Publié le 11 janvier 2017

ENVIRONNEMENT

Climat, conflits d’intérêt : l’ex-dirigeant d’Exxon passe sur le grill

Mi-décembre, sa nomination en tant que chef de la diplomatie américaine avait provoqué un tollé. L’ex-patron d’Exxon Mobil, Rex Tillerson, n’a pas été épargné par la puissante commission des Affaires étrangères du Sénat américain lors de son audition de confirmation. Il a longuement été questionné sur le climat et les conflits d’intérêt auxquels il pourrait être exposé.

Rex Tillerson lors de son audition de confirmation devant le sénat américain le 11 janvier.
Saul Loeb

Rex Tillerson a eu droit à une audition musclée.

L’ex-patron d’ExxonMobil, nommé par Donal Trump comme Secrétaire d’État, était attendu de pied ferme par les sénateurs américains. Il a dû faire face à une salve de questions concernant la Russie, pays dont il est considéré proche, mais aussi sur ses conflits d’intérêts ou le climat.

 

Climat

 

Dans son discours introductif, pas un mot sur le climat. En tant qu’ex-dirigeant d’ExxonMobil, Rex Tillerson n’est pas connu pour être "climate friendly". Son ancienne entreprise  est en effet connue pour avoir longtemps nié et caché la réalité du changement climatique et de ses conséquences.

Un rôle que n’ont pas manqué de souligner des manifestants dans la salle : "S’il vous plaît ne mettez pas Exxon en charge du département d’Etat ! Exxon veut forer et brûler l’Arctique ! Cela va ruiner le climat et l’avenir de nos enfants", a crié une personne avant d’être évacuée.

Pour autant, sur cette question, Rex Tillerson est souvent présenté comme un modérateur par rapport à Donald Trump ou certains autres membres du futur gouvernement Trump, plus ouvertement climato-sceptiques.

Interrogé par les sénateurs de la puissante commission des Affaires étrangères, il s’est donc livré à un délicat numéro d’équilibre. "Le risque du changement climatique existe. L’augmentation de la concentration de gaz à effet de serre dans l’atmosphère a des conséquences"  et elles "peuvent être sérieuses", mais "mais notre capacité à prédire ces effets reste limitée", a-t-il affirmé. Et les "types d’actions à prendre [pour en conjurer les effets] sont encore largement en débat".

Favorable à une taxe carbone, dont il s’est fait l'un des promoteurs dès 2009, contrairement à Donald Trump, il ne veut cependant pas d'une taxe grevant la compétitivité des entreprises.

Quant à la diplomatie climatique, Rex Tillerson a précisé ses "vues personnelles" en déclarant que les États-Unis devaient rester à la table des négociations internationales sur le climat. Tout en mentionnant que cette position pouvait différer de celle du président élu qui s’est à plusieurs reprises prononcé pour la sortie de l’Accord de Paris lors de sa campagne. Mais qui n’a pas évoqué la question climatique lors de la conférence de presse qu'il a tenu aujourd'hui à New-York.

 

Conflits d’intérêt

 

Autre sujet que n’ont pas manqué de soulever les sénateurs: l'absence d’expérience diplomatique de l’ex-dirigeant d’Exxon et ses conflits d’intérêt.

"La diplomatie ne s’apparente pas à conclure des deals", a ainsi insisté le sénateur du New Jersey, Bob Menendez, rappelant qu’ExxonMobil avait pratiqué un fort lobbying contre les sanctions économiques imposées par les États-Unis, à l’Iran ou à la Corée du Nord notamment, au nom du libre échange.

"Je n’ai jamais manœuvré contre des sanctions personnellement", s’est borné à déclarer Rex Tillerson.

Même suspicion du sénateur Tom Udall concernant la façon dont l’ancien dirigeant d’Exxon gérera les problèmes avec les pays où la compagnie pétrolière est présente, en particulier la Russie. Rex Tillerson passe pour être un proche de Vladimir Poutine.

Il sera tenu de se récuser lui-même sur tous les sujets portant sur exxonMobil pendant un an par un code éthique. Mais les sénateurs n’ont pas réussi à lui arracher un engagement à plus long terme. "Je demanderai conseil au département d’éthique et suivrait leurs directives" dans les cas litigieux, a déclaré l'ancien patron.    

