Publié le 29 mai 2019

GOUVERNANCE D'ENTREPRISE

Le procès de la dépendance aux antidouleurs, orchestrée par les laboratoires, s’ouvre aux États-Unis

Le premier procès contre les fabricants de médicaments antidouleur, accusés d'avoir alimenté l'explosion d'overdoses d'opiacés qui ravage les États-Unis, s'est ouvert mardi dans l'Oklahoma, avec les laboratoires Johnson & Johnson seuls sur le banc des accusés. Cette crise serait à l’origine de 400 000 morts outre-Atlantique depuis 20 ans.

Aux États-Unis, il y a une sur-prescription des antidouleurs entraînant la mort de nombreux patients par overdose.
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Des trois laboratoires accusés dans l'Oklahoma pour leur rôle dans la crise des opiacés, Johnson & Johnson, plus connu pour sa poudre pour bébé que pour les médicaments antidouleur vendus par sa filiale Janssen, est le seul à ne pas avoir passé un accord à l'amiable avec le procureur général pour éviter un procès.

Le laboratoire Purdue Pharma, devenu l'ennemi numéro 1 dans la crise des opiacés pour avoir fabriqué le médicament vedette Oxycontin, avait passé un accord à l'amiable en mars avec l'Oklahoma en acceptant de payer 270 millions de dollars. Le laboratoire israélien Teva lui a emboîté le pas ce week-end, et a accepté de débourser 85 millions de dollars.

400 000 morts

Johnson & Johnson entend démontrer qu'il n'a pas sciemment minimisé les risques de dépendance de ses médicaments opiacés, ni poussé à une sur-prescription accusée d'avoir contribué à la mort de quelque 400 000 personnes par overdoses aux États-Unis depuis 20 ans.

L'avocat du laboratoire, Larry Ottaway, a affirmé dès le début de sa plaidoirie d'ouverture mardi 28 mai que si Johnson & Johnson affirmait à la fin des années 1990 que les opiacés étaient "rarement addictifs", c'est parce que la Federal Drug Administration (FDA), l'agence fédérale américaine des médicaments, le disait elle aussi.

Mais le procureur général de l'Oklahoma, Mike Hunter, a accusé le laboratoire d'avoir agi par pur "appât du gain", présentant de façon "cynique et trompeuse" les opiacés comme un médicament magique contre la douleur. Un adjoint au procureur a estimé à 870 millions de dollars par an l'argent que devrait dépenser cet État du Midwest pour mettre fin à cette crise sanitaire.

Un coût pour l’Oklahoma

Ce procès, souvent comparé aux actions en justice contre les fabricants de tabac qui se sont soldées par un vaste accord de plus de 200 milliards de dollars en 1998, devrait avoir valeur d’exemple : près de 2 000 plaintes ont été enregistrées au niveau fédéral, supervisées par un juge de l'Ohio, et des centaines au niveau des États, dont New York et le Massachusetts.

Les audiences, qui se déroulent sans jury devant le juge d'État Thad Balkman, devraient durer deux mois environ. Celui-ci ne pourrait être que le premier d’une longue série à travers tout le pays.

La Rédaction avec AFP


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