Publié le 30 octobre 2018

ENVIRONNEMENT

La Chine réautorise la vente de produits issus du tigre et du rhinocéros dans un but médical, scientifique ou artistique

L'annonce par la Chine d'une reprise limitée du commerce de produits issus du tigre et du rhinocéros provoque la colère des défenseurs des animaux, qui parlent "d'arrêt de mort" pour ces espèces en danger. Cette annonce intervient alors que le WWF publie un rapport sur une accélération considérable de la disparition de la biodiversité sur Terre.

Depuis 1900, 97 % de la population de tigres a disparu.
@Kuzmichstudio

La vente de produits tels que l'os de tigre ou la corne de rhinocéros, aux vertus curatives controversées, pourra être autorisée dans certaines circonstances "particulières", a annoncé le gouvernement chinois lundi 30 octobre dans une circulaire signée par le Premier ministre Li Keqiang.

Parmi celles-ci, Pékin cite la recherche scientifique, la vente d'œuvres d'art et "la recherche et les traitements médicaux". Une autorisation spéciale sera requise pour le recours à ces produits, stipule la circulaire. Seuls des médecins employés par des hôpitaux reconnus par l'Administration nationale de médecine traditionnelle pourront les utiliser.

Les volumes commerciaux seront "strictement contrôlés" et le commerce de ces produits interdit en dehors des cas prévus, selon le texte. Les autorités chargées du patrimoine et du tourisme pourront seules autoriser "des échanges culturels temporaires" d'œuvres fabriquées à partir de ces animaux.

Cette libéralisation remplace une interdiction totale décidée en 1993. Mais le marché noir a relayé le commerce légal et de nombreux produits interdits entrent en Chine, notamment par le Vietnam, selon des mouvements écologistes.

Une filière de blanchiment

Ces derniers contestent la décision du gouvernement chinois, expliquant qu'elle est destinée à utiliser des produits issus d'animaux en captivité mais qu'elle ne pourra qu'accroître la menace sur la faune sauvage.

"Par cette annonce, le gouvernement chinois signe l'arrêt de mort des rhinocéros et des tigres sauvages", accuse Iris Ho, responsable de l'association Humane Society International à Washington. Selon elle, la nouvelle politique suivie à Pékin va aboutir à créer une filière de "blanchiment" de produits de braconnage.

Le tigre est classé dans la catégorie des espèces en danger d'extinction par l'Union internationale pour la conservation de la nature (UICN). Il existe une demande persistante en Chine pour des produits dérivés du tigre (os, griffes, moustaches, pénis…), parés de pouvoirs très controversés, notamment aphrodisiaques.

Danger critique d'extinction

Le nombre de tigres élevés en captivité en Chine a fortement augmenté ces dernières années : on en compte aujourd'hui plus de 6 000, alors que la planète n'abriterait plus au total qu'un peu plus de 3 000 individus en liberté.

Quant aux différentes espèces de rhinocéros, l'UICN les classe en catégories "vulnérable", "quasi-menacée" ou "en danger critique d'extinction". C'est le cas du rhinocéros noir, qui comptait encore 100 000 spécimens en Afrique en 1960. En 2016, ils n'étaient que 28 000 rhinocéros toutes espèces confondues en Afrique et en Asie, selon un rapport de l'ONU.

Cette annonce survient au moment où WWF remet son rapport bisannuel sur l’état de la vie sauvage. Or celui-ci met en avant la disparation de 60 % des espèces en 40 ans. Parmi les animaux les plus menacés, on note entre autres une baisse de 97 % de la population de tigres depuis 1900 et de 86 % des éléphants depuis 1976.

Ludovic Dupin avec AFP


© 2020 Novethic - Tous droits réservés

‹‹ Retour à la liste des articles

Pour aller plus loin

[Science] Biodiversité : le CNRS pointe du doigt l’inaction des gouvernements malgré les alertes des scientifiques

Si la biodiversité connaît un recul accéléré, ce n'est pas faute de connaissances scientifiques mais plutôt d'actions politiques, souligne une étude du CNRS. Pendant deux ans, deux spécialistes du centre de recherche ont décortiqué 13 000 études parues depuis 15 ans dans les principales...

[Infographie] 60 % des populations d’animaux sauvages sur Terre ont disparu en 40 ans

Les alertes n’en finissent plus de se succéder. Après le secrétaire général de l’ONU et les experts du Giec, le WWF révèle mardi 30 octobre son rapport Planète vivante, panorama de la biodiversité mondiale. Et encore une fois, l’ONG s’inquiète de la disparition de millions d’espèces en...

Orques maltraités : SeaWorld condamné à 4 millions de dollars d'amende pour avoir trompé ses investisseurs

Le groupe SeaWorld Entertainment et son ancien directeur général devront payer respectivement quatre et un millions de dollars d'amende pour avoir minimisé auprès des investisseurs l'impact du documentaire "Blackfish", qui dénonçait le traitement des orques en captivité, ont annoncé mardi...

Les ruches en villes, un danger pour les abeilles

Mettre des ruches sur les toits des bâtiments n'est pas forcément une bonne idée. Les ruches urbaines participent à l'expansion des abeilles domestiques mais représentent à terme un danger pour les abeilles sauvages, pourtant pilier de la biodiversité grâce à leur rôle de pollinisateurs.

ENVIRONNEMENT

Biodiversité

Préserver la diversité des écosystèmes est indispensable pour gérer durablement les ressources de la planète. Quelles doivent être les conditions d’utilisation de ces ressources ? Peut-on breveter des plantes et pour quels usages ? Autant de questions posées au secteur cosmétique et pharmaceutique.

Mangrove 01

[Vive la biodiversité] Entre biodiversité et changement climatique, il ne faut plus choisir

La protection de la biodiversité peut jouer un rôle essentiel dans la lutte contre le changement climatique. Les écosystèmes sont en effet d'importants puits de carbone, mais ils permettent également de s'adapter aux impacts du changement climatique. Pour cela, le concept de "Solutions fondées sur...

Biodiversite nature finance iStock sarayut

[Vive la biodiversité] Des fonds pour sauvegarder la nature !

Alors que la perte de biodiversité s’accélère, il est de plus en plus nécessaire de flécher les investissements vers des pratiques de production plus respectueuses de la nature. Jusqu’à présent pourtant, ceux-ci restaient l’apanage des Institutions publiques. Cependant, entreprises et investisseurs...

Biodiversite economie bord iStock BsWei

[Vive la biodiversité] La nature, socle de l’économie

Coûteuse la protection de la nature ? Peut-être. Mais sa destruction causerait une perte inestimable, même d’un point de vue strictement économique. 40 % de notre économie repose sur les services fournis par la nature. La sauvegarder est donc une nécessité pour les entreprises. Mieux, en lui donnant...

Biodiversite alimentation iStock marilyna

[Vive la biodiversité] La nature, source d’une alimentation de qualité

La nature est à la base de notre alimentation. Plus celle-ci est variée et plus elle permet de résilience à la fois pour la santé mais aussi pour la pérennité du système alimentaire et agricole dans son ensemble. Or, face à l'uniformisation de notre alimentation et l'intensification de nos modèles...