Publié le 04 septembre 2018

ÉNERGIE

Transition écologique: la capacité de François de Rugy à changer de cap mise en question

Nommé une semaine après la démission fracassante de Nicolas Hulot, François de Rugy est attendu sur les actes et sa capacité à porter un changement de cap nécessaire. Une capacité qui reste à démontrer selon les ONG, les personnalités politiques et les acteurs économiques. 

Nommé une semaine après la démission de Nicolas Hulot à la tête du ministère de la Transition écologique et solidaire, François de Rugy est attendu sur sa capacité à changer de cap.
ETIENNE LAURENT / POOL / AFP

Les ONG demandent des actes

Les associations environnementales se montrent circonspectes sur la capacité du nouveau ministre à porter le changement de cap qu’elles appelaient de leurs vœux dans leur tribune publiée après la démission de Nicolas Hulot. "Le temps n’est plus aux promesses déjà tant de fois entendues. (...) Des preuves du nécessaire sursaut politique collectif doivent être apportées rapidement", alerte ainsi le WWF France.

L’ONG spécialisée dans la lutte contre le changement climatique 350.org se montre la plus incisive. “La transformation écologique urgente n’est pas le cap fixé par le gouvernement. François de Rugy sera appelé à devenir la figure de proue de la politique des petits pas", tacle ainsi Clémence Dubois, responsable des campagnes en France. Tout en appelant la société civile à se mobiliser. Il faudra une "action collective déterminée", rebondit Michel Dubromel, le président de France Nature Environnement, car le ministre seul, quelle que soit sa personnalité ou sa popularité ne peut "répondre aux enjeux déterminants qui sont devant nous", assure-t-il.

Pour autant, si le "parcours de François de Rugy témoigne d'une certaine expérience des questions environnementales, nous doutons de sa capacité à réellement peser dans ce gouvernement", souligne Jean-François Julliard, le directeur de Greenpeace France. Un des premiers tests sera la publication de la PPE (Programmation pluriannuelle de l’énergie), attendue dans les prochains mois, pose-t-il. Avant cela, "la présentation du budget la semaine prochaine permettra de savoir si l'électrochoc de la démission de Nicolas Hulot a ouvert les yeux du gouvernement sur l'urgence de la situation", souligne de son côté Audrey Pulvar, présidente de la Fondation pour la nature et l'homme (ex-Fondation Hulot).

Un choix cohérent pour les politiques

La nomination du président de l’assemblée nationale, issu du sérail politique est un choix cohérent, selon les personnalités politiques qui soulignent son étiquette écologique et sa compatibilité avec la logique macroniste. François de Rugy "a le combat écologique dans son ADN et portera puissamment notre ambition", assure Christophe Castaner, secrétaire d'Etat chargé des Relations avec le Parlement, sur Twitter. "François de Rugy a donné des gages" à la majorité et "a de vraies convictions écolos", sa nomination est un "choix logique" abonde Pascal Durand. L’ancien secrétaire national d’EELV est plus tendre que le porte-parole actuel du parti écologiste. Sur twitter, Julien Bayou écrit ainsi : "sans changement de cap, ce jeu de chaises musicales ne changera rien, malheureusement."

La France insoumise insiste, elle, sur les failles écologistes de l’homme politique :  "C'est donc le Président de l'assemblée nationale qui a fait repousser à deux heures du matin l'amendement demandant l'interdiction du glyphosate, qui va devenir le prochain Ministre de l'écologie ? Quelle farce.", dénonce ainsi le député Alexis Corbière. L’ancienne ministre Corinne Lepage veut elle voir le verre à moitié plein : "François de Rugy est un écologiste légitime, tout à fait macroniste et il a un avantage majeur, c'est qu'il peut s'appuyer sur l'Assemblée nationale, ce que Nicolas Hulot n'a pas réussi à faire".

Les acteurs économiques de la RSE appellent à un changement de cap

Les professionnels de la RSE (responsabilité sociétale des entreprises) reprennent en cœur le besoin de sursaut demandé par Nicolas Hulot lors de sa démission. "Si les arbitrages, portés au plus haut par le Président de la République et son premier ministre ne vont pas dans le sens d’une vraie transition sur l’énergie, l’agriculture, la fiscalité…le rôle du ministre de l’Ecologie sera réduit à néant", souligne Fabrice Bonnifet, le président du Collège des Directeurs développement durable (C3D) qui insiste sur le besoin de constance et de courage dont aura besoin le nouveau ministre pour "faire face aux vents contraires".

"Ce qui va être crucial, c’est la question de la transversalité. Comment le ministre et, au-delà, le gouvernement dans son ensemble va porter le projet de transformation de la société dans l’ensemble des politiques", abonde Hélène Valade présidente de l’Orse (observatoire de la RSE). Quant au président de la plateforme RSE, Sylvain Boucherand, il espère que le nouveau ministre fera une "place plus grande à la RSE bien qu’historiquement, aucun ministre de l’écologie n’ait porté ce sujet", soulignant qu’"une réflexion sur la RSE avait été entreprise au sein de l’assemblée nationale sous la présidence de Rugy". La loi Pacte qui sera examinée fin septembre à l’assemblée, devrait permettre de donner des premiers éléments de réponse.

Les professionnels des énergies renouvelables confiants, les agriculteurs méfiants

Du côté des professionnels des énergies renouvelables, les réactions sont plus optimistes. "C'est un bon choix. On n'a aucun doute sur ses convictions en faveur des énergies renouvelables, mais est-ce qu'il aura le poids suffisant pour réussir là où Nicolas Hulot n'a pas réussi, c'est-à-dire à surmonter les oppositions des différents lobbies ?", s’interroge Jean-Louis Bal, le président du Syndicat des énergies renouvelables. Enerplan, le syndicat des professionnels de l’énergie solaire, appelle-lui le nouveau ministre à "poursuivre la mobilisation pour faire de l’énergie solaire l’accélérateur de la transition énergétique". Il demande à la fois de la visibilité sur la PPE, des efforts de simplification administrative et l’ouverture de l’autoconsommation…

Quant à la FNSEA, le principal syndicat agricole il rappelle que "les nécessaires transitions se feront avec les agriculteurs mais pas contre eux. Celles-ci doivent donc s'inscrire dans un calendrier compatible avec la réalité sociale et économique de leurs activités, et bénéficier de moyens proportionnés à l'ambition portée."

Béatrice Héraud avec AFP


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