Publié le 07 mars 2022

POLITIQUE

12 candidats pour une campagne présidentielle axée sur les sondages, pas sur les projets

Ni l’entrée officielle en campagne d’Emmanuel Macron, ni le rapport du GIEC, ni la guerre en Ukraine n’ont réussi à donner un nouvel élan à cette étrange campagne présidentielle. Basée sur des variations sondagières à la télévision et des messages à tonalité agressives sur les réseaux sociaux où tous les candidats sont loin d’avoir le même poids, elle n’a pas fait émerger de projet lisible pour les électeurs qui tardent à s’intéresser à cette élection, habituellement reine. Revue des forces en présence.

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Emmanuel Macron s'est déclaré candidat le 4 mars.
@CCO / Rama

Emmanuel Macron, le candidat président. Son slogan : Avec Vous

Après avoir prévenu en tant que Président, le 2 mars, que le "pire était à venir" et que la guerre en Ukraine allait transformer profondément l’Europe, il a annoncé sa candidature par une lettre aux Français, envoyée 48 heures plus tard. Il s’y engage à "faire de ces temps de crises, le point de départ d'une nouvelle époque française et européenne" et propose aux Français "d’inventer avec eux, face aux défis du siècle, une réponse française et européenne singulière" qui reste à préciser. Pour sa campagne éclair, il a lancé une chaîne Youtube et organise des débats citoyens.

Il est crédité par les sondages de 21% à 32 % des voix.  

Marine Le Pen, la première candidate d’extrême droite. Son slogan : M la France

Marine Le Pen joue avec l’initiale de son prénom pour porter des messages ancrés dans le terreau habituel de son parti. Sur ses "22 mesures pour 2022" les trois premières sont sur ses thèmes habituels : "arrêter l’immigration incontrôlée en donnant la parole aux Français par référendum", "éradiquer les idéologies islamistes et l’ensemble de leurs réseaux" et "faire de la sécurité par tout et pour tous une priorité" mais elle veut aussi dans sa dernière proposition : "Créer un ministère contre les fraudes".

Elle est créditée par les sondages de 13% à 20 % des voix.

Éric Zemmour, le second candidat d’extrême droite. Son slogan : Reconquête

Polémiste depuis une trentaine d’années, condamné pour ses déclarations incitant à la haine raciale, Eric Zemmour s’est mué en homme politique candidat aux présidentielles en septembre 2021. Il bénéficie d’un soutien très actif sur les réseaux sociaux et affiche les cinq priorités de sa candidature sur son site internet : Identité, Instruction, Impôts, Industrie, Indépendance. Son programme est ensuite décliné par thèmes allant de la ruralité aux automobilistes en passant par l’immigration et le pouvoir d’achat.

Il est crédité par les sondages de 10 % à 18 % des voix.

Valérie Pécresse, la candidate des Républicains. Son slogan : Nouvelle France 

Désignée par la primaire de son parti, Valérie Pécresse veut être la principale adversaire d’Emmanuel Macron dont elle condamne le bilan. Son projet est mis en exergue à travers 10 propositions présentées façon catalogue. Cela va de supprimer les droits de succession pour 95 % des Français à la création de 10 000 postes supplémentaires d’enseignants, surveillants et chefs d’établissement pour l’éducation en passant par l’ouverture des bibliothèques étudiantes H24 ou rendre effective l’interdiction de l’accès à la pornographie pour les mineurs.

Elle est créditée par les sondages de 10 % à 17 % des voix.

Jean-Luc Mélenchon, le candidat de gauche le mieux placé. Son slogan : Union Populaire 

Jean-Luc Mélenchon a co-construit son programme L’Avenir en commun avec des milliers de citoyens. Son projet s’articule autour de 5 grands enjeux "vivre libres et citoyens, s’adapter au système de la nature, unir pour bien vivre, humaniser les personnes et la société, et enfin, ordonner le monde". Son programme "prêt à l’emploi" est décliné en 14 chapitres. Pour mieux le mettre en avant, le site Internet du candidat propose un comparateur entre les propositions portées par Jean-Luc Mélenchon et les programmes de ses principaux concurrents.

