Publié le 22 septembre 2020

ÉCONOMIE

Nos arbres meurent, victimes du changement climatique, et n’assurent plus aussi bien leur rôle de puits de carbone

Incendies, sécheresse, mortalité précoce : le changement climatique a déjà des impacts catastrophiques sur les arbres. Ceux-ci sont pourtant essentiels pour assurer l’équilibre climatique puisqu’ils sont d’importants puits de carbone. Si leur capacité de stockage est mise en danger, nos efforts pour réduire les émissions de gaz à effet de serre devront être d’autant plus importants.

Foret de montmorency chataignier changement climatique ONF
En forêt de Montmorency (Val d'Oise), les châtaigniers supportent mal le changement climatique. Sur 1500 hectares, près de 500 dépérissent, en raison d'hivers trop doux, de pluies trop abondantes sur de courtes durées et de la sécheresse.
@ONF

En Australie, en Amazonie, en Arctique, ou dans l'Ouest américain, ce sont les mêmes images de feux dévastateurs. Moins visibles, ce sont aussi des milliards de tonnes de gaz à effet de serre qui se trouvent relâchées dans l'atmosphère. En 2019, les émissions ont atteint 7,8 milliards de tonnes, soit un cinquième des émissions liées à la combustion des énergies fossiles. Les chercheurs prévoient qu'au cours des prochaines années, la fréquence des incendies pourrait augmenter considérablement en raison du réchauffement climatique, avec 27 % de plus de feux de forêt dans le monde en 2050 qu'en 2000.

En France, les effets conjugués des canicules et des sécheresses à répétition ont également porté un coup dur aux forêts ces dernières années. Le manque d'eau a fait disparaître des centaines d'arbres centenaires, notamment dans le Grand Est et en Bourgogne Franche-Comté. En dix ans, la moitié des peuplements étudiés ont vu leurs précipitations estivales diminuer de plus de 25 %. En réaction, les arbres "arrêtent de transpirer" et ferment leurs stomates. Ils absorbent alors beaucoup moins de CO2 et jouent donc moins intensément leur rôle de puits de carbone. Autre effet collatéral, ils sont plus vulnérables face aux crises sanitaires - celles-ci étant accrues par les hivers doux - et doivent parfois être abattus.

L’écosystème peut redevenir source de carbone

Selon l’Office national des forêts (ONF), depuis 2019, 220 000 hectares de forêts publiques françaises (soit environ 20 fois la superficie de Paris) subissent un taux de mortalité inédit en raison de l’accélération du changement climatique. Et dans les 50 prochaines années, 60 % des territoires occupés aujourd’hui par les grandes essences forestières sortiront des limites climatiques acceptables. "Ce qui est menacé, c’est le stockage du carbone. L’écosystème peut redevenir source de carbone alors qu’il était puits de carbone", alerte Sylvain Delzon, biologiste écologue à l’Institut national de recherche pour l’agriculture, l’alimentation et l’environnement (Inrae) à Bordeaux.

Outre les incendies et la sécheresse, les arbres sont aussi directement impactés par la hausse du CO2 dans l’atmosphère. Celle-ci stimule la vitesse de croissance des arbres mais ces derniers sont plus vulnérables et meurent plus rapidement, dévoile une récente étude publiée dans la revue Nature Communications. Et cela est valable quelle que soit l’espèce étudiée ou la région où elle pousse. "Les taux d’absorption du carbone par les forêts sont susceptibles de diminuer car les arbres à croissance lente et persistante sont remplacés par des arbres à croissance rapide mais plus vulnérables", avance Steve Voelker, co-auteur de l’étude.

Mélanger des essences méridionales avec les essences locales

Les arbres sont essentiels à l’équilibre climatique. En France, le secteur de la forêt constitue la majeure partie du puits de carbone et permet de compenser une partie des émissions des autres secteurs. La Stratégie nationale bas-carbone (SNBC) envisage une hausse de 87 % du puits du secteur forestier jusqu’en 2050 par rapport à un scénario tendanciel. Mais ces prévisions risquent d’être mises à mal.

Pour protéger la forêt, un rapport, remis au gouvernement le 17 septembre, préconise de planter un arbre par habitant pendant 30 ans et de créer un fonds pour l'avenir de la forêt, doté de 300 millions d'euros par an sur 30 ans. Dans son plan de relance, Matignon est presque à la hauteur avec une enveloppe de 200 millions d’euros pour la forêt, dont 150 millions pour le reboisement d’environ 50 millions d’arbres permettant de capter 150 000 tonnes de CO2 supplémentaires chaque année.

L’ONF travaille quant à lui à créer des "forêts mosaïques" basées sur un mélange des essences (avec des arbres méridionaux mieux adaptés au climat actuel et des arbres issus de la régénération naturelle avec les essences déjà en place) et une diversification des modes d’intervention (plantation, régénération naturelle, libre évolution). La course contre la montre a démarré. 

Concepcion Alvarez @conce1


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