Il y a la question du revenu, mais aussi celle des normes environnementales. Alors que les agriculteurs manifestent partout en France, leur mécontentement monte contre l’écologie, devenue pour certain un “bouc-émissaire” de la crise agricole. Or ce “n’est pas au Pacte Vert” qu’il faut s’en prendre mais à la PAC, la politique agricole commune.

Ils sont de plus en plus nombreux, partout en France, à manifester leur mécontentement. Les agriculteurs bloquent depuis plusieurs jours autoroutes et départementales, signe d’un ras-le-bol criant. S’ajoute à cette crise un drame humain : une agricultrice et sa fille sont décédées mardi 23 janvier sur un point de blocage alors qu’une voiture a percuté le barrage de bottes de paille. Le mari de l’éleveuse de vaches étaient en urgence absolue le 23 janvier au soir. À un mois du Salon de l’agriculture et à l’approche des élections européennes, les motifs de colère sont nombreux.
En premier lieu, bien sûr, le manque de revenu des agriculteurs. Aujourd’hui selon l’Insee, 18% d’entre eux vivent sous le seuil de pauvreté. Mais un autre sujet revient haut dans la liste des insatisfactions : les normes environnementales. L’explosion vendredi 19 janvier d’un bâtiment en travaux de la Direction régionale de l’environnement, de l’aménagement et du logement (Drea), service du ministère de la Transition écologique, en est le symbole le plus fort. Deux tags CAV pour Comité d’action viticole, ont été retrouvés sur place. Une action qui rappelle l’incendie de l’Office français de la biodiversité (OFB) à Brest le 31 mars dernier alors que des pêcheurs protestaient contre un projet européen de restriction de la pêche de fond.

“Ce n’est pas le Pacte Vert qui vous condamne à la disparition, mais bien la PAC”


“Nous sommes confrontés à un amoncellement de normes environnementales qui menacent la viabilité de nos exploitations“, explique ainsi à Ouest-France l’ancienne présidente du principal syndicat agricole, la FNSEA, Christiane Lambert. “C’est aussi une menace pour la souveraineté alimentaire de l’Europe. La déclinaison Farm to fork (De la ferme à la fourchette) du Green Deal européen n’est pas tenable en l’état“, insiste-t-elle. Les normes environnementales accentueraient dès lors la pression sur le monde agricole, déjà mal en point ?
“Ce n’est pas le Pacte Vert qui vous condamne à la disparition, mais bien la PAC (Politique agricole commune) qui donne tout à ceux qui ont déjà beaucoup, et rien aux exploitations modestes”, dénonce sur Twitter l’eurodéputée Vert Marie Toussaint. Un constat partagé par Christian Berdot, membre des Amis de la Terre. “Le problème de l’agriculture est extrêmement complexe, on passe d’une crise à l’autre, d’un sursaut de mécontentement à l’autre, mais les problèmes de fond restent. Le montant de la Politique agricole commune est de 9 milliards par an en France. C’est l’injustice dans la répartition qui créé cette crise”, défend Christian Berdot. “Derrière cette manière de prendre l’écologie comme un bouc émissaire se cache les intérêts réels des grands groupes”, argue-t-il.

Ne pas opposer normes et rémunération


Reste qu’il semble difficile, à court terme, pour un secteur en crise, d’aborder cette transition sereinement. Sans revenu, comment entamer et mettre en place ces mesures environnementales ? “Se focaliser sur les normes est un mirage !”, commente la Confédération paysanne. Le syndicat, qui a été reçu le 23 janvier au soir par le Premier ministre, Gabriel Attal, à Matignon, appelle à ne pas opposer rémunération et écologie. “Moins de normes, c’est aussi plus de libéralisation, moins de protection sociale, économique et donc moins de revenu !” ajoute le syndicat.
C’est aussi le sens de l’analyse de Sandy Olivar Calvo, chargée de campagne agriculture à Greenpeace France. Si l’ONG environnementale, comme beaucoup d’autres, dit comprendre la colère des agriculteurs, elle appelle à garantir des revenus décents aux agriculteurs “qui nous nourrissent” et “protéger les écosystèmes indispensables à leur survie”.
Car à long terme, ce ne sont pas les normes environnementales qui vont réduire la production agricole mais les crises environnementales à répétition. D’où la demande de “vrais” États généraux de l’agriculture, prenant en compte ces différentes problématiques. En attendant, c’est une profession sous pression qui manifeste son mécontentement, et les réponses à court terme ne seront qu’un pansement sur une hémorragie.

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