Publié le 22 novembre 2019

ENVIRONNEMENT

La difficile sortie du glyphosate, l'arbre qui cache la forêt de pesticides

L'agriculture française pourra-t-elle, un jour, se passer du glyphosate ? Un rapport parlementaire a alerté sur les coûts liés à cette suppression laissant supposer qu'une sortie était impossible en l'état. Une "instrumentalisation" pour certains qui dénoncent la lenteur du gouvernement pour engager cette dynamique. Cette difficile sortie du glyphosate reflète celle, plus globale, de l'échec d'une baisse d'utilisation des pesticides, malgré plus d'une décennie d'actions en ce sens et des millions mis sur la table.

Sortie glyphosate impasse pesticide
D'ici 2025, la France a pour objectif de réduire de moitié l'usage des pesticides.
CC0

La sortie du glyphosate est-elle impossible ? Le débat est relancé depuis la publication d’un rapport parlementaire qui a fuité dans la presse le 11 novembre. Les conclusions prédisent une issue catastrophique avec des coûts élevés que l’agriculture française ne pourrait pas encaisser. Les parlementaires ont ainsi estimé que la suppression du glyphosate, prévue pour 2021 dans la plupart des exploitations et 2023 pour celles qui n’ont pas d’alternative, alourdirait les charges d’exploitations de 50 à 150 euros l’hectare. 

"On est écœurés, c’est un rapport complètement à charge et l’ensemble n’est pas sérieux", regrette Nadine Lauverjat, porte-parole de Générations futures. "Les chiffres avancés n’ont pas été calculés par la mission parlementaire mais par la FNSEA (principal syndicat agricole, NDR) qui veut maintenir l’utilisation du glyphosate", ajoute-t-elle. Selon elle, les externalités positives de la fin du glyphosate n’ont pas été prises en compte. Pour le député Matthieu Orphelin, ancien membre du groupe LREM, "les fuites partielles sur ce rapport" ont été "assez bien organisées pour qu’on ait l’impression que la sortie du glyphosate est tout simplement impossible pour tous les usages"

"Le vers était dans la pomme depuis le début"

Reste que les auteurs du rapport et ses détracteurs sont d’accord sur un point : il va falloir accompagner les agriculteurs si la France veut maintenir le cap fixé par Emmanuel Macron. Or, depuis son annonce, le gouvernement n’a pas précisé quelles étaient les situations culturales concernées par une interdiction en 2021 et celles pour 2023. Sans précision, très peu d’agriculteurs se sont mis en ordre de marche. "Le vers était dans la pomme depuis le début. Sans dynamique, sans ligne, les agriculteurs peuvent toujours espérer que le glyphosate ne sera pas interdit", estime Nadine Lauverjat. 

Le cas du glyphosate n’est pas isolé. C’est même l’arbre qui cache la forêt. Depuis une décennie la France essaye de réduire sa dépendance aux pesticides. Elle a mis en place deux plans Ecophyto successifs depuis 2008, sans succès. L’usage des pesticides continue d’augmenter. L’objectif est pourtant de réduire de moitié leur utilisation d’ici 2025. Des moyens ont bien été déployés, avec en dix ans, des millions d'euros mis sur la table, mais sans objectif contraignant. 

Changer la PAC pour financer un modèle agricole durable

Pour certains, comme la Confédération paysanne, seul un changement global de notre modèle agricole permettra de s’émanciper des produits phyto. "L'interdiction de cette substance (glyphosate, NDR), et d'autres à venir, appelle une transformation économique et politique du modèle agricole. Ces interdictions doivent s'inscrire dans un projet global de sortie des pesticides", écrit-elle. "L'accompagnement des paysans vers un système sans chimie est indispensable et doit être mis en œuvre dès aujourd'hui (mesures agro-environnementales, rééquilibrage des aides PAC, etc)."

Justement une quarantaine d’associations dont Confédération paysanne, Greenpeace, FNAB (Fédération nationale de l’agriculture biologique), WWF, via leur collectif baptisé "Pour une autre PAC", ont élaboré des propositions pour la mise en place de paiements pour services environnementaux et de bien-être animale dans le projet de réforme de la PAC 2021-2027. La politique agricole commune est accusée de soutenir une agriculture productiviste, freinant la transition vers un modèle plus durable. 

Marina Fabre, @fabre_marina


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