Il est crédité par les sondages de 8% à 15 % des voix.

Yannick Jadot, le candidat écologiste. Son slogan : Changeons !

Le candidat qui a été désigné par la Primaire écologiste, affirme proposer "un projet précis, chiffré et cohérent pour le climat et la justice sociale". Son programme, intitulé "Changer la France pour vivre mieux" comprend 120 propositions. Une version synthétique est proposée sur son site Internet, autour de six thèmes : "Agir enfin pour le climat", "Protéger le climat", "la justice sociale", "Rétablir des services publics forts"," Faire société", "Construire l’Europe du Climat" et "Apaiser le monde par la diplomatie climatique".

Il est crédité par les sondages de 3% à 9 % des voix.

Les cinq candidats suivants devraient rester en dessous de la barre des 5 % qui permet d’être remboursé de ses frais de campagne

Fabien Roussel, le candidat communiste. Son slogan : La France des jours heureux

Son programme est rassemblé dans un livre et ses mesures principales sont sociales : 32 H par semaine, SMIC à 1500 €, 850 € par mois pour les étudiants et retrait à 60 ans.

Il est crédité par les sondages de 2% à 5% des voix.

Anne Hidalgo, la candidate socialiste. Son Slogan : Go2022 !

Elle aussi joue sur son nom pour défendre son programme "Ensemble, changeons d’avenir !". Elle fait 70 propositions pour "mieux vivre ensemble" allant de la revalorisation du travail à l’écologie.

Elle est créditée par les sondages de 1% à 4% des voix.

Philippe Poutou, le candidat anticapitaliste. Son slogan : Nos vies valent plus que leurs profits

Avec son slogan "Nos vies valent plus que leurs profits", le candidat du parti Nouveau Parti Anticapitaliste Philippe Poutou, qui a arraché in extremis ses 500 parrainages, présente un programme basé sur trois axes : l'urgence écologique et sanitaire, l'urgence sociale et enfin l'urgence démocratique.

Il est crédité dans les sondages de 1 à 2 % des voix.

Jean Lasalle, le candidat des Terroirs.  Son slogan : Résistons !

Chantre de la France rurale fêté au Salon de l’Agriculture, Jean Lasalle fait campagne en bus et veut résister "au marasme économique, au modèle dominant et à l’individualisme grandissant".

Il est crédité dans les sondages de 0% à 3% des voix.

Nicolas Dupont-Aignan, le candidat souverainiste. Son slogan : Le bon sens en action

Il veut prendre 100 décisions pour la France axées sur la liberté et l’indépendance. La première d’entre elles consiste à supprimer l’état d’urgence sanitaire et le pass vaccinal.

Il est crédité dans les sondages de 0 à 3 % des voix. 

Nathalie Arthaud, la candidate révolutionnaire. Son slogan : le camp des travailleurs

Elle défend un communiste internationaliste pour mettre fin au capitalisme, source de tous les maux selon sa campagne. Ses idées et "son programme de lutte" sont déclinées en vidéos pédagogiques.

Elle est créditée dans les sondages de 0% à 2% des voix.

La campagne des Présidentielles n’est pas celle que les Français attendent en majorité après deux ans de crise majeure face à une épidémie de COVID qui n’en finit pas, aux messages d’alerte de plus en plus précis du GIEC qui poussent à l’action immédiate et à une guerre en Ukraine qui rappelle à l’Europe ses heures les plus sombres. Ils voudraient pouvoir voter pour des candidats qui leur proposent de construire l’avenir en tenant compte de leurs préoccupations sociales et environnementales. Ce n’est pas l’histoire médiatique qui leur est racontée et il y a fort à parier que le premier parti de France sera l’abstention. Reste à espérer que les législatives, programmées les 12 et 19 juin, proposent un autre récit en faisant de la place au climat, à la démocratie, à la formation et à l’éducation, à la liberté de la presse et à bien d’autres thèmes plus constructifs que la sécurité et l’immigration, imposés de force par la polarisation à l’extrême droite.

Anne-Catherine Husson Traore, @AC_HT directrice générale de Novethic


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