Publié le 20 mai 2022

NUMÉRIQUE

Le métavers, un "far west" qu'il faut réguler

C'est le "turfu" du monde du travail. Le 18 mai, le PDG de Carrefour, Alexandre Bompard s'est réjoui d'avoir réalisé des entretiens d'embauche dans le métavers, cet univers virtuel censé être révolutionnaire. Un symbole de l'engouement des entreprises pour cette nouveauté qui se développe aujourd'hui sans régulation. Des dérives, comme des viols "virtuels", ont déjà été observées. Bruxelles qui voit monter cette tendance veut s'emparer de la question. 

Carrefour Alexandre Bompard metavers
Le PDG de Carrefour a réalisé des entretiens d'embauche sur le métavers.
@Carrefour

C’est le nouveau terrain de jeu des entreprises. Le métavers, univers parallèle qui permet de "créer un nouveau monde", selon les mots de l’anthropologue Fanny Parise, plaît au monde professionnel. Illustration concrète de ce phénomène, le dernier tweet du PDG de Carrefour, Alexandre Bompard, se réjouissant de faire ses "premiers pas dans le Metavers, sous le trait d’un drôle d’avatar, avec des jeunes candidats data analysts ou data scientists…". Désignant un "évènement exceptionnel", le PDG a surtout été la cible des critiques des internautes, se moquant d’un métavers raté aux allures de Second Life, un jeu vidéo 3D sorti il y a près de 20 ans.

Si le métavers est pour l’instant au stade embryonnaire, il attire de plus en plus de marques à l’instar de Nike, JP Morgan, Adidas, Warner Music qui ont déboursé des millions pour acheter des terrains virtuels. L’intérêt ? "Notre stratégie est d’être au cœur des tendances émergentes pour les comprendre et ne pas avoir à y réagir plus tard", explique au Figaro la direction innovation de Carrefour. Comprenez : les marques ne veulent pas rater le coche si le métavers devait être, demain, la révolution tant vantée par les titans de la tech. Car ces derniers ont l’art de susciter l’engouement. 

Viol dans le métavers

Le fondateur de Microsoft, Bill Gates est ainsi certain que d’ici deux ou trois ans, la plupart des réunions de travail se dérouleront sur le métavers. Le géant a d’ailleurs lancé Mesh for teams, un métavers d'entreprise qui vient concurrencer Facebook, récemment renommé Meta, en référence à cet univers virtuel. Une étude du cabinet américain Gartner prédit même qu'une personne sur quatre d’ici 2026 passera au moins une heure par jour dans le métavers pour faire du shopping, s’éduquer ou travailler. Si tel était le cas, mieux vaut réguler ces zones. C’est d’ailleurs la volonté de Bruxelles. "Le métaverse est déjà là. Alors bien sûr, nous commençons à analyser quel sera le rôle du régulateur, quel est le rôle de notre législature", a déclaré la commissaire européenne à la concurrence, Margrethe Vestager. Car les dérives sont déjà visibles. 

Lors d’un bêta-test de la plateforme de réalité virtuelle de Facebook, Horizon Worlds, une utilisatrice a ainsi expliqué qu’une minute après s’être connectée, plusieurs hommes l’ont agressée sexuellement. "Ils ont pratiquement violé mon avatar et ont pris des photos alors que j’essayais de m’enfuir". Des dérives qui existent déjà sur l’internet 2D mais qui sont ici décuplés. Les casques de réalité augmentée servent en effet à ressentir les mêmes sensations que dans la réalité. "Il va falloir adapter notre arsenal juridique à ces nouvelles pratiques, étendre les règles européennes contre le cyberharcèlement pour ne pas que le métavers en soit exonéré", explique Julien Pillot, enseignant-chercheur en économie à l’Inseec et spécialiste de l’économie numérique. 

"Il faut fixer les règles du jeu"

Pour l’expert, les législateurs sont montés en puissance ces dernières années, permettant ainsi de dévoiler un arsenal "pas parfait mais musclé", à savoir la RGPD, le Digital Services Act ou encore la taxe Gafam. "Il faut fixer les règles du jeu pour éviter le far west. Pour l’instant, il faut être lucide, le métavers n’existe pas, ce sont des ébauches. Il faudra encore des décennies pour accéder à l’oasis qu’on nous vend, mais est-ce vraiment nécessaire ? Je ne pense pas", affirme Julien Pillot.

Car derrière ce monde virtuel, la pollution, elle, est bien réelle. On le sait, ce sont les terminaux, c’est-à-dire les équipements, qui ont la plus forte empreinte carbone du secteur numérique. Or le métavers repose sur une multitude de supports technologiques. Casques virtuels, combinaisons, gants, chaussures, bracelets… les équipements ouvrent un nouveau marché sur lequel comptent bien miser les géants de la tech. 

Marina Fabre Soundron @fabre_marina


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