Publié le 20 août 2018

GOUVERNANCE D'ENTREPRISE

Autostrade, responsable désigné par le gouvernement italien dans l’effondrement du viaduc de Gênes

Le bilan des victimes de l’effondrement du pont de Gênes s’est alourdit à 43 morts. Pour le gouvernement italien, deux responsables : Autostrade, le concessionnaire de l’autoroute A10 sur laquelle s’est produit l’accident, et la famille Benetton, actionnaire majoritaire du groupe d’Atlantia, propriétaire d’Autostrade. Mais pour le concessionnaire, la responsabilité de l’effondrement doit "être établie par la justice".

Le Pont Morandi de Gênes s'est effondré le 14 août 2018, causant la mort de 43 personnes.
JACK TAYLOR / GETTY IMAGES EUROPE / Getty Images/AFP

Quelques jours après le drame de Gênes où 43 personnes ont perdu la vie dans l’effondrement d’un viaduc, le débat sur la définition des responsabilités fait rage en Italie.

Il n’a fallu que quelques heures au gouvernement pour désigner les coupables, soit l’entreprise concessionnaire de l’autoroute A10 où se situe le viaduc. "Les responsables ont un nom et un prénom, et ce sont Autostrade per l'Italia", a rapidement assuré le vice premier ministre d’extrême droite, Matteo Salvini. Les premières sanctions n’ont pas tardé. Dès vendredi le chef du gouvernement, Giuseppe Conte, annonçait avoir entamé une procédure de retrait de la concession au gestionnaire autoroutier.

Une responsabilité que refuse pourtant d’endosser à ce stade le concessionnaire. Dans une conférence de presse qui s’est tenue vendredi, ses dirigeants ont annoncé leur décision de débloquer 500 millions d’euros pour des fonds destinés à indemniser les victimes et sinistrés, aider la ville et reconstruire l’ouvrage. Mais sans présenter d’excuses. Car, ont-ils précisé, “Les excuses et les responsabilités sont des choses qui sont liées. On s’excuse si on se sent responsable”.

Une responsabilité qui "doit être définie par la justice"

"Nous ne pensons pas qu'il soit possible d'assumer la responsabilité de cette catastrophe avant l'enquête de la justice qui doit le définir et que nous aiderons autant que nous le pourront", ont déclaré ses dirigeants. Pour le directeur général, Giovanni Costelluci, il s’agit d’abord de "comprendre comment le pont a été construit dans les années 60 - et pas par nous - et de nombreux autres détails, avant de définir les responsabilités".

Un tribunal de la ville devra établir les raisons pour lesquelles ce viaduc s’est effondré sur une portion de près de 200 mètres, précipitant dans le vide des dizaines de voitures qui y circulaient. Plusieurs riverains ont affirmé à la presse avoir signalé des éboulements lors des travaux d’entretien réalisés ces dernières années. Mais "à chaque courrier adressé aux institutions ou à Autostrade, la même réponse : ‘ tout est stable, vous êtes en sécurité’", rapporte Le Journal du dimanche.

Un audit effectué en novembre 2017 à la demande d’Autostrade avait pourtant mis en lumière des problèmes de stabilité de l’ouvrage et pointé du doigt les haubans du viaduc. Mais, enchâssés dans le béton, ceux-ci sont particulièrement difficiles à contrôler. Une rupture de l’un de ces haubans est, de fait, considérée comme “une hypothèse de travail sérieuse”, affirme Antonio Brencich, cité par l’agence de presse Reuters. Cet ingénieur, membre de la commission des transports chargée de déterminer les causes de l’accident avait déjà écrit un article très critique sur le pont en 2016. 

Pour le ministre des Transports, “Il est évident que quelqu’un n’a pas fait son travail concernant la maintenance. Le concessionnaire a une responsabilité qui semble très grave”, assure-t-il dans un entretien à La Stampa. Son ministère, qui est également responsable de la sécurité des concessions routières privées, a donc sommé Autostrade d’apporter les preuves qu’elle a rempli toutes ses obligations contractuelles en la matière d’ici quinze jours.

Bras de fer entre le gouvernement et la famille Benetton

Autre responsable ciblé par le gouvernement : l’actionnaire majoritaire du groupe Atlantia, propriétaire d’Austrade, c’est-à-dire la famille Benetton, qui détient 30% des parts. Les chefs de file du gouvernement populistes, Luigi di Maio et Matteo Salvini, ont multiplié les déclarations chocs contre celles-ci, menaçant ses dirigeants de prison ferme ou encore de révoquer l’ensemble des concessions du groupe qui gère plus de la moitié des autoroutes du pays.

Des accusations relayées sur les réseaux sociaux, agrémentées d’appels au boycott et de détournement de slogans tels que "United Horrors of Benetton" ou "United Colors of Béton". Côté marché, l’action du groupe Atlantia accuse aujourd'hui une baisse de plus de 20% par rapport à son cours d'avant accident.

Béatrice Heraud @beatriceheraud


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