Publié le 21 mai 2019

ENVIRONNEMENT

Salon VivaTech : le numérique œuvrera pour le bien à condition de maîtriser ses émissions de carbone

Lors du salon VivaTech qui vient de clore ses portes à Paris, beaucoup d’observateurs ont mis en avant le fait que la technologie ne participera à un monde meilleur que si sa consommation énergétique et ses émissions restent sous contrôle. Or, l’essor du numérique tend plutôt à prendre les acteurs à la gorge alors qu’ils doivent déployer des data centers de plus en plus performants pour répondre à la demande.

Le salon Vivatech 2019 s'est déroulé à Porte de Versailles à Paris du 16 au 18 mai.
@RiccardoMilani/HansLuca/AFP

Les technologies de l’information et de la communication, Internet en particulier, sont des poids lourds du climat. Chaque recherche sur Google, chaque ouverture d’un mail, chaque clic d’un jeu vidéo en ligne, chaque vidéo lue sur YouTube émet un peu de CO2. Mis bout à bout, ces grammes de carbone finissent par peser. S’il était un pays, Internet serait le sixième au monde en matière de consommation d’énergie. C’est l’une des prises de conscience mises en avant par des acteurs du secteur lors de l'événement VivaTech, un immense salon dédié à l’innovation technologique qui s’est tenu à Paris du 16 au 18 mai.

Cette édition était placée sous le signe de "Tech for Good", l’innovation positive pour la société et la planète. Aussi cette question du poids climatique et énergétique est clé. "Nos cerveaux ne sont pas câblés pour ressentir les dangers que nos sens ne perçoivent pas", résume Inès Léonarduzzi, directrice générale du global Earth Project Digital for the Planet, qui vise à sensibiliser les acteurs du numérique sur ce sujet. Le numérique, "c'est transparent, ça ne se voit pas, ça ne s'entend pas, ça ne se touche pas. (...) C'est virtuel, mais ça a une existence bien réelle", explique-t-elle.

4 % des émissions

Elle est l'un des nombreux invités de VivaTech à se pencher sur l'impact environnemental du secteur du numérique (production des équipements, infrastructures réseaux, serveurs et consommation). "Compte tenu du mix électrique mondial, la part d'émissions de gaz à effet de serre (GES) attribuable au numérique passerait de 2,5 % en 2013 à 4 % en 2020 (2,1 gigatonnes)", estime le Shift Project dans une étude d'octobre 2018.

"Ce chiffre est du même ordre de grandeur que ceux relatifs à des secteurs réputés beaucoup plus consommateurs d'énergie carbonée", poursuit ce groupe de réflexion sur la transition énergétique. "La part d'émissions de GES des véhicules légers (automobiles, motos...) est d'environ 8 % en 2018, et celle du transport aérien civil d'environ 2 % en 2018", illustre-t-il.

"Notre utilisation de données, de vidéos en streaming, le cloud, c'est invisible à nos yeux mais cela peut avoir un impact important et nourrir la consommation d'énergies non renouvelables d'une manière qui pourrait surprendre beaucoup de gens", abonde Gary Cook, de Greenpeace. L'ONG documente depuis dix ans la consommation énergétique des géants du numérique, notamment ceux qui gèrent les centres de données (serveurs), "qui peuvent consommer autant d'électricité qu'un village de taille moyenne".

Internet met la pression

"Vu leur croissance rapide, en nombre et en taille, les décisions concernant l'alimentation électrique deviennent véritablement critiques", explique celui qui ambitionne de créer "un Internet alimenté de manière 100% renouvelable". En février, Greenpeace a alerté sur la concentration de "data centers", notamment d'Amazon, en Virginie (États-Unis), dans une "Data Center Valley" qui revendique 70 % du trafic Internet mondial. Pour faire face à l'afflux de demande, le principal prestataire énergétique local, Dominion Energy, s'est tourné vers du non-renouvelable...

Au grand dam des industriels de la donnée. Car la plupart ont pris des engagements d'ampleur en la matière. Facebook a par exemple annoncé un partenariat avec Greenpeace dès le début des années 2010. "Aujourd'hui tout le monde voit les grèves et les manifestations pour le climat dans les rues de Londres, Bruxelles ou ailleurs. Dans ce contexte cela peut être très motivant d'agir", observe encore Gary Cook auprès de l'AFP.

Un cycle de vie à mesurer

"Le secteur agit sur son empreinte énergétique", plaide pour sa part Carole Maréchal, de DATA4. Cet opérateur de data centers en France, en Italie et au Luxembourg propose à ses clients de connaître "leur empreinte énergétique en temps réel", qu'il s'agisse de consommation d'énergie, d'eau ou d'émission de gaz à effet de serre. Et ce, "sur l'ensemble du cycle de vie". Car les infrastructures numériques consomment aussi énormément lors de leur fabrication, et de manière générale, les impacts environnementaux "ne se limitent pas au sujet de la consommation énergétique", estime encore Carole Maréchal.

Se pose aussi la question des ressources en eau, ou la gestion des déchets du numérique. L'ONG Basel Action Network estime que l'Union européenne exporte quelque 350 000 tonnes de déchets d'équipements électriques et électroniques (DEEE, qui comprend aussi de l'électroménager) vers des pays en développement. Le Shift Project évoque aussi "l'accélération de l'extraction des métaux, notamment rares" dont beaucoup "sont faiblement recyclables". Le think tank appelle de ses vœux "une sobriété numérique" globale.

Ludovic Dupin avec AFP


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