Publié le 02 septembre 2019

ENVIRONNEMENT

Amazon veut donner ses invendus au lieu de les détruire… mais il va falloir attendre encore un peu en France

En janvier, Amazon était accusé de jeter des millions d'invendus neufs chaque année. Pour y remédier, le géant du e-commerce vient de lancer un programme visant à donner tous les invendus à des associations caritatives. Problème : cette démarche va être appliquée aux États-Unis et au Royaume-Uni mais pas en France, où le groupe dénonce une TVA pas assez incitative.

Amazon invendus istock
Amazon aurait jeté 3 millions d'invendus neufs en France.
Istock / jetcityimage

Amazon va-t-il changer ses pratiques ? En janvier dernier, l’émission Capitale sur M6 révélait que le géant du e-commerce jetait chaque année des millions d’objets neufs invendus. Couches, machines à café, téléviseurs… au total 3 millions d’invendus auraient terminé dans la benne rien qu’en France. Face à ce bad buzz international, le groupe vient de lancer le programme FBA (Fulfillment by Amazon).

Jusqu’alors, Amazon proposait aux vendeurs tiers, ces commerçants indépendants qui vendent leur produit en ligne sur la "marketplace", soit de récupérer leurs invendus, soit de les détruire. Or, la restitution du produit coûte 50 centimes contre 15 pour sa destruction. Avec le programme FBA, Amazon s’engage à donner automatiquement les invendus que les vendeurs ne veulent pas récupérer, à moins d’un refus explicite de leur part.

Le programme ne sera pas appliqué en France

Pour l’instant, le groupe n’a pas communiqué le tarif de cette nouvelle option, mais selon le média CNBC, qui a pu échanger avec des vendeurs, donner ses invendus deviendrait plus avantageux financièrement. "Amazon commencera à donner les invendus à partir de septembre aux États-Unis et au Royaume-Uni, fournissant des articles utiles aux personnes dans le besoin", précise la société. L’organisme Good360 sera chargé de collecter les invendus et de les redistribuer aux associations caritatives partenaires. Mais en France, il va encore falloir attendre.

"L’extension du programme de dons FBA hors du Royaume-Uni est actuellement bloquée", explique Amazon à Novethic. La raison : la TVA. Selon le géant du e-commerce, donner un invendu impose aux vendeurs de s’acquitter de la TVA relative à ce produit. "Cette réglementation n’est pas économiquement viable pour des dizaines de milliers de TPE et de PME qui vendent directement leurs produits sur Amazon", ajoute le groupe.

Pourtant, il va falloir trouver une solution. Car le gouvernement entend bien changer la donne. "Nous voulons en finir avec cette pratique scandaleuse qui consiste à jeter ce qui ne peut être vendu", défendait Édouard Philippe le 12 juin. Quant à la secrétaire d’État Brune Poirson, elle se disait "choquée, outrée" par cette pratique. Pour y mettre un terme le gouvernement va interdire la destruction des invendus dits non alimentaires. Cette mesure, prévue dans la loi économie circulaire, devrait comprendre des "sanctions incitatives, d’un point de vue financier, contre ceux qui ne respectent la mesure anti-gaspillage", avait précisé le ministère à Novethic.

Une TVA qui favorise la destruction plutôt que le don

Mais plusieurs associations, experts et enseignes réclament surtout une incitation fiscale. "Pour des vendeurs, il est plus difficile de récupérer leur TVA quand ils réalisent un don plutôt que lorsqu'ils détruisent leur produit", explique Alma Dufour des Amis de la Terre. Pour récupérer leur TVA, les entreprises doivent les donner à des associations reconnues d’utilité publique. Ces dernières sont nombreuses, mais certaines, spécialisées dans le réemploi, en sont exclues, comme Emmaüs par exemple.

En assouplissant ce système, Bercy craint d’alimenter un circuit économique parallèle sur lesquels l’État ne recevrait pas d’impôts. "Il faut en finir avec ce régime absurde", défend Alma Dufour. "Nous nous félicitons de la démarche d’Amazon, si elle est également appliquée en France. Mais attention, ce n’est qu’une goutte d’eau dans l’impact environnemental de ce géant. Tant qu’il surproduira, qu’il ne remettra pas en question son business model, rien ne sera suffisamment satisfaisant", ajoute-t-elle. 

Marina Fabre, @fabre_marina


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