Publié le 04 juin 2019

GOUVERNANCE D'ENTREPRISE

Nutella accusé d’exploiter des enfants et des migrants syriens dans les plantations de noisettes turques

Une nouvelle enquête révèle que la Turquie, principal fournisseur mondial de noisettes, emploie des enfants et des réfugiés syriens, sans contrat de travail, payés une misère et travaillant sept jours sur sept dans des conditions dangereuses. Le groupe Ferrero, qui vend le célèbre Nutella, est pointé du doigt car il achète un tiers de ses noisettes dans le pays.

Plus de 72 % des travailleurs disent avoir à peine assez d'argent pour s'en sortir.
@Nutella

C’est l’un des produits phares du Nutella. Les noisettes, qui composent la célèbre pâte à tartiner, sont au cœur d’une polémique depuis la publication d’une très longue enquête par le New York Times fin avril. Le quotidien américain alerte sur les conditions de travail et de vie pour les saisonniers qui travaillent dans les plantations de noisettes turques. Le pays concentre 70 % de la production mondiale et fournit un tiers des noisettes du groupe Ferrero, propriétaire de Nutella, et approvisionne d’autres grands industriels comme Nestlé ou Godiva.  

Déjà accusée de faire travailler des enfants, la Turquie est désormais également pointée du doigt pour le traitement réservé aux réfugiés syriens, très nombreux à avoir traversé la frontière pour échapper à l’État islamique. Au total, 200 000 réfugiés syriens travailleraient dans la noisette, le plus souvent sans permis de travail et donc sans aucune protection, dans des conditions épuisantes et dangereuses, à la merci d’intermédiaires peu scrupuleux.

Travail sept jours sur sept

Remziye, une migrante de 38 ans, et ses neuf enfants, rencontrés par l’ONG Fair Labour, passent tout leur printemps sur les routes pour rejoindre les cultures de sucre puis de noisettes. Ils n’ont pas de contrat et ne sauront combien ils seront payés qu’une fois arrivés sur l’exploitation. Tous, dont la fille de 12 ans, travaillent entre 11 et 12 heures par jour pour un peu moins de 9 euros par jour chacun, auxquels il faut retirer une commission d’environ 8 %. 

Selon Fair Labor, qui produit régulièrement des rapports sur les conditions de travail dans le secteur agricole en Turquie, plus de 72 % des travailleurs disent avoir à peine assez d'argent pour s'en sortir. La quasi-totalité (99 %) a déclaré travailler sept jours sur sept. L'association affirme que les problèmes liés au travail des enfants se sont "détériorés au cours de la dernière année". 

Pas d'usine irréprochable

C’est notamment dû au Code du travail turc qui ne s'applique pas aux entreprises agricoles comptant moins de 50 employés, "de sorte qu'une grande partie de la surveillance de cette culture incombe aux entreprises de confiserie", estime le New Tork Times. Contactée par le quotidien américain, Ferrero a affirmé sa détermination "à fournir à ses salariés des conditions de travail sûres et décentes" et dit demander à "(ses) agriculteurs indépendants de faire de même".

Mais sur le terrain, la réalité est tout autre. "En six ans de suivi, nous n'avons jamais trouvé en Turquie une seule exploitation de noisetiers dans laquelle toutes les normes du travail sont respectées", a expliqué Richa Mittal, directrice de l'innovation et de la recherche de Fair Labor. Après les accusations de déforestation liée à l’huile de palme, la marque qui fabrique le Nutella va devoir aller plus loin pour convaincre les consommateurs. De plus en plus concurrencée, la firme a perdu 10 points de parts de marché sur les cinq dernières années.

Concepcion Alvarez, @conce1 


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