Publié le 25 juin 2019

ENVIRONNEMENT

Après le glyphosate, le nouveau scandale phytosanitaire s’appelle chlorpyrifos

C'est un pesticide interdit en France et pourtant on en retrouve des résidus dans les fruits et légumes vendus en rayon. Le chlorpyrifos, encore autorisé dans l'Union européenne, doit être réévalué par la Commission européenne, sa licence d'autorisation de mise sur le marché arrivant à échéance. Mais les associations appellent à son interdiction. Il est accusé de faire baisser le QI des enfants et d'être neurotoxique. 

Dans l'Union européenne, le chlorpyrifos est le plus souvent détecté dans les agrumes.
©CC0

Après le glyphosate voici le chlorpyrifos. La licence de ce pesticide, interdit depuis 2016 en France dans les cultures fruits et légumes à l’exception de l’épinard, arrive à échéance dans l’Union européenne. Les États membres vont devoir trancher sur un renouvellement, ou non, de sa licence. Or, plusieurs études indépendantes ont montré que cet insecticide, utilisé pour tuer les pucerons ou les chenilles, était très nocif pour les enfants.

Selon une étude réalisée par un groupe de chercheurs internationaux publiée en 2015 dans la revue Journal of Clinical Endocrinology & Metabolism, la famille de pesticide à laquelle appartient le chlorpyrifos ferait perdre en moyenne 2,5 points de quotient intellectuel (QI) à chaque enfant européen.

Des résidus de chlorpyrifos dans les fruits et légumes français

"Mis au point comme gaz innervant pendant la seconde guerre mondiale, les organophosphorés, dont fait partie le chlorpyrifos, ont ensuite été adaptés pour tuer les insectes à des doses moindres", explique Le Monde. "Pour ce faire, ce dernier inhibe les circuits d’une enzyme qui dégrade un neurotransmetteur essentiel au bon fonctionnement du système nerveux central, l’acétylcholine. Or, de nombreux animaux sont également équipés de ce circuit. Parmi eux : les êtres humains".

Malgré son interdiction dans l’Hexagone, les Français peuvent encore trouver du chlorpyrifos dans leurs fruits et légumes, notamment les oranges, les pommes ou les laitues à travers les produits importés. Une étude de l’Alliance pour la santé et l’environnement (HEAL) estime que ce pesticide fait partie des 15 principales substances actives les plus fréquemment trouvées dans les fruits et légumes en Europe alors même que huit pays européens ne l’autorisent plus dans le cadre d’un usage agricole.

Un lobbying intense du fabricant

Plusieurs associations ont donc demandé son interdiction dans toute l’Union européenne. "Il est scandaleux que notre système de réglementation permette l'utilisation de chlorpyrifos neurotoxique, connu pour ses effets néfastes sur le cerveau des enfants, dans les aliments et ses résidus", estime Angeliki Lyssimachou, responsable de la politique scientifique chez Pesticide Anction Network Europe. "Nous appelons les régulateurs à interdire immédiatement le chlorpyrifos et à améliorer notre système d'autorisation des pesticides, qui favorise actuellement la dépendance aux pesticides toxiques dans l'agriculture, menaçant - plutôt que de protéger - la santé humaine et l'environnement."

L’Autorité européenne de sécurité des aliments devra rendre son rapport dans les prochaines semaines. Ce qui permettra à la Commission européenne de s’appuyer sur ses conclusions pour décider du renouvellement de la licence. Si une source proche du dossier a affirmé au Monde que la Commission ne devrait pas renouveler l’autorisation du chlorpyrifos, rien n’est encore joué. Corteva, la branche agrochimique de Dow, "estime à entre un et 1,5 million d’euros ses dépenses de l’année en activité de lobbying", souligne le journal.

Marina Fabre, @fabre_marina


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