Publié le 24 mai 2018

ENVIRONNEMENT

11 familles attaquent l’Union européenne en justice pour son inefficacité sur le changement climatique

Des sylviculteurs portugais, des hôteliers-restaurateurs allemands et italiens, des lavandiculteurs français ou encore des enfants kényans... Tous se disent victimes du changement climatique et accusent l'Union européenne de ne pas les protéger. Ce jeudi 24 mai, ils ont donc décidé d'assigner le Parlement et le Conseil européens devant le tribunal de justice de l'Union.

Lavande pixabay
"En six ans, 44 % des récoltes de lavande ont été perdues à cause des impacts du changement climatiques", explique le plaignant français.
@Pixabay

C’est une première au sein de l’Union européenne. Ce jeudi 24 mai, 11 familles d’Europe, mais aussi des Îles Fidji et du Kenya assignent en justice le Parlement et le Conseil européens devant le tribunal de justice de l’UE pour violation des droits fondamentaux.

Les plaignants, tous victimes du changement climatique, estiment en effet que l’UE n’a pas pris d’objectifs de réduction des émissions de gaz à effet de serre assez ambitieux pour les protéger. Ce qui les entrave dans leurs droits à la vie, à la santé, à l’activité et à la propriété.

L’assignation vise à faire annuler trois paquets législatifs adoptés très récemment pour la période 2021-2030. Ils amèneraient une réduction des émissions de 24 % en 2030 par rapport à 2005, loin des objectifs fixés par l'Accord de Paris. Or, les familles soulignent que l’UE a le devoir légal de ne pas causer de préjudice à ses populations. Elles demandent donc à Bruxelles de rehausser ses ambitions climatiques.

Près de la moitié des récoltes perdues

En France, la famille Feschet est lavandicultrice dans la Drôme depuis cinq générations. Mais depuis une quinzaine d’années, la transmission de ce savoir-faire est menacée à cause du changement climatique, la production n’étant plus viable. "En six ans, nous avons perdu 44 % de nos récoltes à cause des impacts du changement climatiques qui nous frappent de plus en plus durement, explique Maurice Feschet, qui a passé le relais à son fils. Autrefois, les lavandes étaient en culture pendant 23 ans. Aujourd’hui, elles sont déracinées au bout de 4 ans seulement. J’ai toujours connu les aléas climatiques, mais quand ça se répète tous les ans, nous n’arrivons plus faire face".

Comme lui, les dix autres plaignants tentent de protéger leurs moyens de subsistance. En Allemagne, la famille Recktenwald, qui vit sur île de la mer du Nord, craint que son hôtel-restaurant ne soit englouti par la montée des eaux. En Italie, la fonte des glaces menace l’hôtel de la famille Elter. Au Kenya, les enfants de la famille Guyo sont de plus en plus privés d’école en raison des fortes chaleurs qui les empêchent de s’y rendre à pied, à environ 1,5 kilomètre. Au Portugal, les Armando Carvalho tentent de préserver ses plantations de chênes face aux feux de forêt de plus en plus fréquents et intenses.

"Ces familles nous interpellent : à cause du changement climatique, nous aurons bientôt des déplaces environnementaux au sein même de l’Union européenne", alerte Marie Toussaint, présidente de l’association Notre affaire à tous qui soutient l’action en justice aux côtés d'ONG, d’avocats et de scientifiques. "Les droits, mais aussi notre culture et nos savoir-faire sont en danger. Les responsabilités de l’Union et des États-membres, c’est d’agir pour la justice climatique." 

Plus de 900 recours climatiques

L’enjeu pour convaincre la Cour de la recevabilité de l’affaire consiste à prouver, avec des données factuelles, comment les familles sont directement impactées par le changement climatique. Pour cela le think tank Climate Analytics a compilé des centaines et des centaines de pages d’informations mises en annexe de l’assignation. Le tribunal devra ainsi décider que le changement climatique est une question de droits humains et que l’UE est bel et bien responsable de la protection de ces droits.

À ce jour, plus de 900 plaintes et recours climatiques ont été déposés à travers le monde ces dix dernières années, selon le Sabin Center for Climate Change Law, contre des États ou des entreprises. Avec déjà quelques victoires. En juin 2015, après un long combat, l’association néerlandaise a réussi à faire condamner l’État pour son inaction climatique. Le tribunal a ainsi exigé une baisse de 25 % des émissions de gaz à effet de serre, par rapport à 1990, à horizon 2025. Au Pakistan, c’est un paysan qui a réussi à faire plier l’État. La Haute Cour de Justice a imposé au gouvernement la mise en place d’un conseil climatique qui doit se réunir tous les six mois. "Ça nous donne de l’espoir", conclut Marie Toussaint.

Concepcion Alvarez, @conce1


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