Publié le 03 août 2020

ENVIRONNEMENT

Une vague de silence a parcouru le monde durant l’épidémie de Coronavirus

Chacun d’entre nous a pu expérimenter le calme et de nouveaux bruits venus de la nature durant le confinement. Mais ce n’est pas qu’un ressenti. Une vaste étude menée à travers le monde a montré que le "bruit sismique" a baissé de 50 % pendant plusieurs mois à la faveur de la mise à l’arrêt des activités humaines. Ce fut une occasion unique dans la vie de nombreux chercheurs d’écouter les bruits naturels de la Terre.

Silence animaux ville confinement covid AntoninBurat HansLucas AFP
Quatre milliards d'êtres humains ont été confinés au plus fort de l'épidémie.
@AntoninButat/Ha,sMucas/AFP

Les habitants des grandes villes l’ont expérimenté. Le confinement a permis de réentendre les bruits de la nature au cœur du béton. Plusieurs espèces d’oiseaux et même quelques animaux terrestres se sont aventurés plus près des centres urbains, durant les quelques semaines où les humains se sont tus. Il faut dire, qu’à Paris, par exemple, le volume sonore a été divisé d’un facteur 10 le jour et jusqu’à un facteur 5 la nuit dans certains quartiers, selon les données de Bruitparif.

Bruit paris

"Durant la période de confinement, nombreux sont les Franciliens à avoir pu faire une expérience sensorielle inédite sur le plan sonore, du fait du calme inhabituel qui s’est installé sur toute la région", explique l’agence dans un rapport exhaustif. "La baisse des niveaux s’est en effet accompagnée d’une réorganisation complète de la hiérarchie de la perception des sonorités, de certains sons agréables comme le chant des oiseaux ou le bruissement des feuilles dans les arbres, d’habitude masqués par le bruit relativement incessant des transports ou des activités humaines".

Dans les villes, les forêts, les déserts…

Ce ressenti est loin d’avoir concerné les seuls Français ou les urbains. Selon une étude sismique menée par l’observatoire Royal de Belgique et l’Imperial College of London et publiée dans Science, durant la période de confinement, le monde est devenu silencieux. Un phénomène qui a pu être ressenti dans le cœur des mégapoles comme Singapour ou New York, au cœur de la forêt noire allemande ou dans les déserts de Namibie.

"Vous pouvez presque le voir comme une vague. Vous pouvez voir l’apaisement sismique s’étendre dans le temps, en commençant en Chine fin janvier, puis en Italie et au-delà en mars et avril", explique Stephen Hicks, sismologue britannique, l’un des auteurs de l’étude cité par The Guardian. Les résultats reposent sur les données enregistrées par 268 capteurs sismiques dans 117 pays. Dans 185 d'entre eux, une baisse importante des vibrations dues aux activités humaines a été enregistrée.

Un épisode connu sous le nom d’anthropause

Selon les chercheurs , le confinement total ou partiel d’environ quatre milliards d’êtres humains et conséquemment l’arrêt des transports, des chantiers, des usines, a "mené à une réduction du bruit sismique jusqu'à 50 % de plusieurs mois". "La période de silence sismique de 2020 est la plus longue et la plus importante réduction du bruit sismique anthropique mondiale jamais enregistrée", depuis que de telles données existent dans les années 1970. Plusieurs experts définissent ce moment sous le nom d’anthropause et il a permis de mieux mesurer notre rapport à la nature et à la planète.

L’effet le plus visible a été le retour des animaux aux abords des villes. Mais si les biologistes se sont régalés, les sismologues aussi. En effet, la disparition de ce bruit de fond humain présent sur toute la planète a permis d’entendre les microséismes que la Terre produit au niveau de failles, de volcans, de plaques. Ils ont pu enregistrer finement ces empreintes pour mieux les identifier au milieu de l’activité humaine, qui a déjà massivement repris selon les mêmes données.

Ludovic Dupin, @LudovicDupin


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