Publié le 25 septembre 2017

ENVIRONNEMENT

Interdiction du glyphosate : la cacophonie règne au sein du gouvernement

Problème de communication ou rétropédalage ? Au sein du gouvernement, quatre voix se sont élevées pour expliquer la position de la France sur le glyphosate, sans qu'aucune ne dise exactement la même chose. Edouard Philippe attend un rapport sur les alternatives au glyphosate pour trancher, quand Christophe Castaner annonce la fin de l'agent actif du Roundup en France d'ici 2022. Nicolas Hulot souhaite une interdiction rapide au sein de l'Union européenne alors que le ministre l'Agriculture préconise une sortie progressive. 

Christophe Castaner, Edouard Philippe, Stéphane Travert et Nicolas Hulot ont quatre positions discordantes sur le glyphosate.

Mais quelle position le gouvernement a-t-il réellement sur le glyphosate ? Difficile de le savoir tant les annonces des ministres sont discordantes. Lundi 25 septembre, dans un communiqué envoyé par Matignon, le Premier ministre Edouard Philippe a demandé aux ministères de l’Agriculture et de la Transition écologique de lui fournir, d’ici la fin de l’année, un rapport sur les alternatives possibles au glyphosate, le principal agent actif du Roundup, l’herbicide le plus vendu au monde.

"Le gouvernement arrêtera alors sa position, qu’il confrontera à celles de la Commission européenne et des autres États membres, pour trouver les conditions d’une transition raisonnable vers la sortie du glyphosate", précise le Premier ministre.

Christophe Castaner a parlé trop vite ?

Pourtant, au même moment, sur BFM-TV et RMC, le porte-parole du gouvernement, Christophe Castaner indiquait que le Premier ministre avait "arbitré" : le glyphosate serait "interdit en France d’ici la fin du quinquennat". Pas vraiment en ligne avec la volonté d'Édouard Philippe, qui vise plutôt avant la fin du quinquennat "des progrès significatifs vers l’interdiction de l’usage des substances dangereuses".

"C’est le communiqué qui fait foi", a réagi le ministère interrogé par Le Lab d'Europe1. "Ne pas donner de date précise pour l’interdiction est volontaire de notre part", ajoute cette même source. "On nage en pleine cacophonie", s’insurge François Veillerette, directeur et porte-parole de Générations Futures interrogé par Novethic,"Christophe Castaner dit que le glyphosate sera interdit d’ici 2022 mais c’est une position française, pas européenne. Or, avec les problèmes de concurrences que cela va provoquer, il y aura forcément des dérogations".

Vers une sortie progressive de 5 à 7 ans

Le gouvernement français a confirmé qu'il votera contre le renouvellement de la licence du glyphosate pour 10 ans dans l’Union européenne, et espère, dans le même temps, pouvoir négocier avec la Commission pour diminuer le délai de prolongation. Mais c'est là qu'entre en jeu une troisième voix : celle du ministre de l'Agriculture, Stéphane Travert. Vendredi 22 septembre, alors que 250 agriculteurs bloquaient l’avenue de Champs-Élysées suivant l’appel de la FNSEA, il a plaidé pour une sortie progressive : "La France est contre le fait de prolonger l’utilisation du glyphosate pour 10 ans, elle souhaite un délai plus court de 5 à 7 ans".

Une position opposée à celle du ministre de la Transition écologique et solidaire, Nicolas Hulot. Ce dernier laisse plutôt présager une interdiction rapide et ferme. Mais en l'absence d'alternatives, le gouvernement préfère laisser du temps aux agriculteurs pour se retourner. "Édouard Philippe prend le problème à l’envers. La priorité est la santé publique", indique François Veillerette. Le glyphosate a été classé en 2015 par l’OMS (Organisation Mondiale de la Santé) comme cancérogène probable. A contrario, l’ECHA (Agence européenne des produits chimiques) estime qu’il n’y a aucun risque pour la santé. Mais cette expertise a été mise en doute notamment du fait de conflits d’intérêts de plusieurs experts chargés de l’évaluation.

Hors de question que l'Europe autorise et la France interdise, dit la FNSEA

La FNSEA a été reçue ce 25 septembre à 8h par Nicolas Hulot. Elle lui a rappelé qu'il était "hors de question que si l'Europe dise oui à l'autorisation du glyphosate, la France prenne une position unilatérale visant à dire non. On ne peut sérieusement interdire le glyphosate sans alternatives crédibles aux plans technique et économique"  

Au contraire Générations Futures exhorte la France "à ne pas céder aux pressions du lobby agro-chimique qui a tout intérêt à maintenir sur le marché cette molécule dangereuse. Cette substance doit être interdite le plus rapidement possible. (C'est-à-dire) dans l'année qui vient le temps pour les agriculteurs de mettre en place les techniques alternatives existantes".

Marina Fabre @fabre_marina


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