Publié le 19 septembre 2017

ÉNERGIE

Assises de la mobilité : le covoiturage et le vélo permettraient de réduire les émissions de CO2 de 60 %

Le gouvernement lance aujourd’hui les assises de la mobilité. C’est parti pour trois mois de concertations qui doivent aboutir sur une nouvelle loi d’orientation des mobilités début 2018. L’objectif est de réduire la part de la voiture individuelle pour faire plus de place aux modes de transport doux. Selon un rapport du Shift Project, publié pour l’occasion, la généralisation du covoiturage et du vélo permettrait de réduire les émissions de CO2 de 60 % dans les zones périurbaines.

Aire covoiturage apt
Une aire de rencontre pour le covoiturage dans le Lubéron.
Wikimedia Commons

"Décarboner la mobilité dans les zones de moyenne densité, c’est possible !" Voici le message lancé par le Shift Project à l’occasion des Assises de la mobilité qui s’ouvrent aujourd’hui pour trois mois. Le think tank vient de publier un rapport (1) qui démontre l’intérêt de généraliser les transports doux. Selon ses calculs, jusqu’à 70 % des émissions de CO2 pourraient être évitées dans les zones périurbaines. Là où la mobilité quotidienne est encore assurée à 85% par la voiture particulière.

En France, les transports représentent le secteur le plus polluant avec près de 30 % des émissions de gaz à effet de serre (GES) et 37 % des émissions de CO2. Et la tendance est à la hausse pour la deuxième année consécutive. Pourtant, lors de la COP21, Paris s’était engagé à réduire ses émissions dans les transports de 29 % sur la période 2015-2028. Et de 75 % d’ici 2050.

Le fort potentiel du vélo et du covoiturage

Le rapport du Shift Project, dirigé par Francisco Luciano, urbaniste spécialisé en mobilité, s'est intéressé aux zones périurbaines qui rassemblent 43 % de la population française (27 millions d'habitants). Cinq solutions ont été passées au crible : le télétravail, la distribution à domicile des achats, le covoiturage, le vélo et les transports publics express (type train, tramway...).

Deux scénarios sont envisagés à horizon 2026. L’un dit "volontariste" s’appuie sur une offre ambitieuse mais réaliste au regard des investissements actuels. L’autre est baptisé "potentiel maximal" et se base sur le fait que les solutions proposées sont utilisées chaque fois que cela est possible. Par exemple, ont été pris en compte tous les trajets pouvant être covoiturés ou en encore toutes les journées pouvant être télétravaillées.

Potentiel de réduction des émissions à l'horizon 2026 en fonction des solutions envisagées et selon deux scénarios.

L’étude démontre que le principal potentiel de réduction des émissions provient du vélo et du covoiturage. En cumulant les différentes solutions, on atteint une baisse de 58 % dans un scénario "potentiel maximal" et de 25 % dans un scénario "volontariste". Pour les experts du Shift, "le système vélo est un élément incontournable sans allongement significatif des temps de transport, de l’ordre de +10 %". Il englobe les vélos à assistance électrique, les vélos cargo pour transporter courses et enfants, ainsi que les speed-pedelec (des vélos électriques rapides).

Un bilan économique positif

En contrepartie, cela nécessite des investissements d'infrastructures, le développement d’une offre de services conséquente (réparation, entretien, assurance…) et la mise en place d’incitations au niveau national. Le think tank a calculé le bénéfice net annuel pour chacune des solutions envisagées. Avec le scénario "potentiel maximal", le rapport avance un gain de 3 milliards d’euros par an dans le cas du vélo par rapport aux frais d'infrastructures et d'équipement actuels, et de 8 milliards d’euros pour le covoiturage.

"Ce n’est pas une question d’argent. Malgré les dépenses qu’il faudra engager pour que les ménages s’équipent, pour construire des pistes cyclables ou encore des aires de rencontre pour les covoitureurs, les gains seront nettement supérieurs à toutes les dépenses engagées, précise Francisco Luciano. Et ce, alors même que nous n’avons pas pris en compte les externalités positives comme, par exemple, l’impact sur la santé ou la pollution."

"Une véritable révolution de la mobilité propre"

Avec ce rapport, le Shift Project entend bien impulser "un changement de mode de vie" au-delà d’un simple changement de mode de transport. Le covoiturage et le vélo seront ainsi à l’ordre du jour des Assises de la mobilité. "Nous devons accomplir une véritable révolution de la mobilité propre en repensant les usages, les technologies, les politiques publiques", a déclaré Elisabeth Borne, la ministre des Transports. Cela nécessite de "faire décoller le co-voiturage, notamment sur les trajets domicile-travail, grâce à la révolution numérique" et de "faciliter les pôles d’échanges pour faciliter l’interconnexion des mobilités actives (vélo, marche… ndr) avec les autres modes".

La mairie de Paris a d’ores et déjà pris position pour encourager le covoiturage sur de courtes distances. Plusieurs aires de rencontre vont ainsi être instituées aux portes de Paris. Et la capitale réfléchit aussi à ouvrir les voies réservées pour les bus et taxis sur autoroute aux véhicules qui feraient du covoiturage à l’échelle de la métropole voire de la Région.

Les ONG réclament, quant à elles, la création d’un budget national vélo de 200 millions d’euros par an, le maintien de la prime pour l’achat d’un vélo à assistance électrique instituée en février dernier, et la généralisation de l’indemnité kilométrique vélo à l’ensemble des entreprises. "Trente-cinq ans après la dernière loi sur les transports, cette future loi de programmation doit s'inscrire dans la trajectoire de sortie des énergies fossiles avant 2050", écrivent-elles dans un communiqué.

Concepcion Alvarez @conce1

(1) voir le rapport du Shift Project

 


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