Publié le 14 août 2018

ENVIRONNEMENT

1979-1989 : La décennie où nous avons failli sauver le climat

Au début des années 1980, tout était réuni pour mettre fin ou du moins largement limiter le changement climatique. Dès ce moment, les données scientifiques sur l’évolution catastrophique du climat était connu. Scientifiques, industriels et politiques étaient tous parfaitement conscients du changement climatique en cours et il s’en est fallu de peu pour que la catastrophe soit évitée.

Desert climat Givaga
En 1979, les données scientifiques sur le changement climatique étaient déjà largement connues.
@Givaga

Le New York Times a publié un numéro inédit début août. Son édition ne comprenait qu’un seul très long article intitulé : "Losing Earth :  The Decade We Almost Stopped Climate Change" (Terre perdue : la décennie où nous avons presque stoppé le changement climatique). Écrit par l’auteur Nathaniel Rich est d’autant plus passionnante et haletante qu’elle est vraie et étayée par près d’un an-et-demi d’enquête et environ 150 interviews.

"Presque tout ce que nous savons du réchauffement climatique était connu en 1979, écrit Nathaniel Rich. À ce moment, les données recueillies depuis 1957 confirmaient ce qui était pressenti depuis le tournant du siècle : l’atmosphère de la Terre pourrait être bouleversée à jamais par la consommation soutenue d’énergies fossiles".

"Dans la décennie 1979-1989, nous avons eu une excellente occasion de résoudre la crise climatique. Les obstacles auxquels nous imputons notre inaction actuelle n’avaient pas encore émergé. Presque rien ne se dressait sur notre chemin - rien sauf nous-même", ajoute-t-il encore. Car c’est sans doute la partie la plus intrigante de son récit. Selon lui, à cette période, il n’existait pas de "grand vilain du climat". Ni le climatoscepticisme, ni les campagnes de désinformations de lobbies industriels n’avaient réellement voix au chapitre.

Républicains convaincus

Selon l’auteur, l’impact des énergies fossiles était clair et les pétroliers n’étaient pas encore à blâmer pour l’échec de l’humanité à stopper les émissions : "Au cours de la décennie précédente (les années 70, ndr), certaines des plus grandes sociétés pétrolières, dont Exxon et Shell, ont déployé des efforts de bonne foi pour comprendre l’ampleur de la crise et trouver des solutions possibles".

De même, le parti Républicain n’est pas forcément au banc des accusés alors (même s’il l’est maintenant). "Dans les années 1980, de nombreux Républicains de premier plan ont rejoint les Démocrates pour juger que le problème climatique était un cas politique rare : un enjeu non partisan et aux enjeux les plus élevés", écrit-il. Il rappelle même que, pendant sa campagne présidentielle, George Bush avait déclaré aux dirigeants de l’industrie en 1981, qu’il n’y avait pas de préoccupation plus importante que "la préservation du monde".

Ce n’est qu’en 1988 que le lobby pétrolier contre le changement climatique s’est réellement organisé à travers le Global Climate Coalition (GCC). La motivation devint alors de protéger les entreprises contre le risque de sanctions judiciaires sur le réchauffement. Lors du sommet de la Terre à Rio, le GCC financera une campagne de désinformation de 1,8 million de dollars. En 1997, à Kyoto, il dépensera 13 millions de dollars pour que le premier accord climatique connaisse son succès mitigé.

La faute de l’Humanité

Selon Nathaniel Rich, ce qui a conduit à l’échec durant cette décennie perdue, n’est pas l’industrie ou la politique, c’est l’incapacité de l’Humanité à appréhender les risques à long terme. Une conclusion qui alimente depuis un vaste débat à travers la presse américaine, où beaucoup d’analystes critiquent le fait que l’auteur dédouane le capitalisme de cette dérive climatique.

Mais quelle que soit la cause, cela ne change à la réalité actuelle. Les effets du réchauffement ont été très visibles pendant l’été 2018. Nathaniel Rich le rappelle : à 2°C, l’humanité se place dans une perspective de catastrophe à long terme. À trois degrés, dans celle d’une catastrophe à court terme. Or trois degrés semblent être désormais le réchauffement minimum que l’on peut espérer en 2100.

À cinq degrés, certains scientifiques évoquent la fin de la civilisation humaine…

Ludovic Dupin @LudovicDupin

 

 


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