Publié le 06 août 2021

ENVIRONNEMENT

Compensation carbone : planter des arbres n'est pas forcément un bénéfice pour l'environnement

Halte à la propagation des arbres pour réduire les émissions de CO2 !  L'idée semble contre-intuitive mais les scientifiques alertent aujourd'hui sur la propagation des forêts dans les zones où celles-ci sont normalement absentes, comme dans les prairies. En bouleversant l'équilibre des sols, ces opérations peuvent en réalité émettre davantage de carbone qu'elles n'en absorbent. Mais cette balance est mal connue et peu prise en compte dans les stratégies de compensation carbone.

IStock  @Gary Webber Nouvelle Zélande Pins
Pins blancs, de la famille des pinacées, Lac Brunner, Nouvelle-Zélande.
@Gary Webber / Istock

Ils transforment le CO2 en oxygène grâce au soleil. Les arbres sont souvent présentés comme la solution miracle et peu coûteuse pour séquestrer du dioxyde de carbone et lutter contre le réchauffement climatique. La Commission européenne a elle-même annoncé début juillet vouloir planter 3 milliards d’arbres dans le cadre de son Pacte Vert pour réduire ses émissions de CO2 de 55% d’ici 2030. Mais les scientifiques alertent : l’équation n’est pas si simple.

Planter des arbres peut dans certains cas être une opération contre-productive. Une étude, publiée dans la revue Frontiers in Ecology and the Environment en juin 2021 a démontré que l'afforestation, c'est-à-dire le développement d’arbres dans des zones normalement dénuées de couvert forestier, à l'instar des tundras ou des prairies, peut en réalité libérer des réserves de carbone. 

La prolifération d’arbres, qu'elle soit liée à des plantations ou à la colonisation d'une espèce invasive, peut perturber le fonctionnement des sols. Or en matière de séquestration de carbone sur terre, les sols sont champions toute catégorie : ils en contiennent trois fois plus que l’atmosphère et la végétation réunis. Planter des arbres peut en revanche bouleverser cet équilibre. En 2020, une étude publiée dans la revue Global Change Biology menée sur près de 40 ans a démontré qu'en Écosse, les landes laissées intactes stockaient davantage de carbone que celles où des arbres avaient été plantés.

Au-delà de la compensation

Cette balance est cependant mal connue et peu prise en compte.  À tel point que la Nouvelle-Zélande questionne aujourd'hui la nécessité de lutter contre les espèces d'arbres invasives, comme les pinacées utilisées pour l'industrie du bois qui envahissent aujourd'hui les prairies. Le pays tend à intégrer ces arbres dans le marché du carbone national, qui permet à des entreprises de compenser leurs émissions de CO2 en payant des taxes à destination de projets de plantation d'arbres. 

Les mauvaises estimations de la balance du CO2 ne sont pourtant pas le seul risque qui pèse.  L’augmentation du carbone stocké par les arbres est également associée à une utilisation accrue de l’eau. "Des études mondiales montrent le reboisement des prairies et les zones arbustives réduisent le débit et le ruissellement dans les zones concernées de 40 à 75 % […] ce qui peut restreindre la disponibilité de l’eau dans les zones urbaines" souligne l'étude parue dans Frontiers in Ecology and the Environment, et peut encourager les feux de forêt. 

Plus inattendu, l’augmentation du couvert forestier dans les régions froides et tempérées peut contribuer à réchauffer la Terre. En cause : une modification de l’albédo, la quantité de lumière solaire et de rayonnement réfléchie. Plus un corps est clair, plus il réfléchit les rayons du soleil et participe à refroidir la Terre, comme la neige des hautes latitudes de la Russie. Les arbres rendent au contraire le sol plus sombre, et les rayons sont absorbés. Kimberley Davis, chercheuse à l’Université du Montana et co-auteur de l'étude, a alerté dans un communiqué sur la nécessité "de considérer les impacts au-delà du simple stockage de carbone".

Pauline Fricot, @PaulineFricot 


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