L'audition de Rex Tillerson continuera demain et tant que les sénateurs auront des questions a assuré le président de la Commission des Affaires étrangères du Sénat, Bob Corker. Qui espère quand même une confirmation de sa nommination avant l'investiture de Donald trump.

Béatrice Héraud
© 2022 Novethic - Tous droits réservés

‹‹ Retour à la liste des articles

Pour aller plus loin

Économie, conflits d’intérêt, emploi : ce qu’il faut retenir de la conférence de presse de Donald Trump

24 heures après le discours d’adieu de Barack Obama, Donald Trump a donné sa première conférence de presse en tant que président élu. Une conférence de presse houleuse  au cours de laquelle il a mis en cause la crédibilité de plusieurs médias américains. Le président élu n’a pas non plus...

Donald Trump forme un gouvernement climatosceptique

Cette semaine, plusieurs noms de la future administration Trump ont été dévoilés. Parmi eux, des climatosceptiques notoires et des représentants du lobby pétrolier. De quoi alimenter les craintes concernant les politiques climatiques et énergétiques du futur gouvernement, qui prendra ses...

Climat : le secteur privé, un rempart contre Donald Trump

365 investisseurs et entreprises ont réitéré ce mercredi à Marrakech leurs engagements en faveur d’une transition vers une économie bas carbone. Un message sous forme d’avertissement à peine voilé au futur 45ème président des États-Unis. Et puissamment relayé par le Secrétaire d’État...

COP22 : le "cauchemar Trump" plane sur le début des négociations

Quelque 20 000 négociateurs et participants se retrouvent ce lundi 7 novembre à Marrakech pour deux semaines de négociations sur le climat. Il s’agit de s’accorder sur un mode d’emploi quant à la mise en application de l’Accord de Paris, adopté en décembre dernier et entré en vigueur...

ENVIRONNEMENT

Climat

Les alertes sur le changement climatique lancées par les scientifiques conduisent à l’organisation de sommets internationaux, à la mise en place de marché carbone en Europe mais aussi en Chine. En attendant les humains comme les entreprises doivent déjà s’adapter aux changements de climat dans de nombreuses parties du monde.

Greve pour le climat pancarte MARIO TAMAGETTY IMAGES NORTH AMERICAGetty Images via AFP

Grèves des étudiants pour le climat : "On sort de notre insouciance parce que nos dirigeants sont dans le déni"

Ce vendredi 23 septembre marque le retour des grèves mondiales pour le climat à l'initiative de Fridays for Future. En France, des élèves de 500 établissements scolaires vont se mobiliser pour appeler le gouvernement à agir vite face à l’urgence climatique et à suivre les recommandations du Giec....

Inondations pakistant septembre 2022 FIDA HUSSAINAFP

Inondations au Pakistan : comment la science de l’attribution permet de faire le lien avec le changement climatique

Le Pakistan a subi pendant de longs mois des inondations meurtrières. Il est désormais courant d'attribuer ces événements extrêmes au changement climatique. Mais s'il est certain que ce dernier augmente leur intensité et leur fréquence, il est plus difficile d'attribuer directement tel événement au...

Typhon japon indondations catastrophes naturelles YUICHI YAMAZAKI AFP

Sécheresses, canicules, inondations : le changement climatique en passe de gagner une "portée destructrice inouïe"

Le climat s'emballe et nous allons clairement dans la mauvaise direction. C'est ce qui ressort d'un rapport publié par l’Organisation météorologique mondiale (OMM) le 13 septembre dernier. Il revient sur les données les plus récentes concernant les gaz à effet de serre, les records de températures,...

Guadeloupe tempete Fiona septembre 2022 LaraBalais AFP

L’impossible adaptation de la Guadeloupe aux catastrophes climatiques à répétition

La tempête Fiona a ravagé une fois de plus la Guadeloupe. Elle a fait au moins un mort et des dommages considérables : routes, ponts, voitures dévastés… La brusque montée des eaux n’a occupé que quelques heures les médias de la métropole, renforçant le sentiment d’abandon d’une île qui essuie, pour...