Publié le 09 octobre 2017

ENVIRONNEMENT

Grand Paris Express : un moteur pour structurer la gestion des déchets de la filière BTP

C'est un chantier hors norme. Le Grand Paris Express va générer plus de 45 millions de tonnes de déblais d'ici 2030. Un vrai défi environnemental pour les acteurs de la filière qui sont soumis à la loi de Transition énergétique. Elle prévoit 70% de valorisation des déchets dès 2020. Une occasion de structurer la filière. 

Chantier de la ligne 15 Sud à Châtillon Montrouge
Société du Grand Paris / Gérard Rollando

C'est le plus gros producteur de déchets en France. Le BTP, en 2014, en a produit 227 millions de tonnes. C'est 70 % de la production française, tous secteurs confondus. Et le Grand Paris Express ne va pas inverser la courbe. Il devrait augmenter de 10 à 20 % la production annuelle d'Île-de-France dans les années à venir. Et pour cause, le projet prévoit la création de quatre nouvelles lignes ferroviaires autour de Paris, le prolongement de deux autres, la construction de 68 gares ainsi que l’aménagement de nouveaux quartiers.

"C’est un défi environnemental pour tous les acteurs du secteur", prévient Frédéric Willemin, directeur de l’ingénierie environnementale de la Société du Grand Paris (SGP). D’ici 2020, selon la loi de Transition Énergétique, 70% des déchets du BTP devront être valorisés. 

Des déchets au bon endroit

Pour gérer cette montagne de déblais (20 millions de mètres cubes de terre à excaver), la SGP a misé sur l’innovation. D’abord, la société a mis en place une plateforme de traçabilité. Chaque entreprise impliquée doit s’y connecter pour indiquer la quantité, la nature et la provenance des déchets qu’elle va gérer."On voulait être sûrs que les camions aillent au bon endroit, dans des espaces de stockage et de valorisation autorisés", explique Frédéric Willemin.

De plus, certains déblais vont être utilisés pour combler les cavités souterraines. Le substrat va être déposé dans des aménagements paysagers pour améliorer la fertilité de la terre. D’autres vont permettre de fabriquer des briques de terres crues à partir de déblais. Ces derniers ne seront plus des alors déchets mais de réels matériaux, de la matière première, se réjouit la SGP. 

Le Grand Paris lance une dynamique vertueuse 

"Vu la taille du chantier, c’est notre responsabilité d’avoir des pratiques exemplaires et innovantes", estime Frédéric Willemin. Une implication que les maîtres d’ouvrage ont rarement, comme le constate l’étude Democles menée dans une vingtaine de chantiers en septembre 2016. Seulement 35% des déchets du second oeuvre sont valorisés, alors que 80% pourraient l’être sans surcoût. 

Mais depuis deux ans, les experts, comme Gaël Virlouvet, spécialiste de la gestion des déchets pour le cabinet Tehop, note une vraie "prise de conscience". Elle serait due à la pression nationale "via un arsenal législatif qui se développe", souligne-t-il. "Des petites initiatives se multiplient sur le terrain", et atteignent désormais de grands chantiers comme celui du Grand Paris. Tout cela "crée une vraie dynamique", se réjouit-il. 

Nouvelle plateforme de gestion, traitement et valorisation chez Lafarge 

Par exemple, Lafarge, pour répondre aux exigences notamment environnementales de la SGP, va ouvrir une plateforme de gestion, traitement et valorisation des déchets inertes à Saint-Vigor-d’Ymonville (Seine-Maritime). Pour être le plus vertueux possible, les déchets seront conduits par transport fluvial, un moyen de réduire la pollution et le recours aux poids lourds, sources de nuisances sonores pour les habitants. "Le Havre est une ville stratégique dans le dispositif sur l’axe Seine, idéalement située pour le transport fluvial depuis la capitale", indique Bénédicte de Bonnechose, directrice générale de Lafarge France.

Ces exigences suffiront-elles à faire changer durablement la filière ? "On pousse à l’innovation mais on ne changera pas tout, seul", relativise Frédéric Willemin de la SGP. "Le Grand Paris est un catalyseur pour faire avancer le secteur et pérenniser les bonnes pratiques, c’est un premier pas", espère le directeur de l’ingénierie environnementale. 

Marina Fabre @fabre_marina


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