Publié le 17 avril 2014

ENVIRONNEMENT

OGM : Pékin fait trembler l’agrobusiness américain

La Chine a renvoyé plusieurs centaines de milliers de tonnes de maïs américains après y avoir détecté un Organisme Génétiquement Modifié (OGM) non-autorisé. Veille sanitaire ou arme commerciale ? Une chose est sûre, le contrôle des OGM s’invite dans la régulation du commerce agricole international.

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Cargo de marchandise
© istock

La Chine a refusé plus de 900 000 tonnes de maïs américains ces cinq derniers mois. En cause, le Mir162. Ce transgène de Syngenta a été retrouvé lors des contrôles de cargaisons en provenance des États-Unis. Ce maïs OGM résistant à certains insectes nuisibles n’est pas autorisé en Chine. La moindre trace justifie le retour de la cargaison à l’envoyeur. Cette veille sanitaire tient pour partie à la réticence de la Chine à s’ouvrir totalement aux OGM. Pékin a en effet adopté une politique stricte de suivi des importations de ce type de semences, avec des procédures encadrées d’autorisation de mise sur le marché. Mais cette réglementation stricte est également une arme commerciale. Les négociants en céréales américains accusent directement la Chine d’utiliser les OGM pour casser des contrats à terme. L’an dernier, une très bonne récolte de maïs a en effet rempli les greniers chinois et largement chuté les cours.

La détection d’OGM permet aussi à la Chine, deuxième consommateur mondial de maïs, de faire trembler l’agrobusiness outre-Atlantique. En février, deux géants américains du négoce en céréales ont ainsi tourné le dos au Mir162. Archer-Daniels-Midland Co. (ADM), le plus gros transformateur mondial de maïs, n’en achète plus et Cargill le rejette pour tous ses silos destinés à l’exportation. Le 10 mars, Syngenta a également annoncé interrompre ses ventes de maïs Mir162 au Canada où il est autorisé, sous prétexte que les principaux importateurs de céréales - la Chine et l’Europe – n’ont toujours pas autorisé cet OGM.

Supprimer la tolérance zéro

Emblématique pas son ampleur, le cas chinois n’est pas isolé. « L'intensification des cultures génétiquement modifiées de par le monde a donné lieu à une augmentation d'incidents liés à la présence d'OGM », estime ainsi la FAO, l’organisation des nations Unies pour l’alimentation et l’Agriculture. Dans une enquête publiée le 12 mars, l’institution des Nations Unies dédiée à l’alimentation et à l’agriculture s’inquiète d’une accélération rapide des infractions : 70 % des incidents recensés entre 2002 et 2012 ont eu lieu au cours des trois dernières années. « Les incidents concernant des cargaisons de grains, céréales et autres espèces cultivées ont entraîné des interruptions des échanges, et les pays importateurs ont détruit ou retourné les cargaisons à l'expéditeur », précise l’étude.

La présence d’OGM dans les exportations de céréales menace-t-elle le commerce agricole international ? Pour la FAO, cette situation nécessite l’harmonisation des législations nationales et la suppression des règlementations trop restrictives. Poussé par plusieurs pays, les États-Unis en tête, l’organisme onusien propose d’exclure la tolérance zéro pour lui préférer une politique d'interdiction des produits contaminés basée sur des seuils. La Commission européenne accepte déjà sous certaines conditions une contamination d’OGM non-autorisé à hauteur de 0,5%. « Les débats promettent d’être tendus », commente Christophe Noisette d’Inf’OGM. D’autres pays ne se satisferont pas de voir une législation internationale venir a posteriori légitimer une situation illégale. « Ces pays considèrent que la multiplication des incidents montre l’impossibilité d’une filière « OGM » étanche, et prônent donc un arrêt des cultures transgéniques », explique Christophe Noisette.

 

 

Magali Reinert
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