Publié le 24 septembre 2018

ENVIRONNEMENT

La SNCF, premier consommateur de glyphosate en France, ne trouve pas d'alternative efficace

C'est une note salée. Selon une étude de la Fondation Concorde, le budget désherbage de la SNCF passerait de 30 à 500 millions après l'interdiction du glyphosate prévue en 2021. L'entreprise ferroviaire est en effet le premier utilisateur de France de cet herbicide. Elle cherche des alternatives efficaces face à un vrai problème de sécurité : la végétation empêche la mesure laser de l'écartement des rails par des robots. 

La SNCF utilise entre 35 à 38 tonnes de glyphosate par an pour désherber ses 61 000 km de voies ferrées.
Pixabay

Des herbes folles autour des rails, paysage bucolique de rêve pour tous les passagers voyageant en train... Mais vrai cauchemar pour la SNCF. La végétation pose de multiples problèmes de sécurité à l’entreprise française. Les touffes d’herbes gênent les rayons lasers qui calculent l’écartement des voies, la végétation retient l’eau, déforme les plateformes et perturbe l’inspection des cheminots.

35 à 38 tonnes de glyphosate aspergées sur les voies

Pour y remédier, la SNCF asperge ses voies et ses abords de glyphosate. C’est même le premier consommateur en France de cette molécule de synthèse, selon une étude menée en juillet 2017 par la Fondation Concorde. Au total, la SNCF consomme entre 35 et 38 tonnes par an de cette substance, agent actif de l’herbicide le plus vendu au monde, le Roundup.

"Cela représente 0,4 % de la consommation française", tempère auprès de l’AFP Michel Morin, responsable des voies ferrées chez SNCF Réseau. "On a un standard aujourd’hui, qui est zéro végétation sur les voies et sur les pistes", justifie-t-il. 

Le budget désherbage passe de 30 à 500 millions d'euros 

Mais, Emmanuel Marron compte interdire l’utilisation du glyphosate sous trois ans. Il a certes émis l’hypothèse de quelques dérogations, mais seulement pour les agriculteurs qui seraient dans l’impasse. Jamais il n’a évoqué le cas de l’entreprise ferroviaire. Or, une interdiction entraînerait "une multiplication par 16 ou 17 des coûts d’entretien des voies de la SNCF, passant de 30 millions d’euros à près de 500 millions d’euros", note la Fondation Concorde.

Cette facture pourrait être réduite à 350 millions "si on dégradait les standards", indique Michel Morin, mais la note reste salée. La SNCF tente donc de multiples expérimentations pour trouver des alternatives au glyphosate avant la date butoir de 2021. "D’ici là, on espère trouver des choses !", croit Patrick Jeanet, patron de SNCF Réseau, même si "pour l’instant, on n’a pas encore trouvé la solution", avoue-t-il.

Des alternatives encore loin de l'industrialisation 

Parmi les pistes à suivre, celui d’herbicide alternatif en particulier des désherbants naturels. Mais ces derniers n’ont pas encore fait leur preuve et ne sont pas homologués. De même, les produits de synthèse proposés par plusieurs fournisseurs pourraient s’avérer encore plus dangereux que le glyphosate, classé en 2015 par le CIRC (Centre international de recherche sur le cancer) comme cancérogène probable.

"Il n’y a pas de solution miracle et l’INRA (Institut national de recherches agronomiques) ne travaille pas pour chercher une molécule qui remplacerait une autre molécule, c’est vrai pour le glyphosate comme pour d’autres", mentionnait d’ailleurs le patron de l’Inra, Philippe Mauguin en décembre dernier.

La SNCF est-elle donc condamnée à désherber mécaniquement les 61 000 km de voies qu’elle occupe ? Des robots ont été mis à contribution comme Vitirover, un petit coupeur d’herbe autonome venue de Saint-Emilion. Il a ainsi été testé sur les pistes qui longent le TGV Nord et les essais sont "prometteurs", assure Michel Morin. Mais "on est encore très loin de l’industrialisation de ces techniques alternatives". 

Marina Fabre @fabre_marina avec AFP


© 2022 Novethic - Tous droits réservés

‹‹ Retour à la liste des articles

ENVIRONNEMENT

Agriculture

Avec ou sans pesticides, bio ou OGM, les modes de production agricole jouent un rôle déterminant sur la biodiversité et la pollution. Le développement massif de monocultures comme celle de l’huile de palme dans certaines régions entraine des problèmes variés dont la déforestation.

Agriculture pesticide Istock DZMITRY PALUBIATKA

Interdiction du glyphosate : Emmanuel Macron veut une réponse européenne, après l’échec français

Dans une interview au Parisien, Emmanuel Macron a reconnu "ne pas avoir réussi sur le glyphosate". Alors que le Président s'était engagé à interdire ce pesticide controversé en France d'ici fin 2020, sans parvenir à réaliser cette promesse, il appelle désormais à une réponse commune européenne. La...

Betteraves agriculture pesticides Ulrike Leone 01

Les néonicotinoïdes devraient à nouveau être autorisés en France en 2022

Après avoir obtenu une dérogation en 2021, les betteraviers français pourraient à nouveau utiliser des semences traitées aux néonicotinoïdes en 2022. Ces insecticides, interdits depuis 2018 en Europe, sont pourtant très néfastes pour les pollinisateurs. Mais la filière française de la betterave...

@IStock/Brasil2 déforestation élevage Brésil

Auchan, Lidl, Carrefour : Des supermarchés européens boycottent des produits brésiliens pour lutter contre la déforestation

La lutte contre la déforestation illégale prend forme dans les rayons des supermarchés. Sous la pression d’ONG et de journalistes, plusieurs enseignes de grande distribution vont stopper la vente de produits issus de trois géants brésiliens de la viande. Les industriels sont accusés d’organiser un...

Crise agriculture champ de ble nuages gris pixabay

Une exploitation sur cinq a disparu en dix ans : l’infographie qui dresse le portrait de notre modèle agricole

Des exploitations moins nombreuses, plus grandes et en majorité végétales : voici à quoi ressemble notre modèle agricole. Entre 2010 et 2020, la France a perdu 100 000 exploitations et leur taille moyenne a crû de 25 %. Si le bio et les cultures sous labels continuent d'augmenter pour aller vers un...