Publié le 24 juillet 2020

ENVIRONNEMENT

L'artificialisation des sols repart à la hausse, malgré les annonces d'Emmanuel Macron

Pour la deuxième année consécutive, l'artificialisation des sols a augmenté en France. Un enjeu qui prend une place de plus en plus importante dans le débat public alors qu'Emmanuel Macron s'est déclaré favorable à un moratoire sur les aménagements des zones commerciales périurbaines, très consommatrices d'espaces. Reste que le report de la loi foncière représente un mauvais signal concernant la bétonisation des terres agricoles. 

Artificialisation hausse france
En 2018, la France s’est fixé un objectif de zéro artificialisation nette dans son plan biodiversité.
Remus Kotsell

Mauvaise nouvelle pour la biodiversité. Selon le Cerema, le Centre d’études et d’expertise sur les risques, l’environnement, la mobilité et l’aménagement, l’artificialisation des sols est repartie à la hausse en 2018 alors que la France s’est fixé un objectif de zéro artificialisation nette dans son plan biodiversité. Ainsi, entre 2017 et 2018, ce sont 23 907 hectares qui ont été artificialisés sur l’ensemble du territoire français. "Ces nouvelles données confirment la tendance d’augmentation du rythme de l’artificialisation observée depuis 2016", note le Cerema.

Pour inverser cette tendance, la Convention citoyenne pour le climat propose notamment d’interdire toute artificialisation des terres tant que des réhabilitations ou friches commerciales, artisanales ou industrielles sont possibles, ou encore de stopper les aménagements de zones commerciales périurbaines "très consommatrices d’espace". Des propositions que le chef de l’État s’est engagé, dans la quasi-totalité, à faire appliquer. 

Moratoire sur les nouvelles zones commerciales

"Arrêter la bétonisation, c’est un projet pour rendre notre pays plus humain, au fond plus beau", a fait valoir Emmanuel Macron, qui s’est déclaré favorable au principe d’un moratoire sur les nouvelles zones commerciales implantées à la périphérie des villes. Même le ministre de l’Économie, Bruno Le Maire, a estimé que l’extension des villes et des grandes zones commerciales "au mépris des terres agricoles" était "un modèle dépassé". Reste que les associations s’inquiétaient que ce moratoire ne soit pas étendu aux entrepôts de e-commerce, comme Amazon, contre lesquels une vraie résistance s’organise.

"Le moratoire doit intégrer les entrepôts de e-commerce qui aggravent l’artificialisation des sols, font exploser les produits importés et l’empreinte carbone de la France, et détruisent des dizaines de milliers d’emplois dans la grande distribution et les commerces de proximité", prévenait début juillet l'ONG Les Amis de la Terre. Finalement, c’est la ministre de la Transition écologique, Barbara Pompili, qui a tranché, se déclarant en faveur d’un moratoire de "quelques mois" sur l’implantation de nouveaux entrepôts le temps qu’une mission parlementaire soit menée. 

Le mauvais signal du report de la loi foncière

Mais si l’exécutif a multiplié les annonces contre l’artificialisation des sols en renonçant notamment au projet de méga-complexe Europacity, qui devait voir le jour aux portes de Paris en 2027, le report de la loi foncière annoncé par l’ancien ministre de l’Agriculture Didier Guillaume le 11 juin est un mauvais signal. Cette loi, destinée à favoriser l’installation des jeunes agriculteurs, à développer l’agro-écologie et à lutter contre l’artificialisation des terres agricoles, doit être réformée depuis des années. 

Fin juin, dix ONG et organismes professionnels agricoles comme Greenpeace, la Confédération paysanne et la Fédération nationale d’agriculture biologique (Fnab), ont appelé le gouvernement à inscrire ce texte à l’agenda législatif de 2021. Emmanuel Macron s’était lui-même ému lors du Salon de l’Agriculture de 2019 que la France ait "perdu un quart de sa surface agricole sur les 50 dernières années". Un enjeu d’autant plus important que le chef de l’État, lors de la crise du Covid-19, a plusieurs fois affiché sa volonté de voir l’Hexagone, qui importe près d’un fruit et légume sur deux consommés en France, retrouver sa souveraineté alimentaire

Marina Fabre, @fabre_marina


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