronavirus", prévient Eva Kruse, présidente du Global Fashion Agenda. D'où la demande de 65 ONG européennes environnementale et de protection des droits humains de rendre l'industrie textile plus durable. Le 23 avril, elles ont dévoilé leurs propositions et appelé l'Union européenne à intégrer dans le Green Deal une stratégie spécifique au textile qui questionne le "monde d'avant". 

Marina Fabre, @fabre_marina avec AFP


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