Publié le 05 août 2018

ENVIRONNEMENT

[LE CHIFFRE] Un tiers de la population de manchots royaux a mystérieusement disparu

Près de 90 % de la plus grande colonie de manchots royaux au monde a disparu dans la réserve naturelle des Terres australes françaises. Ils représentent un tiers de la population mondiale de l’espèce. Au sud de l’océan Indien, l’île aux Cochons qui abritait 500 000 couples reproducteurs n’en compte plus aujourd’hui que 60 000. Changement climatique, épidémie, manque de nourriture, les scientifiques émettent plusieurs hypothèses qu'ils vont aller vérifier sur place.

70 % des manchots royaux pourraient disparaître d'ici 2100 en raison du changement climatique.
@B. Navez / Wikipédia

Que s’est-il passé sur l’île aux Cochons dans l'archipel de Crozet au sud de l’Océan Indien ? En quelques décennies, près de 90 % de la population de manchots royaux qui y habitaient a disparu, alertent des chercheurs du Centre d'études biologiques de Chizé (CNRS/Université de la Rochelle). Ils représentent un tiers de la population mondiale de manchots royaux, une espèce particulièrement menacée par le changement climatique.

Les chercheurs ont utilisé des images satellites haute résolution pour évaluer les surfaces occupées par les manchots en mesurant les contours de la colonie année après année depuis la dernière visite de l'île par une équipe scientifique, en 1982. À l'époque, la colonie comptait 500 000 couples reproducteurs. Elle ne compte plus aujourd’hui que 60 000 couples. Des clichés pris depuis un hélicoptère lors de l'Antarctic Circumpolar Expedition ont permis de confirmer la réduction spectaculaire de la colonie.

Événement climatique majeur

Le déclin a débuté dans les années 90 alors qu'un événement climatique majeur lié au phénomène El Niño frappait une autre colonie de manchots royaux à 100 kilomètres de là. La taille importante de la colonie aurait également créé des tensions sur la nourriture, avancent les chercheurs. Ils évoquent par ailleurs une épidémie de choléra aviaire qui décime actuellement les populations d'oiseaux de mer sur d'autres îles de l'océan Indien.

"Néanmoins, toutes ces hypothèses semblent insuffisantes pour expliquer une réduction d'une telle ampleur, indique le CNRS dans un communiqué. Des études de terrain (...) devraient être menées prochainement pour confirmer les premiers éléments qu'apportent les images satellites." 

La pointe de l'iceberg

Une étude publiée plus tôt cette année dans Nature Climate Change estime que 70 % des manchots royaux auront disparu d’ici 2100 s’ils ne quittent pas leur habitat naturel. "Nous savons que les populations de manchots vont bientôt s’effondrer. La compétition pour les sites de nidification et la nourriture sera rude", explique Céline Le Bohec, co-auteur de l’étude, écologiste à l‘Institut pluridisciplinaire Hubert-Curien en France, interrogée par Ouest-France. "Ils nous montrent la pointe de l’iceberg de ce qui se passe dans les écosystèmes." 

L’océan austral ne compte qu’une poignée d’îles capables d’accueillir des colonies gigantesques de manchots royaux. Par ailleurs, la hausse de la température de la mer, même faible, réduit les ressources marines et oblige les manchots à parcourir de plus longues distances. Le nourrissage des jeunes manchots est ainsi moins fréquent et moins important, ce qui entraîne une plus forte mortalité juvénile. Une hausse de 0,2°c de la température réduirait le taux de survie des manchots de 9 %. Or les experts tablent sur une hausse de 0,2°C par décennie au cours du XXIe siècle…  

Concepcion Alvarez, @conce1


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