Après plus d'un mois de blocages et de contestations inédites dans tout le pays, le Cour suprême panaméenne a donné raison aux manifestants. Elle a jugé "inconstitutionnel" le contrat qui prolonge les droits d'exploitation de Cobre Panama, la plus grande mine de cuivre à ciel ouvert d'Amérique centrale. Cette décision marque un tournant dans l'économie du pays au profit d'un plus grand respect des ressources naturelles.

Une mine à ciel ouvert de plus de 13 000 hectares, 300 000 tonnes de cuivre extraites par an, trois bassins versants pollués, le tout à 240 kilomètres de la capitale panaméenne. L’annonce fin octobre de la prolongation de l’exploitation de la mine de Cobre Panama, gérée par la société canadienne First Quantum Mineral (FQM), a suscité des contestations historiques dans tout le pays pendant plus d’un mois.
La Cour suprême panaméenne vient finalement de trancher et elle donne raison aux opposants. Mardi 28 novembre, à l’unanimité, elle a jugé "inconstitutionnel" le contrat renouvelant la concession minière. Le président du Panama Laurentino Cortizo a promis dans la foulée la fermeture "ordonnée et sûre" de la mine. L’annonce a été suivie de célébrations dans plusieurs régions du pays et devant le tribunal. "Aucune entreprise étrangère ne peut venir ici nous brandir ses millions et dire que parce qu’elle investit, elle peut faire ce qu’elle veut", a déclaré à l’AFP la militante écologiste Raisa Banfield. Des manifestants ont commencé à lever certains barrages routiers, selon plusieurs médias nationaux. 


Un tournant environnemental


Cela met fin à un blocage d’une ampleur inédite qui a mené à la mort de plusieurs manifestants. L’unique route permettant le passage de l’Amérique du Sud vers le nord est restée infranchissable pendant plus d’un mois. Le gouvernement du Salvador est allé jusqu’à demander la mise en place d’un "couloir humanitaire" pour ses ressortissants coincés, dont de nombreux chauffeurs routiers. Au total, les pertes économiques pour le Panama s’élèvent à plus de 1,7 milliard de dollars dans les secteurs de l’agriculture, du tourisme et du commerce, selon les organisations professionnelles.
Cette décision signe aussi un tournant pour l’économie du pays. L’arrêt de la mine Cobre Panama, qui représente à elle seule 1% de la production mondiale, va peser sur le PIB. Le pays renonce aussi à des contributions annuelles négociées à 375 millions de dollars, 10 fois plus que dans le précédent contrat. "Il faudra quelques années pour s’en relever", a affirmé à l’AFP Felipe Chapman, du cabinet de conseil économique Indesa. Il affirme que le pays pourrait s’appuyer sur d’autres secteurs, dont le tourisme. L’extraction minière n’est en tout cas plus d’actualité. Le gouvernement a annoncé mi-novembre un moratoire contre tout nouveau projet. Un coup de frein à l’appétit des sociétés minières alors que le Panama repose sur des ressources considérables.

Des conflits de plus en plus nombreux contre l’extraction des ressources


De son côté, la société minière FQM assure opérer "depuis le début (…) dans la transparence et le strict respect de la législation panaméenne", a-t-elle annoncé dans un communiqué. Elle ajoute avoir "entendu la clameur populaire" et rester "attentive au dialogue constructif". Cependant, FQM a informé le gouvernement de son intention de recourir à l’arbitrage international. La société compte s’appuyer sur un accord de libre-échange contracté avec le Canada, un mécanisme bien connu des entreprises pour demander des sommes astronomiques aux États lorsque leurs intérêts sont menacés. Le ministère panaméen du Commerce et de l’Industrie a affirmé sur X (ex Twitter) que le pays a "respecté toutes ses obligations au regard du droit international" et qu’il se tient "prêt à défendre les intérêts nationaux".


Les conflits contre l’extraction minière grandissent face à des projets de plus en plus vastes, justifiés par les besoins de la transition énergétique. Le Panama est le troisième pays d’Amérique latine à abandonner cette année d’importants projets d’extraction en raison de leur impact environnemental. En août, l’Équateur a mis fin à l’exploitation du pétrole dans le parc de Yasuni. En février, le Chili a renoncé au projet minier Dominga de cuivre et de fer alors que l’industrie minière a une place centrale dans l’économie du pays. Ces décisions illustrent la difficulté de répondre aux besoins en métaux de la transition écologique. Selon l’institut IFP Énergies nouvelles, le monde pourrait consommer d’ici à 2050 entre 60 % et 90 % des ressources en cuivre connues afin de limiter la hausse des températures à 2°C.
Fanny Breuneval avec AFP

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