À l’approche de la COP28, qui se déroulera du 30 novembre au 12 décembre à Dubaï aux Émirats arabes unis, de très nombreux rapports ont été publiés pour alerter sur les dangers de l’inaction climatique et sur l’ampleur du chemin qu’il reste à parcourir pour rester dans les clous de l’Accord de Paris. Novethic en a sélectionné cinq à lire impérativement avant le début du sommet.

1/ Le monde se place sur une trajectoire de réchauffement de 2,9°C
Les efforts sont insuffisants, persiste et signe l’ONU. Dans son rapport "Emissions Gap Report", publié le 20 novembre, portant sur l’écart entre les émissions nécessaires et les perspectives actuelles pour limiter le réchauffement climatique, le PNUE démontre que les engagements actuels des pays sont très loin d’être suffisants pour respecter l’Accord de Paris. La mise en œuvre intégrale des contributions déterminées au niveau national (CDN) inconditionnelles faites dans le cadre de l’Accord de Paris nous mènerait vers un réchauffement de 2,9°C d’ici à la fin du siècle. Celui-ci pourrait être limité à 2,5°C si l’on prend en compte les CDN conditionnées, plus incertaines. La probabilité de respecter l’objectif 1,5°C n’est plus que de 14% "dans le scénario le plus optimiste", note le rapport
Quelques jours auparavant, un autre rapport, s’appuyant toujours sur l’analyse des contributions au niveau national, montrait que si les États appliquaient l’ensemble de leurs engagements climatiques d’ici à 2030, les émissions de gaz à effet de serre mondiales ne reculeraient que de 2%, au lieu des 43% nécessaires pour limiter le réchauffement à 1,5°C. Le rapport montre que les gouvernements ne font pour l’heure que "des petits pas pour éviter la crise climatique", alors qu’ils "doivent faire des pas de géants lors de la COP28", a commenté Simon Stiell, patron du PNUE. Cette nouvelle conférence pour le climat sera l’occasion de dresser le premier bilan de l’action climatique, huit ans après la signature de l’Accord de Paris.   
2/ Avec deux ans de retard, l’objectif des 100 milliards de dollars probablement atteint en 2022
Il était temps. Depuis 2009, les pays développés et historiquement responsables des émissions de gaz à effet de serre, se sont engagés à aider financièrement les pays en développement à lutter contre le changement climatique, à hauteur de 100 milliards de dollars tous les ans dès 2020. Cette somme a "probablement" été atteinte en 2022, soit avec deux ans de retard, indique l’OCDE dans son dernier rapport.
À noter que le retard pris pour honorer cet engagement est devenu une source de tension récurrente, voire de blocage, dans les négociations climatiques internationales. De plus, cette somme est loin d’être suffisante. "D’ici 2025, il est estimé que les pays en développement auront des besoins d’investissements liés à l’action climatique d’environ 1 000 milliards de dollars, et ce chiffre passera à 2 400 milliards de dollars par an entre 2026 et 2030", rappelle le secrétaire général de l’OCDE, Mathias Cormann, dans le préambule du rapport.
3/ Sur 42 critères, seules les ventes de voitures électriques sont conformes aux objectifs
Peut (vraiment) mieux faire. Dans les grandes lignes, c’est le constat dressé par la nouvelle étude menée par le World Ressources Institutes (WRI), Climate Anaslystics et le Bezos Earth Fund. Intitulé "State of Climate Action", ce rapport traduit, secteur par secteur, les efforts à fournir pour respecter l’Accord de Paris et limiter le changement climatique à 1,5°C. Résultat : un seul des 42 domaines répertoriés est sur la bonne voie. Il s’agit des ventes de voitures électriques, qui sont en passe d’atteindre les objectifs fixés pour 2030.
Parmi les secteurs en retard figure celui des énergies renouvelables. Bien que la part de l’énergie solaire et éolienne n’ait cessé d’augmenter ces dernières années, avec une moyenne de 14% par an, ce chiffre reste en deçà des 24% nécessaires pour atteindre les objectifs fixés d’ici à 2030. Pour pallier ce retard, les auteurs préconisent toute une série de mesures, dont celle d’exclure sept fois plus rapidement les énergies fossiles. Un défi énorme, alors que les subventions publiques dédiées aux combustibles fossiles ont plus que doublé entre 2021 et 2022 dans les pays du G20.
4/ Toujours trop de pétrole, de gaz et de charbon
Un écart colossal. En 2030, on produira deux fois trop d’énergies fossiles pour tenir l’objectif fixé par l’Accord de Paris. C’est ce que révèle le "Production Gap Report", publié le 8 novembre par le PNUE, qui compare la production de combustibles fossiles (charbon, gaz, pétrole) prévue par les États et celle qui serait compatible avec une limitation du réchauffement à 1,5°C ou à 2°C. 
Pour ce faire, il évalue les projets de production des 20 principaux pays producteurs, dont les États-Unis, l’Allemagne, la Chine, la Russie, l’Australie ou encore les Émirats arabes unis, pays hôte de la COP28. Le rapport souligne ainsi que les hausses de production prévues dans ces pays produiraient 460% de plus de charbon, 82% de plus de gaz et 29% de plus de pétrole que ce qui serait conforme à la limite de 1,5°C. "Une folie" qui "pourrait remettre en question l’avenir de l’humanité", indiquent les 80 experts onusiens.
Et les pétroliers et les gaziers vont devoir faire beaucoup plus pour soutenir la transition énergétique, prévient l’Agence internationale de l’énergie. Selon un rapport, publié le 23 novembre, le secteur consacre seulement 2,7% de ses dépenses en capital aux énergies propres, soit environ 20 milliards de dollars en 2022, quand il faudrait monter à 50 % d’ici à 2030.
5/ La chaleur extrême risque de tuer cinq fois plus d’humains d’ici à 2050
L’inaction climatique pèse lourd sur la santé humaine. Et "les risques pourraient considérablement s’aggraver en cas de maintien du système actuel", peut-on lire dans le huitième et dernier rapport du Lancet Countdown, publié le 15 novembre dernier. Parmi les enseignements à tirer, l’un des plus alarmants porte sur la corrélation entre chaleurs extrêmes et surmortalité. En effet, dans un scénario de réchauffement à 2°C, d’ici à la fin du siècle, le nombre de morts annuelles causées par la chaleur serait multiplié par 4,7.
L’humanité est d’ailleurs déjà exposée à ces fortes chaleurs. Selon les 114 experts internationaux, le nombre de personnes de plus de 65 ans, qui sont décédées à cause de la chaleur, a bondi de 85% entre 1991-2000 et 2013-2022. Et on dénombre en moyenne 86 jours de températures potentiellement mortelles, rien qu’en 2022. C’est pour faire face à cette menace grandissante pour la santé que la COP28 va pour la première fois dédier une journée à la santé, le 3 décembre.
Blandine Garot

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