Publié le 23 avril 2018

NUMÉRIQUE

Cobalt : la blockchain testée en RDC pour éviter le travail des enfants

La demande de cobalt explose dans le monde sous l’effet de la transition énergétique et numérique. Plus de la moitié de ce minerai provient de République démocratique du Congo, où près de 40 000 enfants seraient employés dans des mines. Afin de mieux tracer le cobalt, des grands donneurs d’ordres s’associent pour mettre en place une chaîne d’approvisionnement plus éthique, employant la blockchain.

En République démocratique du Congo, 20 % des mines de cobalt implique des mines manuelles et souvent le travail des enfants.
@AmnestyInternational

La demande de cobalt a explosé ces dernières années, entraînant un triplement des prix en 18 mois. Près de 60 % de ce minerai provient de République démocratique du Congo (RDC) où un cinquième de la production est issu de mines manuelles, employant souvent des enfants. Les investisseurs, les ONG et la première place mondiale pour l’échange des métaux non-ferreux, le London Metal Exchange (LME), tirent le signal d’alarme. Ils appellent les entreprises consommatrices à mieux tracer l’origine de leurs approvisionnements.

La solution pourrait – une nouvelle fois – provenir de la blockchain, à travers l’initiative "The Better Cobalt Pilot" (Pilote pour un meilleur cobalt). Il vise à assurer une production d’un "cobalt éthique" à partir de petites mines. Cette expérimentation va être surveillée et documentée par le cabinet d’audit britannique RCS Global, spécialiste des chaînes d’approvisionnement.

Un fournisseur d’Apple

Le principe consiste à attribuer aux productions de cobalt issues de cinq mines artisanales ou peu mécanisées des étiquettes électroniques, surveillées par une blockchain. Des agents de RCS Global, présents sur les sites de production, seront chargés de reporter tous les écarts aux principes directeurs de l’OCDE sur le travail et le travail des enfants en particulier. Ils seront notifiés sur un tableau de bord accessible à tous les membres participant à l’initiative. 

Parmi ceux-là, on retrouve des grandes marques mondiales dont les noms n’ont pas encore été divulgués, deux fabricants automobiles et des raffineurs de cobalt. En particulier, l’initiative met en avant le nom du chinois Huyaou Cobalt, le plus grand raffineur au monde. Il fournit entre autres Apple et d’autres grands noms du numérique.

Un processus remis en cause

Reste à vérifier l’efficacité d’un tel processus. Plusieurs ONG affichent leur scepticisme. Ils comparent l’initiative "The Better Cobalt Pilot" à celle du processus de Kimberley qui vise à établir une charte de traçabilité pour éliminer les "blood diamonds", des diamants extraits dans des zones de conflits sur le sol africain. Deux ONG à l’origine de ce processus ont même fini par s’en retirer : Global Witness et Impact.

Interrogée par Reuters, Christine Chow d’Hermes Investment Mangement explique que la traçabilité du cobalt est beaucoup plus complexe que celle des diamants. Selon elle, la chaîne d’approvisionnement compte 12 étapes contre seulement 5 dans le cas des pierres précieuses.

Fin 2017, Amnesty International épinglait de grands industriels sur le sujet du cobalt. "Les géants industriels ne font pas le nécessaire face aux allégations de travail des enfants dans les chaînes d'approvisionnement en cobalt pour les batteries", déplorait-elle. Le secteur automobile est visé : "Renault et Daimler présentent des résultats particulièrement mauvais". L'ONG appelle Renault à "assumer son devoir de vigilance en République démocratique du Congo".

Ludovic Dupin, @LudovicDupin


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