Les cinq premières journées à la COP28 ont été intenses avec le lancement de nombreuses coalitions sur la neutralité carbone, l'agriculture, les énergies renouvelables ou encore le charbon. En pleine polémique sur les données scientifiques et la sortie des énergies fossiles, Sultan Al Jaber tente de donner des gages de sa bonne foi, mais pour certains, cette avalanche d'annonces n'est qu'une diversion pour éviter de parler du sujet qui fâche : le sort réservé aux énergies fossiles.

1/ Les Émirats arabes unis lancent la "Oil and gas decarbonation charter" (OGDC)


Cette "Charte de décarbonation du pétrole et du gaz" (Oil and Gas Decarbonization Charter – OGDC), portée conjointement par les Émirats arabes unis et l’Arabie saoudite, a été signée par une cinquante de compagnies de l’industrie du pétrole et du gaz, représentant 40% de la production mondiale, dont 29 compagnies nationales parmi lesquelles la saoudienne Aramco et l’émiratie Adnoc. Elles se fixent un objectif de neutralité carbone "en 2050 ou avant" et des émissions de méthane "proche de zéro".
Problèmes : aucun engagement à réduire la production d’énergies fossiles. Qui plus est, seules les émissions de gaz à effet de serre produites par les opérations d’extraction et de production de ces entreprises sont prises en compte et pas le CO2 émis lors de l’utilisation du pétrole et du gaz qu’elles vendent (Scope 3), qui représente l’écrasante majorité du bilan carbone du secteur. "C’est le plus grand nombre de compagnies nationales à s’engager dans une initiative de décarbonation", se félicite la présidence de la COP28 dans un communiqué. "Greenwashing", rétorquent plus de 320 organisations de la société civile dans une lettre ouverte. "L’accélérateur de décarbonisation du pétrole et du gaz constitue une dangereuse distraction du processus de la COP28", a déclaré David Tong, de Oil Change International.

2/ Les plus gros transporteurs maritimes promettent de se décarboner plus vite


Les principaux transporteurs maritimes – l’italo-suisse MSC, le danois Maersk, le français CMA-CGM, l’allemand Hapag-Lloyd et le coréen HMM – se sont engagés à réduire leurs émissions au-delà des objectifs fixés par l’Organisation maritime internationale (OMI) début juillet. Ils promettent ainsi de réduire de 30% les émissions totales de leur flotte d’ici à 2030, contre 20% demandé par l’OMI. D’ici 2040, l’objectif est porté à -80% contre -70% selon les standards de l’OMI. Une réduction à zéro des émissions nettes doit être atteinte "en 2050 au plus tard".
Ils s’engagent aussi à promouvoir "un mécanisme international de tarification des gaz à effet de serre", soit l’équivalent d’une taxe carbone, "pour inciter à l’efficacité énergétique et réduire l’écart de prix entre les carburants fossiles et les carburants maritimes durables" et mettre en place une "norme internationale" pour mesurer précisément les émissions du secteur.

3/ 134 pays s’engagent à prendre en compte les émissions du secteur agro-alimentaire


134 pays, parmi lesquels la Chine, le Brésil, les États-Unis et l’Union européenne, ont approuvé la Déclaration de la présidence de la COP sur l’agriculture, les systèmes alimentaires résilients et l’action climatique. Ils se sont engagés à inclure pour la première fois l’alimentation et l’agriculture dans leurs contributions déterminées au niveau national (NDC). Le sujet n’a jamais fait l’objet de beaucoup d’attentions lors des sommets climatiques et était l’une des priorités de la présidence de la COP28. De fait, la majorité des pays développés ne présentent aucune mesure liée aux systèmes alimentaires.
"La Déclaration des Émirats représente un changement de mentalité majeur. Le système alimentaire mondial – qui représente un tiers des émissions est très vulnérable aux impacts climatiques – est désormais à l’agenda climatique et le compte à rebours pour agir a commencé", a réagi Wanjira Mathai, directrice générale pour l’Afrique et les partenariats mondiaux au World Resources Institute.

4/ 118 pays portent l’objectif de tripler les énergies renouvelables d’ici 2030


Préparé depuis plusieurs mois en amont, c’est le sujet le plus consensuel de cette COP28. 118 pays ont soutenu ce week-end à Dubaï l’objectif de tripler les énergies renouvelables et doubler l’efficacité énergétique d’ici 2030. Manquent toutefois à l’appel la Chine, l’Inde, l’Arabie Saoudite, l’Iran et la Russie. L’engagement, porté par Sultan Al-Jaber, le président de la COP28, doit maintenant se retrouver dans la décision finale de la COP, ce qui permettrait de l’appliquer à tous les signataires de l’Accord de Paris.
"Les énergies renouvelables sont passées de l’arrière-plan au devant de la scène. Tripler la capacité annuelle d’énergie renouvelable au cours des six prochaines années serait la plus grande mesure que le monde puisse prendre pour atteindre nos objectifs climatiques mondiaux", a réagi Jennifer Layke, directrice mondiale de l’énergie du World Resources Institute. Mais cela ne suffira pas si aucun accord n’est trouvé sur la sortie ou la réduction des énergies fossiles, pointent les observateurs. Le même jour, vingt-deux pays, dont la France, les Émirats arabes unis et les États-Unis, ont appelé à tripler la capacité de production d’énergie nucléaire à l’échelle mondiale entre 2020 et 2050.

5/ Coal transition accelerator : une coalition pour accélérer la sortie du charbon


Cette coalition, portée par la France, le Canada, l’UE, les États-Unis ou encore l’Indonésie, s’engage à lancer une "Commission de transition du charbon" pour débloquer de nouvelles sources de financement public et privé et ainsi soutenir la transition du parc de charbon existant. Ce travail visera aussi à accélérer la mise en œuvre des Partenariats pour une transition énergétique juste (JETP). Il s’agit enfin d’établir un "étalon-or", avec l’OCDE et l’AIE, afin de mesurer et évaluer les risques climatiques et financiers liés aux investissements du secteur privé dans de nouveaux actifs charbonniers, en vue de réorienter ces investissements.
Par ailleurs, les États-Unis et six autres pays (République tchèque, Chypre, la République dominicaine, le Kosovo, l’Islande et la Norvège), ont rejoint la "Powering Past Coal Alliance". Ils s’engagent ainsi à fermer leurs centrales au charbon sans captage de C02. La demande mondiale de charbon a atteint un niveau record en 2022 avec 8,3 milliards de tonnes. En outre, plus de 500 gigawatts de nouvelle capacité sont prévus ou en construction.  
Bonus : La Colombie devient le premier pays producteur de pétrole à adhérer au Traité de non-prolifération des énergies fossiles, soutenu par onze pays, 100 Prix Nobel, le Parlement européen et l’OMS.
Concepcion Alvarez

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